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III. La diffusion du protestantisme a échoué en France

L'Allemagne a rompu la première le lien de l'unité , la Suède et le Danemark se sont donnés tout entiers à la Réforme ; la Suisse lui a livré ses grandes villes; l'Angleterre plus infidèle encore n'a plus pour la religion proscrite que des menaces, des prisons et des échafauds. Mais que devient la France au centre de l'Europe? Elle tient bon. Trop voisine de Genève pour échapper à la propagande

calviniste, elle est de bonne heure inondée des écrite et des émissaires protestants. Peu à peu l'hérésie s'inliltre dans la nation, mais, chose remarquable! elle s'infiltre plutôt dans la noblesse, la magistrature et les corps savants que dans la masse populaire qui reste profondément catholique. Pendant trente-deux ans, à sept reprises différentes, catholiques et protestants en viennent aux mains et ensanglantent le sol de la France. Il y eut de part et d'autre des excès lamentables. Les Huguenots, dirigés par Goligny et le prince de Condé, lèvent des impôts, pillent et dévastent les Eglises et les monastères, brisent les images, profanent les saintes reliques, massacrent prêtres, moines, femmes et enfants. Et, de leur côté, les catholiques, sous la conduite des Guise, frappent durement le parti protestant. En 1572, Catherine de Médicis, qui fut le mauvais génie de Henri II, de Charles IX et de Henri III, médite et exécute le massacre de la Saint- Barthélémy, le 24 août. L'exécution commença à Paris et se poursuivit dans les provinces. A propos de ce déplorable événement, je vous prie de remarquer deux choses : 1° il y eut pour toute la France environ deux mille victimes; ce massacre des calvinistes n'a donc pas les propositions fantastiques que lui ont données les historiens protestants et libres penseurs; 2° l'Eglise fut entièrement étrangère à la Saint-Barthélémy : c'est un événement purement politique dont la responsabilité incombe

non point à l'Eglise, mais au roi Charles IX et surtout à Catherine de Médicis.

L'état de la France était on ne peut plus critique, et on pouvait se demander si elle n'allait pas perdre sa vieille foi catholique. Elle est plus ébranlée et plus battue par les vents de l'erreur que ses côtes ne le sont par les tempêtes des deux mers qui l'enveloppent. Eh bien ! malgré ces secousses qui se communiquent d'un peuple à l'autre, malgré le fatal exemple donné dans quelques provinces, malgré la révolte d'une partie de la magistrature et de la noblesse, malgré les plaies et les scandales étalés dans le sanctuaire, la France demeure fidèle à l'Eglise, et, refusant de se séparer de la pierre angulaire et fondamentale, elle impose à Henri IV l'obligation d'être catholique pour mériter l'honneur d'être roi. Avec Henri III s'éteint la race des Valois, et Henri IV qui lui succède ne reçoit les serments de ses sujets qu'après avoir lui-même prêté serment au Dieu de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis. Il assiste à de longues conférences entre évêques et ministres, il se convertit sincèrement, il abjure xtl.'nnellement l'hérésie dans l'église de Saint- Denis. « Je veux, avait-il dit, jurer sur le tombeau de mes aïeux de vivre et de mourir dans la religion catholique qu'ils ont professée. » Lorsqu'il se présente sur le seuil de la basilique : « Qui êtes-vous? lui demande l'archevêque de Bourges. Que demandez-vous? » — «Je suis le Roi; je demande à être

reçu au sein de l'Eglise catholique. » — « Le voulezvous sincèrement? » — « Je le veux et je le désire. » Il se fit un moment de silence. Moment solennel! Le héros, tête nue, sans casque au panache blanc, sans couronne fleurdelisée, sans épée, à genoux comme le dernier de ses sujets, prononça lentement sa profession de foi. « Je proteste et je jure, devant la face du Dieu tout-puissant, de vivre et de mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, de la protéger, de la défendre envers et contre tous, au péril de mon sang et de ma vie, renonçant à toutes hérésies contraires. » — « Et moi, reprit l'archevêque, sauf l'autorité du Saint-Siège, je vous absous d'hérésie et d'apostasie et je vous rends à l'Église romaine. » La basilique tressaillit de joie. La France avait un roi. Elle échappait au protestantisme. Elle avait sauvé sa foi.

Déjà, vous vous en souvenez, nous avions vaincu Arius et Mahomet. Luther venait de faire son apparition. L'Allemagne et l'Angleterre l'avaient suivi dans sa révolte, et si une grande nation de plus, si la France eût obéi à leur terrible invitation, qui peut dire ce que fût devenue la chrétienté? Or la France n'eut pas seulement la gloire de se tenir ferme dans la foi; elle eut à combattre dans son propre sein l'expansion de l'erreur représentée par Calvin, et la révolte d'une partie de sa noblesse, un moment appuyée sur la royauté. L'élan national la sauva. Le peuple ne broncha pas dans sa fidélité.

On le vit, confédéré dans une sainte Ligue, mettre sa foi plus haut que tout, plus haut même que l'attachement à ses souverains. N'oublions pas, Messieurs, ces mémorables exemples que nous donne le passé, et puissions-nous, dans les temps. agités que nous traversons, élever notre courage à la hauteur des circonstances et opposer aux efforts de l'impiété la ligue des honnêtes gens et des chrétiens qui préfèrent à tout le reste Dieu et la patrie. Pro Deo et pa tria!

A men !

QUATRIÈME CONFÉRENCE

L'Église et le protestantisme

(suite)

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