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I. L'Église inspiratrice des Arts

L'Eglise offre aux artistes trois ressou ces pré-

cieuses que ne possédaient pas les anciens qui vivaient dans le paganisme et que ne possèdent pas les modernes qui veulent vivre en dehors du christianisme.

L'Eglise ouvre d'abord aux artistes les horizons de l'infini. L'homme est fait pour l'infini, et un objet ne peut nous plaire qu'à proportion des rapports réels ou apparents qu'il a avec la perfection infinie. Cette prédilection exclusive pour l'être illimité se révèle de mille manières. C'est elle qui change la passion la plus vive en indifférence, dès que l'objet en est trop connu. C'est elle qui nous fait préférer la beauté qui se cache à la beauté qui se produit. C'est elle qui, dans l'ordonnance de nos bâtiments, de nos jardins, nous fait adopter la distribution qui en dissimule le mieux la petitesse. Telle étant la disposition de notre cœur, le point capital de l'art est d'éviter les formes trop dessinées, trop circonscrites, et de répandre sur le fini une teinte de l'Infini, sans toutefois tomber dans le vague qui déplaît à notre amour du réel. Or voilà précisément la supériorité du génie chrétien sur le génie profane. Les chefs-d'œuvre de l'antiquité païenne ont un énorme défaut, celui de n'avoir presque rien de divin. Les temples des païens sont des palais, des théâtres ; leurs dieux ne sont que des héros. L'architecture égyptienne vise à l'immortalité, mais à l'immortalité du temps. L'architecture grecque ne pense qu'à plaire aux yeux;

admirablement régulière dans l'ensemble, délicatement exquise dans les détails, elle est l'œuvre de la pensée humaine, rien de plus. L'architecture arabe berce l'imagination, . aime à surprendre, à faire rêver. L'architecture chrétienne seule rappelle à l'homme ses destinées et le fait aspirer au ciel. L'Eglise inspire les arts en leur ouvrant les horizons de l'Infini. Elle fait plus :

Pour empêcher l'artiste de se perdre dans le vague et le vaporeux, elle lui offre la précision et la grandeur des idées. Deux choses sont mortelles pour les arts : le doute et le matérialisme. Le doute éteint le flambeau du génie, lequel ne s'allume qu'au foyer des croyances. Comment voulez-vous qu'on traduise et qu'on exprime le beau, quand on ignore le vrai et quand on ne croit à rien? Et quand on ne croit qu'à la matière, est-il possible de traduire et d'exprimer la beauté qui a son trône dans l'invisible? Aussi voyez ce siècle avec son activité industrielle qui tient du prodige. Il manipule la matière et il en tire des richesses et des jouissances multiples; il construit des chemins de fer, dévastes ponts, de grandes manufactures, de somptueux bazars, et il jette à tous les échos le sifflement de la vapeur et le bruit monotone des machines et des métiers. Ce n'est pas un mal. Mais, je vous le demande, au milieu de ce culte de la matière, que devient l'idéal, c'est-à-dire le principe même de l'art? Messieurs, c'est la religion, c'est

l'Église qui garde l'idéal. L'idéal religieux est le principe de l'art, sa cause, son inspiration, sa force. Chez tous les peuples l'art a commencé par une prière, par un autel, par un temple. La religion est la mère de l'art, parce qu'elle est la source de la vie supérieure de l'àme, le foyer du vrai, du bien et du beau. N'est-ce pas Ganova, le grand statuaire, qui écrivait à Napoléon : « Toutes les religions nourrissent l'art, mais aucune ne le fait dans la même mesure que la nôtre. » L'irréligion coupe les ailes au génie et le met à pied. L'Eglise, en sauvant les croyances, sauve du même coup les beaux-arts à qui elle présente, pour les inspirer et les alimenter, un idéal toujours élevé et toujours précis.

Enfin elle offre à l'artiste avec les horizons de l'Infini, avec la grandeur et la précision des idées, la richesse et la variété des sujets. L'artiste chrétien tient à sa disposition tous les sujets antiques; et il a en plus les scènes chrétiennes, c'est-à-dire des sujets infiniment plus beaux, plus riches, plus dramatiques que les sujets mythologiques.

Qu'y a-t-il de comparable aux scènes de l'Ancien Testament? Si vous voulez vous convaincre de la richesse artistique de la Bible, parcourez simplement en curieux la Bible illustrée par G. Doré ou par Tissot, et vous constaterez qu'il y a là tout un monde de merveilles à explorer et à traduire.

Ouvrez l'Évangile. Quelle figure que celle du

Christ! Elle réalise non pas l'idéal d'un peuple, d'un siècle, mais l'idéal de l'humanité tout entière. C'est la plus parfaite expression de la beauté. Depuis qu'elle -a vu cette figure de Jésus-Christ, l'humanité ne peut plus l'oublier, elle ne peut plus concevoir ni exprimer l'idéal sans lui emprunter quelque chose; les arts désespèrent de l'atteindre, mais ils vont lui demander leurs plus hautes inspirations, et dans notre monde moderne, les plus grandes œuvres de la peinture, de la statuaire, de la musique et des lettres, sont des compositions religieuses. Quiconque ignore le christianisme est tout dépaysé dans les régions de l'art. C'est pourquoi un célèbre critique, sceptique mais habile à discerner ce qui élève et abaisse l'esprit, termine une étude sur Pascal par. ces significatives paroles. « Depuis que le Christ est venu dans le monde, un idéal nouveau s'est posé devant les hommes. Ceux qui ont méconnu Jésus-Christ, regardez-y bien, dans l'esprit ou dans le cœur, il leur a manqué quelque chose. » Cet aveu de Sainte-Beuve est bon à retenir. Sous une forme très catégorique, il atteste que la religion chrétienne est le foyer non seulement du vrai et du bien, mais aussi le foyer du beau.

Elle offre à l'artiste les plus magnifiques sujets : sujets bibliques, sujets évangéliques, et enfin sujets historiques empruntés à nos dix-neuf siècles de christianisme. L'artiste chrétien n'a pas besoin

d'aller fouiller les vieux siècles païens. Qu'il explore l'histoire des martyrs, l'histoire des croisades, l'histoire des nations chrétiennes, l'histoire de la charité, l'histoire en un mot de l'Église catholique, et il trouvera là de quoi nourrir son esprit, de quoi exalter son imagination, de quoi surexciter son

génie. L'Eglise est l'inspiratrice des arts. Elle en est la bienfaitrice insigne.

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