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I. La ruine de la foi dans le jeune homme déchristianisé

Le jeune homme déchristianisé, le jeune homme

qui a perdu la foi, on le rencontre partout à l'heure présente dans notre monde en décomposition.

On le rencontre dans les classes populaires. Enfant, il a fait une première communion telle quelle. Puis il est retombé dans une famille indifférente ou antichrétienne, dans un atelier où la foi et la morale sont également outragées, dans des compagnies suspectes ou mauvaises. Tout de suite, ou à, peu près tout de suite, il s'affranchit des engagements contractés au pied des autels comme d'un fardeau qu'on lui dit ne plus convenir à son âge. Il perd vite le sens religieux. Il ne prie plus. Il ne va plus à l'Eglise. Il oublie les vérités chrétiennes les plus élémentaires. Regardez-le passer dans les rues de la cité, aller à son atelier ou à son magasin et en revenir, donner son dimanche au travail abrutissant ou aux divertissements frivoles ; il est vide de toute religion; il est déchristianisé.

Mais ce n'est pas seulement dans les classes populaires que vous rencontrez le jeune homme déchristianisé. Vous le rencontrez aussi dans les classes plus ou moins cultivées. Et là, son attitude a quelque chose de plus répugnant. Je suis plein de compassion pour le jeune ouvrier qui délaisse la religion. Il la connaît si peu et il est en proie à tant de séductions ! Mais voyez ce jeune homme qui sort de l'adolescence avec un petit bagage scientifique, et qui se sert du peu qu'il sait pour blasphémer ce qu'il ignore. Ce que Bossuet, Pascal,

Fénelon, Descartes, Newton, Leibnitz, Euler ont cru après les plus profondes méditations, il le méprise. Pour lui ces six mille ans de foi religieuse, ces dixneuf siècles de christianisme et les œuvres merveilleuses qui sont sorties de cette foi, tout cela est mensonge, superstition, ténèbres, sottise. Il regarde le christianisme ; ou plutôt il ne daigne pas même le regarder; mais il le juge et il le rejette. Et, en le rejetant, il rejette toute foi, toute religion, et souvent même la croyance en Dieu. Pour le moment je ne cherche pas à expliquer ce phénomène de déchristianisation, je le constate seulement, et je dis qu'il est lamentable. Je dis que la ruine de la religion va engendrer ^dans l'âme et dans la vie de ce jeune homme des ruines qui sont horribles à voir et malheureusement trop certaines. Je dis que, le frein religieux une fois brisé, toutes les digues se rompent, toutes les ancres se cassent, et le vaisseau, si beau qu'il paraisse, est une proie promise à l'abîme.

II. La ruine du respect filial dans le jeune homme déchristianisé.

Avec la ruine de la foi dans la jeunesse je vois apparaître la ruine du respect filial. Quand la religion s'en va, c'est l'esprit d'indépendancequi arrive. Messieurs, lorsque je vous parle de l'esprit d'indé-

pendance, je ne vous dis rien d'étrange, rien qui doive vous surprendre. Il me suffirait, si vous éleviez quelque protestation, de vous rappeler ce que j'entends dire partout et ce que vous voyez vous-mêmes tous les jours. Vos plaintes les plus fréquentes et les plus légitimes ont précisément pour objet cette apparition redoutable et cette invasion menaçante de l'esprit d'indépendance dans la génération actuelle. L'autorité n'est plus suffisamment respectée dans la famille. Où sont-ils ces sanctuaires domestiques où rayonne sans intermittence la majesté paternelle? Le jeune homme parle de ses droits quand il devrait d'abord apprendre «es devoirs et les observer. Il se croit admis à faire entendre des réclamations, il discute le plus souvent l'ordre donné, et chacun de ses arguments c'est un lambeau de l'autorité qui tombe et disparaît, c'est une pierre du foyer qui se disjoint et s'écroule. Pourquoi? Pourquoi?

Parce que l'autorité de Dieu ne compte plus, l'autorité paternelle compte encore moins. La logique gouverne le jeune homme malgré lui et à son insu, et, du moment qu'il a détrôné dans son âme l'autorité de Dieu, comment voulez-vous qu'il respecte encore l'autorité d'un père et d'une mère? Messieurs, je vous ai déjà dit cela, mais il est nécessaire que je vous le redise. Quand la foi s'en va d'une jeune âme, n'allez pas croire que c'est un petit malheur. C'est une ruine qui en entraîne

beaucoup d'autres. Parce que le clocher est au milieu du village, les pierres qui tombent du clocher écrasent les maisons d'alentour, et parce que la religion est la colonne centrale qui porte tout, quand elle croule, elle entraîne avec elle dans sa chute toutes les délicatesses du respect filial et, je dois l'ajouter parce que c'est vrai, toutes les délicatesses de la vertu.

III. La ruine de la vertu dans le jeune homme déchristianisé.

Avec la ruine de la foi dans la jeunesse je vois apparaître la ruine de la vertu. Avec la défaillance de la vie chrétienne, arrive la flétrissure du cœur. Quoi, Messieurs? Même abrité sous le bouclier de la religion, le jeune homme ne peut pas échapper à tous les traits ; même chrétien, il a besoin de la vigilance, du travail et de la sobriété pour se conserver pur. Et des jeunes gens qui ont rejeté toute religion, toute prière et qui ne croient plus h rien, conserveraient la pureté du cœur et la pureté de la vie? Non. Ce serait un miracle, et Dieu ne permet pas un tel miracle, qui démentirait sa parole et rendrait sa grâce inutile et méprisable. Non, Dieu ne veut pas que l'on puisse impunément se passer de lui, et, quand on le chasse, ce sont les passions qui viennent prendre sa place et venger

son absence. Quand l'irréligion vient s'asseoir dans une jeune âme, toutes les vertus s'envolent d'une aile rapide, comme les oiseaux s'enfuient de la feuille qui les abrite, dès qu'ils sentent l'approche ou entendent le bruit de l'épervier. Quand la foi baisse, ce n'est jamais la vertu qui monte. Quand l'adolescent échappe au joug de la religion, il tombe fatalement sous le joug de ses sens indisciplinés et de ses passions victorieuses. Triste spectacle que celui du jeune homme qui ne vit plus dans la dignité de l'heure présente, depuis qu'il a effacé en lui la pensée de Dieu, le souci des grandes destinées et les traces du christianisme !

Ah ! vous pensiez peut-être que la rupture du frein religieux dans la jeunesse était un accident de médiocre importance et qu'il n'y avait pas là de quoi jeter les hauts cris. Et moi, armé des clartés de l'évidence, usant de cette liberté apostolique que me permettent mon ministère et vos sympathies, évoquant les faits douloureux que j'ai pu constater dans les longues années de ma vie sacerdotale mêlée à tant d'âmes et à tant de familles, me rappelant les larmes brûlantes que tant de fois j'ai vu tomber des yeux des pères et des mères, je vous déclare que la rupture du frein religieux dans la jeunesse est un malheur, et un immense malheur ! Je vous dis que le jeune homme est placé entre deux attractions, l'attraction du bien et l'attraction du mal, et que, s'il ne monte pas vers

le bien sur les ailes de la religion, il sera entraîné vers le mal par le poids de la passion.

Et même j'ose ajouter que, s'il se laisse prendre une fois par la passion sans que la religion vienne l'y soustraire, il ressemble à l'ouvrier dont la blouse est saisie par l'engrenage d'une machine en mouvement; quels que soient ses efforts et son énergie, rien ne le sauvera. Une expression populaire dit nettement le fait : il y passera tout entier. Il y passera tout entier! Messieurs, que j'aurais ici de choses à vous dire! Ah! si je vous disais tout, si, après vous avoir montré, avec la religion disparue, le respect filial anéanti et la pureté flétrie, si je vous montrais les derniers excès du mal... Si je vous montrais le vice allant jusqu'à la moelle des os et passant comme un héritage imprévu et maudit à une postérité tout entière... Si je vous montrais, des familles éplorées perdant l'honneur et la richesse dans des abîmes d'intempérance creusés par des mains filiales... Si je vous montrais l'abaissement du niveau moral et intellectuel, la santé publique compromise de la façon la plus grave, la race qui s'étiole, qui décroît, qui hérite des débilités transmises et qui semble avoir été empoisonnée dans les sources mêmes de la vie... Si je vous montrais tout cela et encore bien d'autres choses, vous pourriez me taxer de témérité, mais non d'exagération, car, après tout, je ne ferais que vous offrir la photographie exacte des phénomènes

que vous côtoyez tous les jours... Mais non, je m'arrête; le respect de cette chaire m'impose la réserve et la réticence, et tout ce que je pourrais dire, tout ce que vous savez, je ne veux pas qu'on m'accuse de l'avoir amené jusqu'ici, fût-ce pour une flagellation sanglante, mais qui aurait encore le malheur d'être publique. Qu'il me suffise de vous dire que, si la première fois qu'on vit des laves brûlantes au sommet du Vésuve on s'était plus alarmé, ni Herculanum ni Pompéi n'auraient disparu dans une mer de feu, et le voyageur qui visite avec une étrange émotion les restes de ces étranges catastrophes ne lirait pas sur les ruines ces trop tardives paroles : Cavete, posteri! vestra res agitur. Oui, Messieurs, il s'agit de vous, puisqu'il s'agit de vos fils, et puisque vous tenez avec raison à votre bonheur et à leur vertu, à la paix de votre famille et à l'honneur de votre nom, donnezleur donc la religion pour frein ; car le jeune homme sans religion est semblable à une locomotive qui, dans une descente rapide, n'a plus de frein, ardente et encore belle à voir, mais dont la beauté fait frémir, puisque c'est cette beauté même qui la conduit aux abîmes.

Messieurs, par vos paroles, par vos exemples, par vos soins vigilants, formez-nous des fils purs, forts, aptes au travail, à la peine et au sacrifice, et non point de ces êtres efféminés et à demi-païens chez qui, à peine au sortir de l'enfance, le libertin et

l'enfant gâté se mêlent avec une facilité qui devrait faire trembler la faiblesse des pères et des mères. Elevez-nous donc des jeunes gens qui ont une foi et une loi, et non point de ces êtres mécréants et corrompus, hardis contre Dieu et contre la morale, contempteurs de la vertu et de la vérité, qui ne peuvent que désoler également la famille, la patrie et la religion. Préparez-nous une génération chrétienne, laborieuse, chaste, ardente au vrai et au bien, afin que, si le présent est sombre, l'avenir, au moins, s'annonce tout empourpré d'espérances et de clartés!

Amen!

QUATORZIÈME CONFÉRENCE La famille chrétienne

L'Eglise est la grande bienfaitrice de l'humanité dans Tordre intellectuel, dans l'ordre moral, dans l'ordre matériel, dans l'ordre domestique. Dans l'ordre domestique, elle a réhabilité l'union conjugale, rhomme, l'enfant, la femme, le jeune homme. J'achève et je résume cet inépuisable sujet, en vous présentant le tableau de la famille chrétienne et de la famille décatholicisée. Contemplons aujourd'hui la famille chrétienne. La famille va nous apparaître créée par Dieu, défigurée par l'homme,

restaurée par Jésus-Christ, réalisée par l'Eglise catholique.

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