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I. L'Église préserve le jeune homme

Le jeune homme est beau quand il s'avance dans la vie, ayant la religion pour armure et portant sur son visage je ne sais quel mélange d'enthousiasme

et de gravité, d'ardeur et de réflexion qui annonce les grandes destinées pour lesquelles Dieu le garde. Il y a deux merveilles que j'admire ici-bas : c'est une île au milieu de l'océan..., les flots vont et viennent, montent, descendent, mugissent, s'arrêtent toujours à temps, ne la couvrent jamais... Et puis, c'est un jeune homme au milieu du monde, un jeune homme enraciné dans la foi; les passions mauvaises l'enveloppent : flots agités, flots boueux, ils vont, ils montent, ils écument, puis se calment et s'en vont... pourquoi? parce que Dieu est là, habitant au cœur de ce jeune homme, veillant sur la candeur de son front, sur la sérénité de son regard,, sur l'honneur et la dignité de son âme. Qui oserait contester la beauté d'un pareil spectacle? Voilà un adolescent en qui la famille revivra tout entière. L'enfant était faible, naïf, confiant ; l'adolescent est grand, fort, plein d'ardeur et d'inquiétude. L'enfant reflétait en son âme les tendresses de sa mère et les pensées de son père ; l'adolescent pense par lui-même, cherche sa voix et cache sous des traits devenus virils, des émotions et des désirs inconnus. Ah! si vous pouviez faire reculer le temps et ramener cet adolescent à sa douzième année ! Mais non. Cette joie, ou plutôt cette tentation ne vous est pas permise. Aucune famille n'est destinée à s'endormir dans les douceurs qui ont charmé ses commencements. Votre fils vous échappe, il échappe aux obscurités et aux tranquillités de la vie in-

consciente, et il entre à pleines voiles dans les orages. Quelle tutelle allez-vous étendre sur cette innocence si chère et si menacée ? Messieurs, il n'y en a pas d'autre vraiment efficace que les salutaires freins de la conscience chrétienne. Mithridate jetait de For sur ses pas pour arrêter les poursuites des Romains; le Christ sème mieux que de l'or dans nos familles, en y semant les vertus qui en font la paix et l'honneur. «Les passions, dit Lacordaire, les passions comme des chiens sauvages sont aux portes de l'adolescence. » Qui donc pourra les dompter? Jésus-Christ. C'est Jésus-Christ, et Lui seul qui apprend à l'adolescent à gouverner sa jeunesse, à vaincre ses penchants, à résister aux entraînements dangereux du dehors, à sauver sa chasteté et à doubler sans naufrage le cap de la puberté, qui est pour tous le cap des Tempêtes. Jésus- Christ député auprès du jeune homme son Eglise qui lui offre la possibilité de vaincre le mal et d'échapper au naufrage de sa vertu.

Hélas! vous le savez beaucoup mieux que moi, Messieurs, puisque vous portez dans votre cœur les angoisses de la paternité. Il est bien rare, n'estce pas, que le jeune homme, même le meilleur, préserve sa barque de toutes les avaries au milieu d'une traversée si pleine d'orages. Les temps sont si difficiles, les séductions si nombreuses, les occasions de déchoir si puissantes et si entraînantes! Mais n'ayez pas peur. Ce que Dieu garde est bien

gardé, et l'Église ne préserve pas seulement le jeune homme, elle le ressuscite quand besoin en

est.

il. L'Église ressuscite le jeune homme.

Le jeune homme qui a en lui le ressort de la foi et l'appui des pratiques religieuses n'est pas à l'abri de toutes les misères ; il peut tomber quelquefois, mais il se relève toujours; il tombe parce qu'il est faible et que les vents sont violents, mais il se relève parce que Dieu est avec lui, et que la grâce est toute-puissante. Que le jeune homme décliu et attristé de sa défaite regarde de notre côté, du côté de Jésus-Christ et de ses ministres. D'autres disserteront sur ses ruines ; avec les sacrements, nous les ferons palpiter. D'autres lui expliqueront le mouvement; avec les sacrements, nous nous chargeons de le lui donner. Nous ne prétendons pas, avec la religion, pouvoir prévenir toutes les chutes ; mais nous en prévenons beaucoup ; et celles qui se consomment malgré nous, nous prétendons qu'elles sont irréparables sans nous. Un coupable sans foi ni religion peut connaître la lassitude, la déception, le découragement; il ne connaîtra point le repentir, ni l'amendement dans le sens régénérateur attaché à ces mots, et, après avoir perdu la première innocence, il ne re-

montera point à la seconde. Nous ne remontons jamais seuls les abîmes descendus ; mais le jeune homme qui a la foi et qui, du fond de sa misèrer crie vers Dieu, n'est jamais perdu sans retour. Etiamsi mortuus fuerit, vivet. Même mort, il peut revivre. Jésus-Christ lui tend la main, et sa défaite, si profonde qu'elle soit, s'achève dans une victoire. Sa mort, si longtemps qu'elle ait duré, est suivie d'une résurrection : témoin saint Augustin, secouant la chaîne de vingt ans de sensualisme et s'élançant du plus honteux esclavage jusqu'à une sorte de transfiguration angélique ; témoins tant de jeunes gens qui, jetés au milieu d'un monde corrompu et corrupteur, se conservent purs en se conservant pieux, et qui, interrogés, vous diront que c'est la religion qui les a sauvés du naufrage.

Messieurs, je mets les choses au pire et je suppose l'âme du jeune homme chrétien complètement dévastée. Il a perdu dans des désordres graves et prolongés l'honneur de sa vertu et la sève de ses vingt ans. Sa ruine est-elle irrémédiable, et n'y a-t-il plus rien à espérer de cet ange dé,chu, de ce soleil éteint? Détrompez-vous. On objectait à un grand éducateur d'un collège catholique l'impuissance et l'inutilité de son ministère. On lui montrait les nombreux disciples sortis de son école et moissonnés par les passions, et on lui disait: «L'année a perdu son printemps. A quoi bon tous vos efforts? Quels sont vos résultats? Qu'avez- vous

fait? » — « Ce que nous faisons? répondit-il. Nous créons des remords! » Oui, Messieurs, dans l'âme un moment égarée par la passion, la religion survivante et tenace implante le remords, et le remords est le germe de la vie, l'étincelle d'un foyer qui va renaître, la racine de la vertu future, la prophétie d'une résurrection prochaine., Souvent, en errant dans nos villes modernes, le voyageur aperçoit un monument dévasté. Les âges ou la main des hommes, le temps ou les révolutions ont entrouvert les voûtes, fait pencher les flèches, brisé les vitraux, abattu à demi les croix; et la lumière des nuits, passant à travers les pierres disjointes, n'éclaire plus que des ruines. Le voyageur s'arrête, et une larme monte à sa paupière. Il n'y a plus guère d'intactes que les cryptes profondes. Il descend. 11 aperçoit ces forts piliers sur lesquels les dévastateurs n'ont presque rien pu. Il les touche d'une main attendrie; et il s'en va plein d'espérance, ayant entrevu le jour où sur ces bases raffermies l'édifice se relèvera dans sa majestueuse beauté et retrouvera son antique gloire. De même, Messieurs, donnez-moi un jeune homme sans mœurs mais non sans principes, un jeune homme dont la vie a été dévastée par les orages du péché, mais dont l'âme garde ces fondations nécessaires qui sont des croyances autorisées et fermes. Je lui rappellerai le Dieu de sa mère et les joies pures de sa religion d'autrefois ; j'éveillerai au fond de sa cons-

cience de salutaires remords; je pleurerai sur lui, je prierai pour lui, je le convertirai, et sur les ruines d'une jeunesse ardente et enfin domptée, viendra s'asseoir une maturité honnête et bénie de Dieu. Mais un jeune homme sans principes, jamais, ou à peu près jamais, vous ne parviendrez à le ramener au bien. Au-dessous des ruines entassées, vous cherchez vainement le roc solide, le sol sur lequel on puisse bâtir..., vous "ne le trouvez pas. Dieu, la conscience, les sanctions éternelles, le frein moral et religieux, tout cela n'est rien pour cette âme, et cette âme pèche sans remords, parce qu'elle vit sans principes. Je conclus :

1° C'est un devoir de donner à la jeunesse des principes religieux.

C'est un devoir parce que la jeunesse en a besoin et qu'il vaudrait mieux, en quelque sorte, lui enlever le pain de la bouche que les principes religieux de la conscience. Le corps humain a besoin du pain pour vivre ; l'âme humaine a besoin de la religion pour vivre. Si vous laissiez vos enfants mourir de faim, vous manqueriez à un devoir élémentaire et essentiel, et vous seriez responsables devant la justice des hommes ; et, si vous refusez à vos enfants l'élément religieux, vous manquez à un devoir élémentaire et essentiel, et vous êtes responsables devant la justice de Dieu.

C'est un devoir de donner à la jeunesse des prin-

cipes religieux, parce que ces principes religieux on vous les a donnés à vous-mêmes pour que vous les transmettiez à votre tour. Ce patrimoine de foi et de religion que vous avez reçu n'est point à vous; c'est un dépôt à conserver, c'est une richesse à augmenter, c'est une dot à transmettre. Ce qui fait l'humanité, la race, la famille, ce n'est pas seulement le sang qui coule d'une génération à une autre, c'est encore, et surtout, l'âme, l'honneur, la vertu, la religion, les principes qui vont de l'aïeul aux arrière-petits-fils, comme la sève qui passe du tronc à la cime de l'arbre. Si la sève ne va pas dans les branches, c'est la mort, et si les principes religieux sont supprimés et taris, j'ose vous prophétiser que la vie ne durera pas longtemps. Jugez d'après cela, Messieurs, combien il importe de maintenir la jeunesse sous la discipline salutaire de l'Église catholique.

2° Jugez combien nous sommes vos amis et vos bienfaiteurs, nous qui travaillons de mille manières à élever chrétiennement la jeunesse. Chose étrange! quand nous prêchons la vérité religieuse, le monde a toujours l'air de croire que nous défendons notre propre cause et notre intérêt personnel. Rien n'est plus faux que ce préjugé, qui réduit souvent à l'impuissance nos enseignements et nos meilleurs efforts de zèle. Non, la religion n'est point notre affaire personnelle. Sans doute, K vérit4 religieuse

vibre sur nos lèvres, mais pour qui vibre-t-elle, sinon pour vous ? Elle vous vise, vous intéresse et vous atteint au moins autant que nous. Et, dans certains sujets, comme celui que je viens de traiter devant vous, la vérité religieuse est beaucoup plus applicable à ceux qui l'entendent qu'à celui qui la prêche. Car enfin, si profond que soit mon désir de voir vos enfants chrétiennement élevés, j'y suis moins intéressé que vous. Quand je demande que le jeune homme aille chercher dans la religion le secret de la vertu, pour qui est-ce que je travaille? Pour moi ? Non. Je travaille pour vos fils, pour vous, pour la sécurité de vos familles et pour le bien commun. Travaillez avec moi, Messieurs, et ensemble coopérons au relèvement de la patrie, au relèvement des foyers, au relèvement des âmes !

Amen /

TREIZIÈME CONFERENCE

Le jeune homme (suite)

Messieurs,

L'Eglise a réhabilité l'enfant. Elle protège ses premières années, et quand il grandit, quand il entre dans l'adolescence et dans la jeunesse, elle veille sur lui avec un amour encore plus attentif et plus tendre. Je vous ai présenté le ravissant spectacle du jeune homme abrité sous les ailes maternelles de l'Église. Il faut que j'aille jusqu'au bout de mon sujet et que je vous en montre aujourd'hui le côté attristant et douloureux. Je vous dois la vérité, et, dussé-je vous la présenter à genoux, je ne puis pas vous la refuser. Jetons donc ensemble un regard plein de larmes sur le jeune homme déchristianisé et constatons en lui, avec la ruine de la foi, la ruine du respect filial et de toute vertu.

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