‹ L'Église libre dans l'État libre, discoursChapitre 2 sur 10 · L'ÉGLISE LIBRK · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE LIBRK

ce qui irrite ou ioquiëte la société moderae. Rien de plus impossible aujourd'hui que de rétablir une ombre même de féodalité ou de théocratie. Tout homme éclairé sait que ce sont là de vains fantômes. Mais, sous tous les régimes et dans tous les siècles, on mène les peuples par la peur des fantômes. La Belgique en a fait l'expérience autant que la France. (Approbation.) Tel homme trës-édairé et parfaitement convaincu du néant des craintes qu'il affecte ou des dangers qu'il dé-

chréliens ; mais leur action sera d*autant plus bienfaisante qu'ils se renfermeront davantage dans les bornes de leurs légitimes attributions. Le bien qu'an prince, animé, du reste, des meilleures in^tentions, veut opérer en outre-passant les limites de son pouvoir, n'est qu'apparent et illusoire; il causera à TÉglise comme à TÉtat, peut-être sans qu'il s'en aperçoive, les plus grands dommages. » Mgr de Kettler, évéque de Mayence. Liberté, Au-torité. Église, 4862. Traduction de M. l'abbé Belet, p. 134.

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nonce n'en sera pas moins ardent à les propager, à les exagérer, à les exploiter contre nous. Sachons éviter les pièges qui nous sont ainsi journellement tendus. Sachons re* fuser à Tennemi les prétextes dont il a besoin pour alarmer contre nous les préjugés publics, et dont il sait tirer contre nous un si redoutable parti. Désavouons donc sans relâche tout rêve théocratique , afin de n'être pas stérilement victimes des défiances de la démocratie, et, pour mettre à couvert des orages du temps cette indépendance du pouvoir spirituel qui est plus que jamais le suprême intérêt de nos âmes et de nos consciences, proclamons, en toute occasion. Findépendance du pouvoir civil, comme Font fait, à diverses reprises et avec tant d'autorité, les évêques de la Belgique ^ Tout bien considéré, je crois qu'on peut

* Lettre auSénaty du 19 mars 4850.

n LÊGLISE LIBRE

ramener à deux principes les instincts , les tendances» les volontés invincibles de la démocratie : d'abord, le droit qu*a chacun d'aspirer à tout, c'est-à-dire Tégalîté politique ; puis, la suppression de tout privilège et de toute contrainte en fait de religion, c'est-àdire la liberté des cultes. Croire que ces deux conditions suffisent pour asseoir la démocratie sur des bases inébranlables, c'est à coup sûr une infatuation lamentable ! Mais, au fond et telle qu'elle est, elle ne tient qu'à cela. Il est vrai qu'elle y tient invinciblement. Une fois rassurée sur ces deux conquêtes, la démocratie moderne s'endort facilement dans une périlleuse sécurité sur le reste. Pour lui instiller le sens, le goût et le besoin de la liberté publique, il faut un effort généreux et continu, un effort auquel la conscience des catholiques est plus propre et plus intéressée que tout autre, car c'est à la religion catholique surtout qu'il importe

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de voir la démocratie devenir libérale et la liberlé redevenir chrétienne.

« Diea n'aime rien tant au monde que la liberté de son Eglise, » a dil saint Anselme dans un. texte mille fois cité depuis que nous l'avons rerais en lumière au début de ta lutte contre le monopole universitaire. La liberté est donc pour l'Eglise le premier des biens, la première des nécessités. Mais l'Eglise ne peut plus être libre qu'au sein de la liberté générale. Aucune liberlé particulière, et celle de TEglise moins que toute autre, ne peut exister aujourd'hui que sous la garantie de la liberté commune. Il en était autrement dans les grands siècles de l'histoire chrétienne. Nos pères ne connaissaient guère la liberté que sous la forme du privilège ; et les privilèges étaient si nombreux, si divers et si bien défendus par l'esprit de corps et l'énergie personnelle, qu'ils formèrent pendant longtemps un ensemble formidable et suffi-

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