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II. Les sciences sont périlleuses

Gomme le vin qui enivre, les sciences montent à la tête et appesantissent les sens. Elles sont très souvent une occasion d'orgueil et un instrument de eonvoitise.

L orgueil est le premier péril des sciences. Voyez l'homme de ce siècle. Il tient les éléments captifs et frémissants dans ses creusets, et, maître de la création, il se pose en rival du Créateur. « Monté sur une nef aérienne, dit-il, je me suis promené parmi les astres du lirmament. J'ai attaché des ailes à mes proues aventureuses, et j'ai sillonné l'Océan avec la vitesse des oiseaux marins. J'ai attelé le feu à mes chars, et ma course de l'Orient à l'Occident n'a laissé que la trace d'un éclair. Je dompte les vagues furieuses, je commande à la tempête, j'efface les distances, je fais mouvoir tous les ressorts de la nature... » Voilà Le danger. A force d'analyser la matière, l'homme de ce siècle croit qu'il n'y a pas autre chose dans ce monde. A force de contempler les phénomènes apparents, l'homme de ce siècle conteste les vérités invisihles. A force de manipuler les causes secondes, l'homme de ce siècle oublie la cause première, A force de

mesurer les forces et les lois de la nature, l'homme de ce siècle en arrive à laisser de côté et à supprimer l'auteur de la nature.

Les sciences exclusivement et passionnément cultivées sont périlleuses. Elles conduisent beaucoup d'hommes à l'orgueil, au sentiment exagéré du pouvoir humain, au doute, à l'incrédulité et au blasphème. « Si on analysait l'atmosphère intellectuelle de ce siècle, dit Mgr Bougaud, on y trouverait au moins quatre cinquièmes d'orgueil. » Comme il est utile, comme il est nécessaire que la religion vienne corriger ces excès, et que, nous prosternant au pied des autels, elle nous rappelle que le nom qui est au-dessus de tous les noms, c'est Dieu, que nous ne sommes rien et qu'il est tout, et qu'à lui doivent remonter la raison, souffle de sa bouche; la nature, œuvre de ses mains ; l'industrie, miroir de ses perfections; la science, rayon de sa lumière; le progrès dont il est la source unique, le régulateur suprême et la fin éternelle! Comme il est utile, comme il est nécessaire que l'Église intervienne ici pour apaiser l'orgueil humain, pour ramener les savants à la modestie, à cette conscience de leur faiblesse qui est le parfum des grandes âmes et le plus bel ornement des esprits éminents! Newton ne prononçait jamais le nom de Dieu sans incliner sa puissante tête en signe d'adoration. Comme il est utile, comme il est nécessaire que l'Eglise oppose sa doctrine si purement spiritualiste aux arro-

gances d'une époque de plus en plus matérialisée, et qu'elle dise bien haut aux hommes de ce temps : « 0 hommes, vous êtes les rois de la création et les souverains de la matière. Mais, ne l'oubliez pas, vous restez en même temps les sujets et les vassaux de Dieu. Vous êtes rois par rapport à la matière et vassaux par rapport à Dieu. Debout sur les cimes de la Création, rappelez-vous que vous êtes audessous du Créateur, et envoyez vers Lui l'hommage de votre foi, de vos adorations, de votre reconnaissance et de votre amour! » Telle est l'action bienfaisante de l'Eglise. Elle modère les sciences. Elle en prévient les excès. Elle les préserve de l'orgueil. Et elle est en même temps l'arôme qui les empêche de se corrompre.

Le sensualisme est le second péril des sciences. Les sciences conduisent facilement à la jouissance indéfinie et exagérée. Elles ornent la vie, elles la peuplent de toutes les facilités du bien-être. Il y a là un immense danger, et, si la religion n'intervient pas pour le conjurer, tout est à craindre.

Si vous appelez les jouissances et si vous chassez Dieu, qui seul pourrait les modérer et les contenir ; si vous éveillez tous les appétits et si vous ôtez tous les freins ; si vous saturez un peuple de tout ce qui incline l'âme vers la terre et si vous le sevrez de tout ce qui relève l'esprit vers le ciel... êtes-vous bien sûrs que vous ne le conduirez pas à la décadence? Moi, je suis sûr du contraire, et mon rai-

sonnement est rigoureux, mathématique. La jouissance sans frein, c'est l'égoïsme qui n'a qu'une devise : Tout pour moi, rien pour les autres! a L'égoïste, dit Bacon, mettrait le feu à la maison de son voisin pour faire cuire un œuf. » Avec cela essayez de faire une société, je ne dis pas glorieuse, mais seulement habitable, je vous en défie bien. Dieu chassé du sein d'un peuple, le bien-être tourne à l'égoïsme et devient un danger épouvantable, et le progrès matériel, abandonné à sa pente, n'est plus qu'une descente effrénée vers le plaisir, vers la licence, vers la désorganisation sociale. Triplez, si vous le voulez et si vous le pouvez, la vitesse de vos chemins de fer, inventez des ailes pour traverser les airs, éclipsez par vos futures découvertes tout ce qui fait votre orgueil aujourd'hui : tout cela ne contient pas un atome de vie morale pour les âmes et pour la société. Si donc, vous ne ressuscitez pas Dieu dans les âmes, si vous ne remettez pas la religion à la place centrale qu'elle doit occuper dans la société, vous perdrez les âmes et vous per^drez la société. L'or, la matière, les plus ingénieuses machines ne servent qu'à corrompre un peuple, quand la religion est absente. La pierre angulaire de toute société et de tout siècle, c'est l'autel. L'Eglise catholique complète les sciences et les préserve. Les sciences ont besoin de l'Église!

Amen!

NEUVIÈME CONFÉRENCE

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