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I. La dépopulation des campagnes

Telle est la première plaie qu'il importe de constater courageusement, d'approfondir et de guérir au plus vite

Le phénomène n'est pas contestable. La France, autrefois la première nation du monde, n'occupe plus que le sixième rang avec sa population, amoindrie d'année en année. L'Allemagne, avec un territoire à peu près égal au nôtre en étendue et moins fertile que le nôtre, verra doubler, en cinquante ans, le nombre de ses quarante-six millions d'habitants, tandis que la France mettra deux cent soixante et onze ans pour voir doubler le nombre de ses trente-six millions d'âmes, et c'est à peine si elle peut envoyer dans les colonies, comme de pâles ombres, quelques rares représentants de la mère-patrie. Il y a là d'abord un danger national. évident. Un édit d'Henri IV dit : « La force et la richesse des États ne consistent pas dans l'étendue des terres, mais dans le nombre et dans l'aisance des sujets. » Avec une population stationnaire ou décroissante, nous offrons une conquête de plus en plus facile à des peuples plus jeunes qui croissent cinq fois plus que nous en chiffre et en puissance... Et si le danger est effrayant au point de vue patriotique, est-il moindre pour chaque famille en particulier? Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir un peu partout des fils uniques devenant généralement des enfants gâtés, impropres au travail et à toutes les vertus. Vivent les familles nombreuses, dans lesquelles les enfants sont élevés dans l'habitude du travail et dans la pensée qu'ils auront à se faire une position ! Et malheur à ces foyers mornes dans

lesquels un ou deux enfants bêtement adulés et choyés aujourd'hui seront demain la proie facile de la mort ou du vice! Et, en même temps que la dépopulation crée un danger national et compromet l'avenir et l'honneur des familles, elle amène la décadence agricole. Avec une population qui baisse, avec la pénurie d'hommes, l'activité s'énerve et languit, les bras manquent pour le travail des champs, la main-d'œuvre étant plus rare devient plus chère, les produits étant moins nombreux deviennent plus coûteux, et, en dernière analyse, la stérilité des familles est une atteinte profonde portée à l'agriculture. Voilà une plaie actuelle, une plaie vive, une plaie funeste.

D'où vient-elle? Elle vient principalement de l'irréligion. On veut jouir pour soi; on veut transmettre la jouissance avec la vie; on aime mieux tarir la vie que restreindre sa propre jouissance ou celle de ces êtres, de cet être trop souvent unique qu'on aime d'une tendresse aveugle et basse. Le mal existe un peu partout. Il existe dans nos campagnes, et surtout dans les pays riches, dans les pays où le cultivateur est aisé. Et il existe surtout dans les pays les moins chrétiens. Tenez, voyez un peu ces races vigoureuses qui demeurent le réservoir de nos forces nationales. Parcourez le massif montagneux du centre de la France, l'Auvergne, le Rouergue, le Gévaudan, le Velay, le Forez; gravissez les pentes des Alpes dans cette Savoie deve-

nue française ; fouillez certaines vallées des Pyrénées ; explorez les landes de la généreuse Bretagne; là vous trouverez des familles rurales où la pauvreté est extrême et les enfants nombreux. C'est que, dans ces contrées privilégiées, la loi de Dieu passe avant tout. On ne s'y défie pas de la Providence, et la Providence ne trahit pas la confiance de ses serviteurs. On vit de peu, mais on vit, on travaille, on fournit à la terre des bras, à la patrie des défenseurs.

IL La désertion des campagnes.

Telle est la seconde plaie qu'il importe de constater courageusement, d'approfondir et de guérir au plus vite.

On déserte les campagnes pour fuir dans les villes. Ce fléau n'est pas nouveau. Il date du commencement du xvne siècle. Henri IV se plaint déjà que les nobles abandonnent la campagne. Au xvme siècle, cette désertion est devenue presque générale. Aujourd'hui la désertion des campagnes est un phénomène qui frappe tous les yeux et qui épouvante tous les observateurs. En dix ans, la population rurale a perdu quatre millions d'âmes, tandis que le nombre des habitants de Paris a presque triplé depuis un demi-siècle ; et, d'année en année, l'accroissement de Paris et des grandes villes

continue et s'accentue régulièrement. Cette énorme pompe aspirante attire sans cesse à elle le sang et la fortune de la France, au risque d'éclater. La tendance à fuir le travail des champs s'universalise de plus en plus. Le paysan n'entend pas que son fils travaille la terre comme lui; il le pousse pour le déclasser et le faire monter. Le fils, d'ailleurs, n'a pas besoin d'être poussé. Il a le dégoût du village et le goût de la ville. Partout c'est une fureur insensée d'obtenir une petite place de commis, d'employé du Gouvernement, de buraliste, etc., où l'on sera rivé à sa chaine du matin au soir, réduit à ne subsister qu'à peine, parfois même à sentir la misère en habit noir, la plus cruelle de toutes, le plus souvent condamné à ne jamais créer de famille et à vieillir dans le plus triste isolement, quand on pouvait aisément garder son indépendance, vivre au grand air, et s'assurer un avenir honorable, à la condition facile de mettre vaillamment, comme ses pères, la main à la charrue.

D'où vient ce mal profond, Messieurs, sinon de l'irréligion, sinon de l'affaiblissement graduel de l'esprit chrétien et du déchaînement d'ambition, de vanité et de sensualisme qui en est la suite? En redevenant païens, nous reprenons les mœurs du paganisme, c'est-à-dire l'horreur du travail manuel et la recherche du plaisir sensible. Le fils du paysan ne veut plus habiter les lieux qu'habitait son père. Pourquoi? Parce que, comme un cheval débridé,,

en secouant le joug de la religion, il retrouve son indépendance et la facilité de jouir. Et, quand je dis qu'il retrouve son indépendance, je n'entends pas parler de cette noble indépendance de l'homme qui, debout sur sa motte de terre, échappe aux servitudes honteuses, j'entends parler de cette folle indépendance qui commence par le mépris de la loi divine et qui finit par l'abdication de la dignité personnelle. Le fils du paysan court aux villes, où les salaires sont plus élevés, où la voix des ouvriers est mieux entendue des pouvoirs publics, où la vie est plus facile et plus abritée qu'à la campagne, où la licence est moins contrôlée. Il déserte son village parce qu'il n'y est plus retenu par les traditions de labeur, de sobriété et de sacrifice, par les vieilles traditions religieuses devenues insupportables à son orgueil et à ses convoitises. Ajoutez à cela que l'encouragement démesuré donné à l'instruction tend de plus en plus à faire dédaigner la culture. La multiplicité des déclassés s'accroît avec le nombre toujours grandissant des diplômés. Si l'on veut rétablir le règne du bon sens et entraver la* désertion de nos campagnes, qu'y a-t-il à faire? Il faut réagir contre l'irréligion qui ruine la vie agricole en vidant les campagnes au profit des villes, il faut ramener la société à l'école de l'Évangile, aux exemples et aux leçons du royal ouvrier Joseph, de la royale ouvrière Marie et du divin ouvrier Jésus. Il faut revenir à l'Église catholique.

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