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III. L'Église atteint chaque âme en particulier

C'est là une puissance qui n'appartient qu'à elle, qu'on ne lui pardonne pas, et sur laquelle je veux appeler votre attention.

Certes, quand une parole éloquente, quand une invitation vibrante à la vertu, descend de la chaire de vérité sur un auditoire attentif, nous n'y sommes point insensibles, et parfois nous emportons du saint lieu une salutaire blessure au cœur qui nous tourmente et qui nous sauve. Mais cela n'est pas suffisant. L'Eglise dans la chaire parle à tout le monde, et nous avons besoin qu'on nous parle à chacun en particulier. L'Eglise a pourvu à ce besoin. Elle envoie son prêtre. Le voici.

77 vient, et tenant dans ses mains le code de la loi morale, il en fait à chacun une application spéciale. Il l'oppose à la conscience orgueilleuse des grands de la terre pour les éclairer et les confondre. Il la montre à l'enfant, et il lui apprend à former sur cette loi sainte les scrupules légitimes d'une âme encore pure. Il réforme, en l'expliquant, les fausses idées qu'un jeune homme commençait à concevoir sur l'honneur et sur la vertu. Il l'élève comme une barrière infranchissable entre la jeune fille qui va glisser sur le bord de l'abîme et le tentateur qui cherche à la perdre. Il la repasse article par article au lit des mourants, et par cette revue générale de toute une vie il appelle l'aveu et le repentir sur toutes les fautes oubliées. Voici le prêtre. Il vient frapper à la porte de chaque conscience.

Il entre. Au nom du scrutateur suprême, il fait invasion dans mon âme et dans les plus intimes

replis de mon âme. Que de choses, Messieurs, là, dans notre intérieur, que de choses cachées et qu'il est nécessaire pourtant de toucher et d'atteindre ! 0 penchants dépravés, inclinations perverses* idoles qu'on ne saurait jamais entièrement détruire, comme vous vous ressemblez dans tous les cœurs et qu'il importe d'arrêter vos fureurs ! Mais comment vous atteindre? Vous avez pris pour asile le fond de l'âme humaine, dieux d'un paganisme immortel; vous êtes là comme dans un antre ténébreux, au seuil duquel viennent expirer toutes les puissances du monde! Je sais un homme, Messieurs, mais je n'en connais qu'un, qui a reçu grâce et mission pour ouvrir la porte des consciences et pour y entrer au nom du Juge éternel. Cet homme, c'est le prêtre catholique, et il est seul de son espèce. Il fait ce que personne ne veut et ne. peut faire. Il vient, il entre,

77 constate. Les anatomistes, les physiologistes, les biologistes dissèquent le corps humain, décrivent ses organes, analysent ses fonctions et se glorifient de connaître les lois en vertu desquelles se produisent les phénomènes de la vie matérielle. Mais, j'ose le dire, le prêtre pénètre plus profondément qu'eux dans le mystère de notre grande nature. Il va jusqu'à l'âme. Il constate la corruption originelle de la nature et ses aggravations par le péché, les tendances au mal et les aspirations.au' bien, la somme de mr.lice, de faiblesse et de négli-

gence dont on doit se défier, et la somme de bonne volonté et d'efforts sur laquelle on peut compter. En analysant la structure et les actes de cette âme humaine si petite et si grande en même temps, il voit d'où viennent les maladies morales, quelles causes les engendrent plus ou moins prochainement, à quel régime spirituel il faut soumettre la conscience malade pour la fortifier et prévenir efficacement le retour du mal, par quels conseils on la doit soutenir, par quelles oeuvres de retranchement, de combat et de générosité on la peut réparer. Et, après avoir ainsi disséqué l'organisme immatériel, il agit. Il vient, il entre, il constate.

Et enfin il gouverne cette âme qui lui est ouverte, stimulant ses lenteurs, tempérant ses ardeurs indiscrètes, la relevant dans ses découragements, entretenant le feu sacré de ses désirs et lui montrant d'une main sûre la voie qu'elle doit suivre et le but qu'elle doit atteindre. Il calme les remords. Il donne le pardon divin. Et en môme temps il indique la passion naissante, le vice caché, la faiblesse inattentive, il attaque le mal dans ses racines, il en signale les causes et les remèdes. En un mot, il applique la loi morale là où elle doit être appliquée pour porter des fruits, c'est-à-dire au fond même de chaque âme humaine.

— Saint-Marc Girardin disait un jour en pleine Sorbonne : « Supprimez les confessionnaux, il

vous faudra augmenter le nombre des prisons et des gendarmes. » C'est vrai. L'Eglise est la seule puissance moralisatrice suffisante, parce que seule elle atteint les âmes, toutes les âmes, et chaque âme en particulier! Ah! nos ennemis le savent bien. Ils savent que notre point d'appui est dans les âmes, et voilà pourquoi par tous les moyens, par les lois, par la presse, par la ruse et par la violence, ils voudraient nous ravir les âmes, l'âme de l'enfant, l'âme du jeune homme et de la jeune fille, l'âme de l'épouse et de la mère, l'âme du riche et de l'ouvrier, l'âme du moribond. Ils n'y arriveront pas. Nous leur dirons : « Prenez-nous tout ce que vous voudrez et tout ce que vous pourrez, nos temples, nos vases sacrés, le toit qui nous abrite et le morceau de pain qui nous nourrit. Mais les âmes sont à nous, et nous sommes à elles. Pour elles nous vivons, pour elles nous sommes prêts à mourir! »

Ameji !

NEUVIEME CONFERENCE

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