III. La démoralisation des campagnes
Telle est la troisième plaie qu'il importe de constater courageusement, d'approfondir et de guérir au plus vite.
L'irréligion démoralise le paysan ; la religion le transfigure. Contemplez l'homme de la campagne éclairé, fortifié, consolé, transfiguré par la foi. Son foyer est pur, sain, beau, riant. Là, l'enfant ne quitte pas sa mère; il est élevé, soigné, façonné par elle, et, dès qu'il peut marcher, le premier apprentissage qu'il fait de la vie, du travail, c'est en voyant la sueur au front de son père et en sautant derrière lui, à travers les sillons. Là, l'homme ne quitte pas sa compagne, ou, s'il la quitte, c'est pour la retrouver à midi et le soir quand il revient à pas lents, épuisé, saluant avec joie le toit qui fume et les sourires, les tendresses de sa femme et de ses enfants. Là, le père, la mère et les enfants ne font qu'un cœur et qu'une âme sous le regard de Dieu qu'ils adorent ensemble et qu'ils prient d'une- commune voix. Trouvant Dieu dans sa maison qui est comme un sanctuaire, le paysan chrétien le retrouve encore dans la campagne qui lui apparaît comme un temple. A tous les angles des routes, il aperçoit en effet la croix du Rédempteur qui est mort pour nous ; le matin, à midi et le soir, les doux tintements de F Angélus lui rappellent la pen-
sée de Dieu ; au milieu de son village, il entre voit sans cesse la flèche de sa vieille église qui se dresse comme un doigt levé vers le ciel ; et, le dimanche, les animaux se reposant à l'étable, le laboureur chrétien prend ses vêtements de fête, et, sa femme au bras, ses petits enfants dans ses jambes, ses serviteurs autour de lui, il monte, joyeux et grave au temple du Dieu qui l'attend pour le réconforter et le bénir. Voilà, Messieurs, ce que fait la religion, et voilà ce dont la France vit, et voilà ce dont nous ne pouvons pas nous passer.
Or, l'irréligion est en train de gâter tout cela. L'irréligion, comme un vent brûlant, décompose et démoralise nos campagnes. Livré à lui-même, et vidé de toute idée religieuse, le paysan s'abaisse, se matérialise et se crétinise. Ses vertus mêmes se tournent en vices ; sa simplicité devient grossièreté ; la prévoyance et l'économie dégénèrent en un attachement désordonné aux biens de la terre, et même en une sordide avarice. Jaloux de ses voisins, il les tient à distance et se réjouit de leurs revers, au lieu de les aimer comme des frères et de se solidariser avec eux contre les calamités qui menacent la vie agricole. Il élève des enfants qui ont tous les défauts des enfants des villes, sans même en avoir les qualités. Il n'a pas la politesse de l'ouvrier citadin, et il en prend toutes les corruptions. Il oublie le chemin qui mène à sa vieille église où le vieil Evangile est enseigné par son vieux curé,
et où va-t-il passer la soirée de son dimanche? au cabaret, au cabaret qui isole l'homme de sa compagne et qui, dès l'adolescence, arrache l'enfant à son père, au cabaret où il trouve deux liqueurs malsaines : un mauvais vin qui tue son corps et un mauvais journal qui empoisonne son âme. La chose n'est pas plus claire, mais elle est aussi claire que le jour. L'irréligion n'est bonne qu'à démoraliser, à vider, à dépeupler nos campagnes.
— Que pouvez-vous faire pour arrêter la dépopulation, la désertion, la démoralisation des campagnes? Vous ferez des lois. Hélas ! les lois sans mœurs ne sont que lettre morte, et c'est la religion qui restaure les mœurs. Toutes les réformes, toutes les lois supposent la réforme des mœurs, et la réforme des mœurs n'est possible que par le concours et sous l'influence de l'Eglise catholique. C'est l'Église qui ennoblit et fait aimer le travail manuel, le travail des champs. C'est l'Eglise qui est seule capable de réprimer la cupidité, la vanité, la pression du luxe et du plaisir, et d'inspirer aux populations rurales, avec la vertu, le goût de la vie calme et modeste dont doit se contenter l'homme deschamps. C'est l'Église qui rapprocherais grands propriétaires et leurs fermiers et tenanciers par une communauté d'idées, de langage, d'assistance et
d'affection. C'est l'Eglise libre et respectée qui sauvera l'agriculture en arrêtant la dépopulation, la désertion et la démoralisation des campagnes.
N'allez pas croire, Messieurs, que notre agriculture est en progrès par cela seul que çà et là on établit des fermes-écoles, des comices agricoles, des syndicats, des cours et des sociétés d'agriculture. €es moyens sont bons sans doute, et il ne faut pas les négliger. Mais croire qu'ils sont tout serait une grave erreur. Pour les progrès de l'agriculture, il est une chose indispensable, c'est l'amour du travail, c'est la vertu, et, pour avoir de la vertu, il faut des croyances et des habitudes religieuses. Vous ne sortirez pas de là. La décadence d'un peuple date de ses vices, et ses vices datent de son irréligion et de son scepticisme. Ainsi se prépare et s'explique la mort de tous les peuples. Si donc la France et son agriculture veulent ressusciter et vivre, qu'elles reviennent à Dieu, à Jésus-Christ et
à l'Eglise!
Amenl
HUITIÈME CONFÉRENCE