III. Le Protestantisme a bouleversé et détruit le sacerdoce
Voyez Luther. Il prêche le mariage des prêtres et des religieux, il abolit les vœux monastiques, et lui-même donne l'exemple en épousant sacrilègement Catherine Bora, une religieuse qu'il a fait sortir de son couvent. « Lui, dit Lacordaire, lui deux fois consacré vierge par l'onction du sacerdoce et les serments du cloitre ! Lui qui avait été fait christ par l'Eglise et qui n'avait pas trouvé l'Eglise assez pure pour lui ! Le voilà marié. Et non pas seul. Sa parole a brisé la porte des vieux couvents de la Germanie; elle a troublé la chasteté séculaire du vieillard et celle plus pure encore du jeune homme; elle a tiré de la tombe toutes les convoitises de la chair. Luther a tout détruit... Il a desséché le sacerdoce... il a rendu au siècle les âmes privilégiées que l'Evangile lui avait ravies, dépeuplé les solitudes où la prière veillait sous la garde de la mortification. Tout ce cœur, tout ce génie, toute cette éloquence, toute cette force d'âme, tous ces plans de réformation ont abouti, non pas au déluge, mais au mariage universel. »
Et aujourd'hui encore, parce qu'ils n'ont plus la chasteté, les protestants n'ont plus le sacerdoce L'Angleterre, à elle toute seule, donne vingt-cinq millions par an pour envoyer des missionnaires
LES COMBATS DE L'ÉGLISE DANS LES TEMPS MODERNES 38i
dans tout l'univers. Mais créer un prêtre chaste, si riche qu'elle soit, l'Angleterre ne le peut n'as, tandis qu'à côté d'elle l'Eglise d'Irlande, la plus pauvre de toutes, a des enfants qui la vénèrent, des prêtres qui partagent et consolent la misère commune, des anùtres qui portent sa foi jusqu'aux extrémités du monde. Est-ce que cela ne vous frappe pas? L'Ecosse, l;i Suisse, l'Allemagne, l'Angleterre, nations protestantes, n'ont pas de sacerdoce. L'Angleterre, il est vrai, a des prédicant^ qu'elle établit avec ses consuls, ses généraux, ses banquiers et ses commerçants. Mais ce ne sont pas là des prêtres qui donnent leur vie pour Jésus-Christ. Ils avancent ou reculent avec le drapeau anglais. Ce n'est pas l'Eglise d'Angleterre qui gagne du terrain, c'est l'Empire britannique. Voilà, Messieurs, qui est significatif. Chez tout peuple où a triomphé le protestantisme, il n'y a plus de sacerdoce. Avec le sacerdoce l'Evangile s'en est allé, et avec l'Évangile les grandes vertus qui naissent de l'Evangile. La Réforme avait la prétention d'améliorer l'état moral de la catholicité. C'est le contraire qui est arrivé.
IV. Le Protestantisme a ravagé et détérioré les mœurs publiques.
« Montrez-moi, disait Erasme, un seul homme
rendu plus sobre et plus chaste par ce nouvel Evangile, je vous en montrerai cent qu'il a rendus pires. » Et Luther lui-même n'était pas d'un autre avis, puisqu'il se plaignait de voir ses partisans « plus avares, plus voluptueux, moins charitables qu'ils ne l'avaient été dans le papisme. » Quel aveu accablant ! Et c'est pour amener cette belle Réforme qu'il avait bouleversé, ensanglanté le monde et désolé le sanctuaire ! Et un des contemporains de Luther nous dit encore : « Toute la jeunesse est maintenant livrée à la luxure, à tel point que les enfants d'aujourd'hui en remontreraient aux vieillards d'autrefois. » En pouvait-il être autrement, quand un moine apostat, vaniteux, gourmand et paillard, quand un clerc orgueilleux et cruel, suspect de vice honteux, quand un roi débauché et sanguinaire se mettaient à la tête du mouvement; quand le principe superbe du libre examen débridait tous les orgueils et justifiait toutes les révoltes ; quand l'esprit de sacrifice était ouvertement supplanté par l'appel aux noces universelles ? Le protestantisme peut bien encore s'élever jusqu'au niveau d'une morale vulgaire ; mais il a perdu le secret des grandes œuvres et des grandes vertus. Ne lui demandez ni de véritables apôtres, ni des sœurs de charité, ni des saints. La Réforme n'a point été une élévation et un progrès, mais bien un arrêt, un recul, une dépression de la morale évangélique. Et en même temps qu'elle ébranlait l'ordre
moral et religieux elle devait nécessairement et logiquement ébranler la société tout entière. La vériclique histoire nous offre ici de multiples et sanglants témoignages. Je n'en citerai que quelquesuns.