‹ L'église et son œuvreChapitre 71 sur 98 · I. Ce que l'Église pense du mariage · texte numérisé non relu

I. Ce que l'Église pense du mariage

L'Église pense que le mariage doit être libre. Nulle part, en dehors des nations chrétiennes, la liberté des époux n'a été reconnue et respectée. Ici la femme est achetée ou enlevée, comme à Rome; là, les mariages sont arrangés entre parents sans que les époux se soient vus, comme en Chine ; partout l'esprit de caste se dresse comme une barrière infranchissable devant la liberté des conjoints. L'Église fait tomber ces barrières, sources des plus grands maux, et elle place à l'origine de l'union matrimoniale cette liberté que notre siècle recherchesi passionnément et qu'il aime tant à voir à la racine de toutes les institutions. Au jour où l'époux se présente devant les autels pour faire bénir son union, l'Église lui dit : « Sache, jeune homme, que tu dois respecter tes parents et recourir à leurs conseils dans un acte aussi solennel; mais sache cependant que devant Dieu tu portes seul la responsabilité de tes actes, et que plus qu'aucun autre tu auras à souffrir ou à te féliciter pour la vie d'un bon ou d'un malheureux choix. Choisis maintenant. Veux-tu accepter cette vierge pour épouse? » Puis, se tournant vers la jeune fille, le prêtre lui dit : «Veux-tu, à ton tour, accepter ce jeune homme pour époux? » Et quand un « Oui ! » libre et solennel a été prononcé de part et d'autre, alors, mais alors.

seulement, le prêtre donne aux époux l'anneau d'or, symbole de l'union qui promet au nouveau foyer le bonheur avec le maintien d'une des libertés les plus légitimes, les plus saintes et les plus nécessaires. L'Eglise pense que le mariage doit être libre. Est-ce tout? Non.

L'Eglise pense que le mariage doit être un et indissoluble. Avec Adam au Paradis terrestre, elle dit des époux : « Ils seront deux dans une seule

chair. » Et, avec Jésus-Christ dans l'Evangile, elle ajoute : « Ils ne seront plus deux, mais un; Jam non sunl duo, sed una caro. » Et cette unité du mariage, c'est la beauté et la concorde de la famille, <î'est la force et l'honneur de la civilisation. Et, non contente de proscrire la polygamie avec ses corruptions, ses faiblesses, ses hontes et ses servitudes, l'Eglise proscrit encore le divorce. Elle réclame pour le mariage la stabilité et la perpétuité des nœuds qui le forment, et elle a raison. Elle a raison : 1° d'abord parce que Jésus-Christ qui est la vérité même a déclaré le mariage indissoluble ; et 2° parce que, à la lumière du simple bon sens, le divorce toléré ou autorisé est une imprévoyance à l'égard des époux, dont il déchaîne les passions, au lieu de les contenir ; une injustice à l'égard de la femme qui est impitoyablement chassée delà famille qu'elle a formée; une cruauté à l'égard des enfants, qui n'ont plus qu'un foyer incertain, une vie déchirée, un nom flétri pour tout un siècle. Le divorce

enlève à la mère, comme un bétail qui se divise, une part des enfants qu'elle a portés dans son sein, qu'elle a nourris de ses larmes et de son amour Mais la louve au fond des forêts, quand on lui arrache ses petits, on lui fait une injure qu'elle ressent; et vous, dans un pays chrétien, vous arrachez l'enfant à sa mère ; vous ne craignez pas de lui faire une injure que le tigre ne pardonnerait pas dans l'antre de ses déserts! Bénissez l'Eglise, Messieurs. D'accord avec Jésus-Christ et avec la raison, elle proclame la liberté, l'unité et l'indissolubilité du mariage. Et ce n'est point là de sa part une parole platonique; c'est une doctrine pour laquelle elle a souffert et qui est entrée dans, les faits au prix de ses héroïques labeurs. Ouvrons les annales du passé.

II. Ce que l'Église a fait pour sauvegarder les lois du mariage.

A l'Eglise ont été confiés les nœuds sacrés du mariage. Elle les a tenus d'une main haute, ferme, invincible. Elle y a mis la tête de ses Papes et le sang de ses martyrs, corrigeant les mœurs, améliorant les lois, bravant tantôt la colère des peuples, tantôt les menaces des princes. Sans elle le mariage restauré et réhabilité par Jésus-Christ n'aurait pas subsisté vingt ans, et voilà dix-neuf siècles qu'il

est debout au milieu d'une humanité acharnée brutalement à le renverser. Voyez cela. C'est admirable !

L'Église entre dans le monde; elle y rencontre d'abord les païens : la frivole Athènes, l'impure Corinthe, cette Rome dégénérée où le divorce est devenu une loi authentique et tellement suivie que certaines femmes comptent plus de mariages que d'années, et ces Corinthiens voluptueux, ces Grecs sceptiques, ces Romains décadents acceptent les lois inviolables du mariage chrétien dans un temps où l'union conjugale était discréditée et profanée, où le théâtre en avait fait son jouet, les Césars leur proie, les philosophes et les poètes leur dérision.

L'Église continue sa marche, et elle rencontre les Barbares, ces lions du désert, en qui la puissance égalait la convoitise. Ils traînent après eux une foule de femmes captives, tour à tour les élevant sur le trône par caprice, les délaissant par libertinage, et les tuant par vengeance. L'Eglise vient à eux, la croix d'une main et l'Evangile de l'autre. Et les Alaric, les Sigismond, les Clovis acceptent la foi nouvelle, et les Glotilde devenues des saintes font régner sur leur mari et sur leur peuple les lois inviolables du mariage chrétien.

L'Église avance encore, elle rencontre le mahométisme, ce déluge mêlé de chair et de sang qui a inondé presque toute l'Europe, cette doctrine infâme qui mettait le cimeterre au service de la

volupté. Que fait l'Eglise? Pour sauver l'arche sainte de la morale chrétienne, elle arme Charles-Martel, saint Louis, Godefroi de Bouillon. Elle va racheter ses filles captives chez les infidèles, plutôt que de les laisser en proie au sensualisme oriental. Elle refoule de croisade en croisade, loin de la France, loin de la Sicile, loin de l'Espagne, loin des côtes de la Méditerranée le spectacle de la polygamie musulmane et des ignominies de la chair triomphante. Que seriez- vous sans elle? Vous seriez pires que des païens, pires que des harbares : vous seriez des Turcs!

Voici le moyen âge. Les princes se croient tout permis parce que tout leur est possible. Mais l'Église déploie un héroïque courage et une divine opiniâtreté pour arrêter les passions frémissantes. Armée de l'excommunication, elle foudroie les corruptions royales. Le grand pape Innocent III chasse du trône de France Agnès de Méranie et rétablit Ingelburge de Danemarck dans ses droits d'épouse et de reine. Vainement Philippe-Auguste, pour fléchir l'indomptable Pontife, promet aumônes, soldats, croisade. Avec une grandeur sans égale, Innocent III lui répond :

Que, dans Jérusalem, la croix s'élève ou tombe, L'esprit vivant du Christ est plus saint que sa tombe !

Des historiens de mauvaise foi n'ont pas voulu comprendre cette conduite de l'Église. Ils ont versé

des larmes de théâtre sur les victimes royales de l'excommunication chassées de leur lit adultère ou incestueux par la parole des Papes. Pour nous, Messieurs, rendons grâce à l'Eglise qui a mieux aimé tout souffrir et tout perdre que trahir la cause du foyer. Henri IV, Louis XIV et Louis XV ne furent pas plus épargnés que leurs ancêtres. Bossuet met au service de la morale évangélique l'autorité de son génie, Bourdaloue frappe comme un sourd, et, quand les fils de l'adultère, légitimés en dépit de la loi, de la raison, de l'honneur touchaient presque à la couronne, quand Louis XIV s'oubliait jusqu'à leur donner des droits au trône de saint Louis, et que la France se taisait devant une telle audace, ce fut, pour ces grands hommes d'Eglise, une gloire plus grande encore que leur génie d'avoir vengé le foyer domestique de ces abominations et de ces scandales et d'avoir proclamé, devant les peuples et devant les rois, les lois inviolables du mariage chrétien.

L'attitude de l'Eglise resta la même en face de la Réforme et de la Révolution. Henri VIII veut à tout prix répudier Catherine d'Aragon et donner sa couronne à Anne de Boleyn ; Philippe de Hesse songe à posséder deux femmes à la fois; Albert de Brandebourg brise les liens qui l'attachent à l'autel et forme des nœuds adultères autant que sacrilèges. Et Luther conseille, approuve, ratifie tous ces scandales, et le scandale de son exemple ajoute à celui

de sa doctrine. C'en est fait du mariage, le torrent

entraîne tout. Non. L'Eglise veille sur le lit nuptial et en sauve l'honneur. Il en coûte leur tête à l'évêque Jean Fischer et au chancelier Thomas Morus pour avoir résisté aux caprices tyranniques d'Henri VIII; mais la tête d'un évoque n'en est que plus belle quand elle tombe pour la vérité ; mais le chancelier qui meurt pour la justice n'en est que plus grand. « L'adultère ou l'hérésie », disait Luther. Léon X a préféré l'hérésie. « Le schisme ou le divorce », disait Henri VIII. Clément VII a préféré le schisme. Plutôt le schisme et l'hérésie que l'adultère et le divorce ! Les hérésies se décomposent d'elles-mêmes, les schismes passent, mais ce qui doit demeurer, c'est la cause des mères, des épouses, des filles, c'est la cause du genre humain, c'est l'honneur du foyer avec les lois inviolables du mariage chrétien!

Aujourd'hui encore, malgré la défaillance des lois et des mœurs, que fait l'Eglise? Elle maintient sa doctrine ; elle venge les droits du foyer et la sainteté du lit nuptial; elle refuse aux époux divorcés le bénéfice et l'honneur d'un nouveau mariage ; elle en déclare les fruits illégitimes; et, gardienne de l'Evangile, de ce code supérieur et antérieur à tous les codes, elle répète à ceux qui veulent et à ceux qui ne veulent pas l'entendre : « Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. » Elle sauve les lois inviolables du mariage chrétien.

Telle est l'œuvre de l'Eglise depuis dix-neuf siècles. Elle a protégé le mariage. Elle a lutté héroïquement pour la liberté, l'unité et l'indissolubilité de l'union conjugale. Elle a fait de cette cause la cause totale de la civilisation. Pour arrêter la brutalité de la chair et du sang, elle a parlé, elle a combattu, elle a souffert. Où en seriez-vous sans ces combats plus qu'héroïques? « Votre sang flétri depuis des siècles, dit Lacordaire, vous serait arrivé par les veines dune femme esclave au lieu de vous arriver du cœur d'une femme ingénue. Tout ce que vous avez eu de joies saintes par vos mères, vos épouses et vos filles, eût été transformé aux joies infâmes de la servitude trempée dans la volupté. Vous seriez des Turcs et non des Francs. » Rendons grâce à Dieu, Messieurs, qui nous a sauvés par le courage de nos pères et l'intrépidité de la sainte Eglise catholique.

Amenl

DEUXIÈME CONFERENCE

Le Bonheur dans le mariage

Messieurs,

L'Eglise est la grande bienfaitrice du genre humain dans l'ordre intellectuel, dans l'ordre moral et dans l'ordre matériel. Mais son influence n'atteint pas seulement les individus, elle rayonne dans la famille. Et déjà nous avons constaté que depuis dix-neuf siècles l'Eglise est la gardienne incorruptible de l'union conjugale, dont elle maintient la liberté, l'unité et l'indissolubilité. Ce n'est pas tout. En même temps qu'elle sauvegarde les lois du mariage, elle en assure le bonheur en le réglant et en le divinisant.

Page 1