I. L'Eglise ennoblit le travail de l'ouvrier
Le travail, Messieurs, est une loi et une loi de sacrifice. Le travail de la tête est rude : l'intelli-
gence est une Eve qui enfante dans la douleur. Le travail du corps n'est pas moins rude, et, en apparence du moins, il déprime l'homme en le tenant courbé vers la terre ou cloué à un métier. Que fait l'Église? Elle fait ce que personne ne peut faire à sa place. Elle réhabilite le travail manuel. C'est sublime !
L'Eglise paille. Elle dit à l'ouvrier qu'il n'est point un vil instrument de production comme le fer ou le bois, ou une bête de somme, mais qu'il a, comme son maître, une âme raisonnable et immortelle, plus grande que le temps et l'espace; qu'il vient de Dieu et qu'il va à Dieu ; qu'il est le frère du riche et qu'il peut être son supérieur par la vertu; que la vertu seule est la mesure de la véritable grandeur; que le travail manuel, par les difficultés mêmes dont il est inséparable, est merveilleusement propre à faire pratiquer la vertu et peut, par conséquent, élever l'homme à la plus haute grandeur morale.
Et, non contente de parler, l'Eglise donne V exemple. Elle réhabilite le travail manuel en le montrant dans les moines uni parfois au plus vaste savoir et à la plus illustre naissance. On voit saint Bernard bêcher la terre, couper du bois,' le porter sur ses épaules... Quelle leçon que l'exemple de ce descendant illustre d'une illustre famille, de ce grand docteur, cette lumière du monde, ce pacificateur tout-puissant de l'Eglise et des empires, qui
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trouve un charme infini dans les abaissements volontaires du travail manuel !
Et, en même temps que l'Eglise réhabilite le travail manuel par sa doctrine et par ses exemples, elle le canonise et le déifie. Elle place sur ses autels les cendres des saints ouvriers comme celles de saint Grépin et saint Grépinien, et elle demande aux rois et aux reines de se mettre à genoux devant ces restes vénérés. Elle grave l'image des saints ouvriers sur des bannières triomphantes qui se déploient dans de royales processions au jour de grandes solennités, et derrière ces images sacrées on voit tout un peuple qui chante et qui prie, qui acclame le travail manuel couronné dans le ciel des splendeurs éternelles et glorifié sur la terre par les communs hommages des petits et des grands. Comment en eût-il été autrement ? Avant de resplendir dans les saints, le travail manuel avait été déifié dans la personne du Christ. ^ Que ceux qui travaillent de leurs mains se réjouissent, dit Bossuet, Jésus-Christ est de leur corps. » Messieurs, toutes les tirades les plus pompeuses, toutes les médailles et récompenses ne vaudront jamais pour la classe ouvrière l'honneur qui rejaillit sur elle des souvenirs de l'Incarnation et de l'ennoblissement du travail manuel par le Fils de Dieu luimême. Dans l'ouvrier penché sur son enclume ou courbé sur son sillon, relevant vers le ciel son front ruisselant et sa poitrine haletante, je vois et
j'adore le Christ, le divin charpentier, et je me demande s'il était possible d'élever le travail de Tatelier à un honneur plus sublime, et à une plus grande hauteur. Non, cela n'était pas possible. Il n'y a que l'Eglise pour ennoblir ainsi le travail manuel. C'est déjà beaucoup. Voici encore davantage.