I. Les Papes du XVIe siècle
Nommons-en quelques-uns. C'est d'abord LéonX. Je viens de lire son histoire. Il est de l'illustre famille des Médicis. Il est passionné pour la concorde et la paix non moins que pour les lettres et les sciences. Il surveille les débuts du Protestantisme et frappe Luther des premiers anathèmes. Il construit Saint-Pierre de Rome. Il meurt à quarantequatre ans, laissant après lui le souvenir d'un Pontife doux, intelligent, pieux, zélé.
Voici Paul III, Jules III, Paul IV et Pie IV. Ils ont la gloire d'ouvrir, de conduire, de reprendre et de terminer le Concile de Trente, et d'opposer ainsi la vraie réformation à la prétendue Réforme protestante.
Nous arrivons à Pie V. 0 Luther, que n'as-tu vécu quelques années de plus! Tu aurais vu la tiare se poser sur un front pauvre et saint ; et dans cette Babylone, comme tu appelais la ville de Rome, tu aurais vu siéger un Pape vêtu de bure, dormant sur la paille, descendant toutes les nuits de cette rude couche, et s'en allant pieds nus visiter les autels de Saint-Pierre, portant sur son angélique figure un reflet de piété, d'humilité, de pauvreté, de chasteté, de toutes les vertus évangéliques !avec cela, grand Pape, administrateur habile, politique consommé, pacifiant l'Italie et sauvant l'Europe à
Lépante. Il conclut avec Venise et l'Espagne une ligue contre les Turcs. Une grande bataille navale s'engage au golfe de Lépante, à vingt-cinq lieues d'Actium, où seize siècles auparavant entre Octave et Antoine s'était décidé l'empire du monde. Don Juan d'Autriche, fils de Charles-Quint, commande les forces de la chrétienté et abat d'un seul coup la Hotte ottomane conduite par Sélim II. Le Pape reçoit du ciel la révélation de ce triomphe. « Allons rendre grâces à Dieu ! » s'écrie-t-il. Et toutes les basiliques retentissent de Te Deum solennels, et la fête du Rosaire est instituée en mémoire de cette grande journée. Quelques semaines après le pape Pie V rend sa belle âme à Dieu.
Il a pour successeur Grégoire XIII qui fait marcher de pair la science et la piété. Il approuve le Carmel et la Congrégation de l'Oratoire. Il réforme le calendrier, appelé de son nom calendrier Grégorien, il ouvre des écoles et des collèges, il embellit la Ville Éternelle.
Rome éblouissante de marbre et d'or pressentait le règne puissant de Sixte-Quint. Ce grand homme allait venir. Le voici. Sa première profession fut celle de berger; il devait un jour diriger l'immense troupeau de l'Eglise. On raconte que, déjà cassé par de nombreuses infirmités et s'appuyant sur ses béquilles, il les jeta loin de lui en apprenant son élévation à la papauté, se releva fièrement et parut abdiquer sa vieillesse; il avait alors soixante-quatre
ans, son inflexibilité ne se démentit jamais, et son règiie est un des plus féconds. Travailleur acharné il donne le jour aux affaires et la nuit à l'étude, disant comme Vespasien : « Un prince doit mourir debout! » Il s'occupe de l'Europe entière, et essaie d'arracher l'infortunée Marie Stuart aux perfidies de la cruelle Elisabeth... et en même temps à Rome, aqueducs, fontaines, chapelles, obélisques, bibliothèques, collèges, imprimeries, tout marche par ses ordres, sous ses yeux, à sa voix. Et en même temps il fait reviser les Livres saints et donne la nouvelle édition de la Vulgate. Ce fut un grand Pontife. Par sa science, sa sainteté et son courage, il tient la seconde place parmi les quinze Papes du xvie siècle. Après lui, Clément YII termine le siècle, applaudit à la conversion d'Henri IV, et préside à l'expansion du catholicisme, vainqueur de l'hérésie protestante. Vous le voyez, Messieurs. En face des attaques du Protestantisme l'Eglise n'était point désarmée. Elle avait des chefs, et des chefs qui font certes meilleure figure dans l'histoire que Luther, Calvin et Henri VIII. Et ces grands Papes ne furent pas seuls à descendre dans la lice. Ils avaient des troupes d'élite.
IL Lesordres religieux du XVI siècle.
L'Eglise marche avec le monde. Si elle ne mar-
chait pas, elle ne suffirait pas aux besoins de l'humanité, il viendrait un jour où elle serait impuissante à guérir et à sauver les sociétés. « Elle ressemblerait, dit Msr Bougaud, à une ile plantée sur le roc, au centre de l'océan, où les grands vaisseaux s'arrêtent un instant et se reposent à la fraîcheur de ses sources et à la beauté de ses ombrages, mais qu'ils appellent en vain à l'heure du péril, et qui ne peut pas venir à eux quand leurs provisions sont épuisées et que leurs voyageurs meurent de faim et de soif. » Telle n'est point l'Eglise. Elle n'est pas stationnaire. Elle marche avec le monde, elle se rajeunit avec ses enfants, et quand de grands événements surgissent qui changent la face des affaires humaines, l'Eglise tire de son sein inépuisable et toujours jeune des personnages extraordinaires et de nouvelles institutions qui répondent aux besoins, aux périls, aux malheurs et aux progrès des sociétés.
Elle tire de son sein des fondateurs d'Ordres. Parmi les nombreux Ordres religieux fondés ou restaurés au xvie siècle, je n'en citerai qu'un, parce qu'il tient une place à part dans l'histoire des temps modernes, et parce qu'il a été sans contredit le plus fort boulevard contre le protestantisme. C'est l'Institut des Jésuites. Le noble espagnol, Ignace de Loyola, a vécu dans les camps et exercé le noble métier des armes. Blessé au siège de Pampelune, il se convertit en lisant la viedes saints
et il va suspendre aux pieds de la Vierge, dans le sanctuaire du Montserrat, son épée de chevalier. Retiré dans la grotte solitaire de Manrèze, il y compose le livre merveilleux des Exercices spirituels, et vient compléter son instruction religieuse à l'Université de Paris. C'est là qu'il jette les fondements de son Institut, en 1534, dans la chapelle souterraine de Montmartre.
Remarquez cela, Messieurs. Toutes les grandes œuvres de dévouement, ou elles sont nées en France, ou, si elles sont nées ailleurs, elles sont venues recevoir le baptême en France. Saint Benoit, saint Dominique, saint François d'Assise, sainte Thérèse, saint Ignace. Cherchez de tous les grands Ordres celui qui, n'étant pas Français, a eu tout son élan avant d'avoir respiré l'air de la France. Dans l'humanité régénérée, c'est Rome qui est la tête, mais c'est la France qui est le cœur. Ignace de Loyola, espagnol de naissance, fondait un Ordre important, destiné à devenir bientôt l'auxiliaire le plus puissant et le plus dévoué de l'Eglise romaine. Il passe parla France, et vient à Paris, à Montmartre, se mettre en contact avec notre caractère national. L'Ordre des Jésuites ne tarda pas à se multiplier en Italie, en France, en Allemagne, en Espagne et dans toute l'Europe, et il serait difficile d'énumérer les persécutions qu'il a subies, les victoires qu'il a remportées, les services qu'il a rendus. Dans la guerre que l'impiété fait à l'Eglise, c'est l'honneur
des Jésuites d'être toujours les premiers frappés. Ils voient se ruer sur eux tour à tour et quelquefois simultanément les calomniateurs élégants et la foule brutale, la persécution habile et la cruelle et lâche ingratitude, le mépris des sages et la haine des valets grossiers. Ils sont les serviteurs del'Église ; cela suffit à leur gloire. Ils naissent au xvie siècle, et dès leur origine la Papauté les oppose comme un mur d'airain aux attaques furieuses du Protestantisme. Et à cette même époque, où la Réforme accusait l'Eglise de corruption et d'impuissance, on voit apparaître dans l'Eglise une multitude de saints personnages qui témoignent de la vitalité catholique.