‹ L'église et son œuvre (volume 2)Chapitre 87 sur 133 · II. Le Protestantisme a ravagé 1'Êva.ngile · texte numérisé non relu

II. Le Protestantisme a ravagé 1'Êva.ngile

A la base de son système Luther place quoi? Un livre, la Bible, la Bible seule, la Bible interprétée

par la raison individuelle. C'est bien. Mais dans un livre on voit et on trouve tout ce qu'on veut y trouver et y voir. « Chacun, dit Bossuet, se fait à soi-même un tribunal où il se rend l'arbitre de sa croyance. Par la doctrine du libre examen, il n'y a point de particulier qui ne se voie autorisé à adorer ses inventions, à consacrer ses erreurs, à appeler Dieu tout ce qu'il pense. Dès lors on a bien prévu que. la licence n'ayant plus de frein, les sectes se multiplieraient jusqu'à l'infini, que l'opiniâtreté serait invincible, et que, tandis que les uns ne cesseraient de disputer ou donneraient leu rs rêveries pour inspirations, les autres, fatigués de tant de folles visions et ne pouvant plus reconnaître la majesté de la religion déchirée par tant de sectes, iraient enfin chercher un repos funeste et une entière indépendance dans l'indifférence des religions et dans l'athéisme. » C'est en effet ce qui est arrivé. Les protestants d'aujourd'hui finissent dans le rationalisme et ne peuvent pas même s'entendre sur la divinité de Jésus-Christ. Et dès l'origine ils se sont jetés sur l'Évangile comme sur une proie, et ils en ont déchiré toutes les pages. C'a été une licence sans frein et une dévastation sans limites. Les chefs delà Réforme suppriment, foulent aux pieds les fleurs les plus charmantes, les plus consolantes du catholicisme : le dogme des indulgences, le purgatoire, la prière pour les morts, le culte de la Sainte Vierge et des saints, la Confession, L'Eucharistie. Entre

leurs mains l'Evangile est comme un jardin dévasté où les plus belles fleurs, les plus suaves, les plus odorantes, les plus délicates et les plus sublimes ont été arrachées, et où il ne reste que les épines. Demandez à la Réforme ce qu'elle a fait des Sacrements. Qu'a-t-elle fait du Baptême? Dans beaucoup de sectes ce n'est plus qu'un rite qui a perdu son sens divin et dont la forme même a été altérée au point que l'efficacité du sacrement est devenue douteuse. La Pénitence a été abolie. La Confirmation etl'Ordre ont disparu, avec la succession de l'épiscopat. Le mariage embarrassant le landgrave de Hesse, Luther en délivre le landgrave et partout où l'État permet le divorce, la Réforme docile aux lois de l'État accepte et consacre cette odieuse rupture. Né lui demandez pas ce qu'elle a fait de l'Eucharistie. Une table nue, souillée de poussière, une cène qu'on ne fréquenteplus, un pain qui n'est qu'une image, voilà tout ce qui reste du don de Dieu, dans les Eglises séparées. Et, quand vient la dernière heure, n'attendez ni les belles prières qui consolent l'agonie, ni le.- forces que donne l'Extrême-Onction. Le sacrement des mourants est resté enseveli sous les ruines accumulées par le protestantisme. Ah ! Luther avait bien raison de le dire : « Ma religion est meilleure pour vivre, mais celle du Pape vaut mieux pour mourir. » La Réforme a ravagé l'Evangile. C'était fatal. Pour garder l'Evangile il faut un sacerdoce.

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