‹ L'Église libre dans l'État libre, discoursChapitre 8 sur 10 · G L'ÉGLISE LIBRE · texte numérisé non relu

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les apercevoir. C'est de là que peut sortir pour celle que nous avons le bonheur d'appeler notre mère , une ère de liberté complète, c'est-à-dire inconnue jusqu'à présent dans ses annales.

L'immense empire britannique, répandu sur toute la surface du globe, fonde partout, malgré lui, et grâce à la propagation de la race irlandaise, des colonies catholiques où le catholicisme est aussi libre que l'Anglais et aussi prolifique que Tlrlandais. Tout dernièrement un prêtre, revenu d'Australie et prêchant à Liverpool, signalait l'existence, dans cette cinquième partie du monde, d'une grande Eglise catholique gouvernée par un métropolitain et beaucoup d'évêques, et la plus libre, selon lui, qu'il y ait entre )e pôle arctique et le pôle antarctique ^ On ne

' Sermon du docteur Birmingham, cité dans le Ta^/^Uu 4 juillet «8Ô3.

saurait rien lire de plus pathétique et de plus consolant que les lettres publiées récemment par les Études catholiques , et provenant de certains Jésuites employés comme aumôniers dans les deux armées qui ensanglantent aujourd'hui TÂmérique du nord.

On les voit, des deux côtés, pansant les blessés, pansant les plaies de l'âme, recevant la confession des mourants, recueillant aussi les respects et les bénédictions des vivants. Etrangers à la lutte homicide, indépendants de la victoire comme de la défaite, mais également chers et sacrés aux vainqueurs et aux vaincus, ils constatent l'insensible progrès et l'invincible puissance de la vérité et de la charité catholique. Ne peut-on pas aussi y voir un symbole de ce que sera la douce et imposante majesté de l'Eglise quand, dégagée de toute solidarité compromettante, de tout engagement de parti ou de dynastie, elle apparaîtra au milieu des flots vacillants et

agités de la déinocralie, seule immobile, seule inébranlable, seule sûre d'elle-même et de Dieu, ouvrant ses bras maternels à tout ce qu'il y a de légitime, de souffrant, d'innocent, de repentant dans tous les camps, dans tous les pays? Alors pourront disparaître tous ces malentendus funestes, nés de la perversité des uns, de l'imprudence des autres, qui la représentent comme l'ennemie du travail, de l'instruction populaire, du bien-être des classes laborieuses, des découvertes économiques et scientifiques, des progrès et des splendeurs de la civilisation, comme si l'Église qui, de l'aveu unanime, a tant fait dans le passé pour la cité, pour la science, pour l'art, pour l'agriculture, pour 'tous les grands besoins de la vie sociale, pouvait jamais être indifférente ou hostile aux nouveaux besoins de la société humaine! Comme si cette divine institutrice de tous les peuples chrétiens n'était pas nécessaire plus que jamais à ces masses qui

surgissent à une vie nouvelle, sans direction, sans chefs naturels, mais exposés à toutes les tentations et à tous les vices dont la morale chrétienne est le seul antidote! Comme si celle qui a fait mieux qu'organiser le travail» qui Ta sanctifié, qui en a fait un frein et une expiation, non pour les pauvres, mais pour les riches, une obligation, non pour quelquesuns, mais pour tous, une condition de bonheur, non sur la terre, mais dans le ciel, comme si elle pouvait être jamais infidèle à sa tâche maternelle et perpétuelle envers les enfants du travail ! {Adhésion prolongée.) Âh ! croyons-le, ces nuages amoncelés par des mains ennemies ou égarées entre la mère et ses fils disparaîtront un jour, et quand l'Église aura retrouvé dans le cœur des peuples modernes la place qui lui appartient, et rempli le vide immense qu'y laisse son absence, elle n'aura rien à regretter ni rien à envîer au passé. On aura beau lui refuser toute in-

fluence dans les conseils des- princes, toule intervention dans les lois ou les traités» toute pompe officielle ou légale» elle n*en sera pas moins puissante et populaire, plus puissante peut-être que lorsqu'elle partageait le trône de Charlemagne, de saint Louis ou de Rodolphe de Hapsbourg. Quelles que puissent être» d'ailleurs, les

épreuves ou les victoires prochaines du catholicisme, comment ne pas se sentir pénétré de joie et de confiance à la vue des forces intimes et vivantes de l'Eglise» des vastes ressources que lui assure sa hiérarchie divinement constituée et son inépuisable maternité ? A aucune époque de son histoire elle n'a présenté à la tendre admiration de ses enfants un spectacle*plus rassurant et plus édifiant.

Des papes , depuis longtemps irréprochables » qui ont fait disparaître sans retour la plaie du népotisme» et qui» entourés des hommages passionnés d'une Eglise plus unie

et plus soumise que jamais , la gouvernent avec une autorité plus incontestée à coup sûr que celle de leurs plus célèbres prédécesseurs; des papes comme ces trois du même nom, Pie VI, Pie VU, Pie IX , tous les trois destinés à connaître les plus cuisantes amertumes de Texil , de la persécution et de l'ingratitude humaine , mais destinés aussi à donner au monde les plus magnifiques exem- ^ples de patience, de courage, d'invincible grandeur d'âme , et à faire rayonner dans l'histoire le nom de Pie , du même éclat que celui des Grégoire et des Innocent! {Explosion <r applaudissements.) Des évéques, eux aussi irréprochables dans leurs mœurs, irréprochables dans leur doctrine , inébranlables dans leur résistance à toutes les tyrannies du mal, souvent dépouillés, souvent persécutés, souvent exilés , souvent prisonniers , jamais prévaricateurs {Nouveaux applaudissements); jamais et nulle part complices des adversaires

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de l'Eglise, mais partout unis au Père commua des fidèles, à TEvéque des évèques, comme Tépiscopat ne Tavait encore jamais été, pas même daos les plus beaux temps de FEglise ; de plus, unis entre eux, amenés les uns et les autres des extrémités du monde, pour se ccmfondre et se grouper autour de leur Chef dans une acclamation unanime, comme on Ta vu à propos de Tlmmaculée Conception et de Tadresse relative au pou- , voir temporel des papes! {Adhkvm gmérale.) Un clergé exemplaire, plus exemplaire, je ne crains pas de le dire, en France et en Belgi-^ que du moins, qu'il ne l'a été à aucune époque de rhistoire, plus pur, plus incorruptible, plus dévoué à ses devoirs , à la culture des âmes; donnant chaque jour ces exemples de charité, de courage, de dévoûment, de modestie, d'abnégation, d'énergie, qui en fcmt les véritables héros de la vie moderne î (iVimvelle adhésion. ) Enfin , des^ ordres religieux

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d'hotnines et àe femmes sortant chaque joor des lugubres mines du passé et èe la poussière si^le du fMTéseut ; dégagés de fous les abus dont la rouille les avait longtemps infeetés sous Pancien régime ; seiikft&t au milieu de nos orages révolutionnaires , de notre civittsation matérielle , de notre luxe effréné , des prodiges d'activité morale , de mortification , de dévoument» formant des communautés incomparablemeul plœ régulières, plus austères qu'autrefois, et quelquefois non moins nombreuses ^. ( Trèsrbien ! C'est cela I ) Gela est vrai surtout de ces légions de fines héroïques, arrachées par le seul effort de leur volonté de nos flancs et de nos eoeurs ensan^

* Un calcul, publié en 1852, constate qu'il y avait dès lors, en Belgique, 42,000 religieux ou religieuses, c'est-à-dire un nombre égal à celui qoi^ existait sous Mane-Thërése , au plus beau temps du privilège et du patronage officiel. On n'a donc rien perdu pour la quantité ; mais qui pourrait dira tout ee qu^on a gagné en qualité ?

glanlés , immolées dès le matin de leur vie sur Tautel de l'amour de Dieu et du prochain, renouvelant chaque jour, avec une simplicité sublime, le sacrifice de la croix , et y puisant la force de pourvoir, sous mille formes diverses, sous mille noms anciens et nouveaux, à Féducation , à l'aumône , au soin des malades , au repentir, à toutes les nécessités et à toutes les souffrances humaines. Ah! oui! la renaissance des ordres reli^eux de noire temps, après l'ouragan révolutionnaire , malgré une impopularité séculaire , malgré des préjugés sauvages, malgré les dénonciations quotidiennes de la presse intolérante, malgré les entraves et les recrudescences fanatiques d'une législation rétrograde, cette renaissance sera une des merveilles de l'histoire.

J'en dis autant, et à plus forte raison, de la renaissance du catholicisme tout entier depuis la Révolution française. On sait que, en

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plus d'un endroit * , pendant les sacrilèges ébats de cette révolution , on vit des misérables, après avoir souillé et volé les vases sacrés, les châsses et les ornements sacerdotaux, violé les tombeaux, brûlé les saintes reliques sur le pavé des églises profanées, on les vit monter dans la chaire de vérité et v défier le Dieu vivant de faire un miracle pour sauver les débris de son culte et prouver son existence. Eh bien ! ce miracle , il est fait {Bruyante adhésion); il est quotidien, il est universel. Pas plus que sur le Calvaire, Dieu n'a répondu à la sommation de ses bourreaux: Salva temetipsum; si Filius Dei eSy descende de cruce. Mais à son jour il a pris sa revanche. (Applaudissements.) Oui, encore une fois , la renaissance de TEglise tout entière , du sentiment et de la doctrine catholiques , de Tautorité et de la discipline ecclésiasti-

* Notamment à Paris et à Besançon.

qoes, de la papauté , plus véaérée et mieux écoutée que jamais, de toute la hiérarchie divine, de tant de chères et saintes communautés; cette renaissance universelle et complète, après les échafauds de la Terreur, après les violenees de Napoléon , après les trahisons et les défeetioBs de tant de peuples et de tant de rois , en présence de Teffrayante propagation du mensonge et du mal , celte renaissance , dont nous sommes témoins, est un miracle, et ii n'y en a pas eu de plus grand

dans la mémoire des hommes. {Longue et vive adhésion.)

Que d'autres oiotife de confiance dans les victoires morales et intellectuelles de la doctrine chrétienne, depuis le coounencement de notre siècle ! Et ces victoires, elles sont toutes dues uniquement à la force intrinsèque de la vérité, qu'aucune force extérieure, aucun César orthodoxe, aucun bras de chair n'est venu défendre ou venger. Tout a été

tenté, non plus seulement contre tel boulevard extérieur, tel retranchement démantelé, mais contre le centre, la citadelle, le cœur de la cité chrétienne, contre le dogme, contre rScriture sainte, contre l'Evangile, contre Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu (Mouvement)^ et rien n'y a fait. Des trombes ont surgi sur l'océan de l'impiété qui nous entoure, et sont venues fondre avec un bruit formidable sur le navire sacré. Puis tout est retombé et s'est évanoui comme une pluie d'orage. Quand j'étais petit garçon, on faisait grand tapage du zodiaque de Denderah, apporté d'Egypte tout exprès pour démolir à jamais la chronologie et la cosmogonie mosaïques. Qui donc en parle aujourd'hui ? (Hilarité.) Puis c'a été le tour du docteur Strauss, qui avait savamment relégué la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la mythologie; l'Allemagne incrédule en tressaillait d'allégresse, et la France in-

crédule admirait sur parole. Vingt, trente ans se passent; et voici que Tautre jour le principal organe du rationalisme antichrétien vient nous dire tranquillement « que le fameux livre de Strauss est considéré généralement aujourd'hui comme une tentative manquéc*.» {Nouvelle hilarité.) Soyez sûrs qu'il ne se passera pas un si

long temps avant que le même arrêt soit porté sur ce romancier sacrilège {Applatidissements)^ sur ce protégé de César» qui vient de récrire l'Evangile à la façon de son érudition frelatée ; qui nous a tous personnellement outragés en outrageant la personne divine de notre Jésus {Applaxidissements prolongés) ; qui le transforme en charmant imposteur, en jeune démocrate, en communiste délicat ^ ; qui a trouvé ainsi moyen de faire de l'éloge là

* Revue des Deux-Mondes, du 4«' mai 4863, p. 443.

• Renan, Vie de Jésus^ p. 168, 478.

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forme la plus répugnante da blasphème ; qui plaide les circonstances atténuantes pour Judas, et qui trouve qu't7 y a pour la sincérité plusieurs mesures S ce qui donne la mesure de la sienne. (Longue hilarité et bravos unanimes.) Soyez sûrs que ce nouveau docteur qui essaye» en portant la main sur la divinité de Jésus crucifié , de tarir la source unique du dévoûment, de renseignement, de la charité, de la piété et de la vertu chrétienne; soyez surs qu'il ne gardera pas même sa notoriété actuelle, et qu'il ira s'enfoncer, comme tous les autres ennemis de Jésus-Christ, dans le néant qu'il nous prêche.

Ainsi donc que notre confiance soit entière et inébranlable. Je voudrais faire passer dans vos âmes à tous celle qui anime la mienne :

confiance qui n'a plus rien de l'enthousiasme de la jeunesse ; confiance calme et froide

* Renan, Vie de Jésus, p. 253.

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fondée sur rexpérience des hommes et des choses, des idées et des révolutions du xix*" siècle ; confiance mûrie par Tige et par l'adversité, car je ne saurais me citer moi-même comme un victorieux ou un modèle encourageant à suivre dans la voie des idées catholiques et libérales où j'ai prêché d'exemple. Je n'ai guère connu que des échecs, et cependant je dirais volontiers des entreprises engagées par des catholiques libéraux, depuis Chateaubriand jusqu'à nos jours, ce qu'on a dit des croisades : Chacune prise en soi a échoué, mais toutes ont réussi. {Adhésion marquée.) Une opinion catholique et libérale s'est fondée ; elle existe partout, elle grandit chaque jour un peu ; elle envi* sage avec fierté les luttes passées, avec fermeté les orages du présent, les efforts et les sacrifices que nous imposera l'avenir.

Quand je vois réunis devant moi tant de frères par la foi , et surtout tant de jeunes

gens, sortis pour la plupart de cette noble Université de Louvain, qui est le modèle des universités futures, la plus pure gloire de la Belgique et Tune des grandes consolations du 0K)nde catholique ; quand je les vois la tête levée pour regarder l'avenir, pour en respirer le souffle, je voudrais surtout ne pas les laisser sous Tempire du découragement, de Tbésitation, de la peur. Je leur dis : Vivez, espérez, travaillez, combattez ; vous ne vaincrez pas toujours, pas même souvent, mais vous serez invincibles. Personne ne viendra à bout de vous, si vous ne le voulez pas ; si vous ne pactisez avec aucune des faiblesses , aucun des mensonges, aucune des tyrannies de votre époque ; si vous vous préparez généreusement à la lutte, à une lutte permanente et perpétuelle, sans orgueil et sans outrecuidance, mais aussi sans amertume contre votre

temps, sans vains regrets du passé, sans vains désespoirs du présent. (Nouvelle adhésion.)

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Dans le cours d'une carrière déjà longue, j'ai toujours vu le mal triompher par Faudace de ses soldats, et le bien ne réussir que quand ses défenseurs avaient, par hasard, autant de résolution que leurs ennemis. Mais que de fois n'ai-je pas .vu les bonnes causes compromises, le bon droit trahi, les meilleures occasions perdues par les défaillances, les hésitations, les découragements, et, pour tout dire, par la mollesse et la lâcheté des honnêtes gens, épris trop souvent d'illusions insensées, et incapables du moindre effort dès que leur chimère les a trompés ! Ne vous laissez donc point aller à la chimère d'une victoire facile et prochaine, ni à la prétention de voir le monde ou seulement votre pays rentrer tout d'un coup dans l'ordre et la vérité. La société moderne est, tout entière, comme la Belgique, divisée en deux camps : les croyants et les non-croyants. Tout en se maintenant chacun sur son terrain et dans son droit, il faut savoir

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partout vivre les uds avec les autres, se supporter mutuellement, sous peine de tomber en proie à de pires destins. Il faut surtout savoir distinguer parmi ceux que Ton regarde comme ses adversaires, çt qui ne le sont pas tous ni toujours. Nous avons plus d'alliés qu'on ne pense. Quant à moi, je tiens pour mon allié, quelle que soit sa croyance ou son enseigne, tout homme qui veut la liberté pour moi comme pour lui-même, et qui ne fait rien pour m'empécher de prier, déparier, d'écrire, d'enseigner, de m'associer, de faire l'aumône, comme je l'entends. J'ai toujours été frappé de la différence qui règne entre deux textes souvent cités de l'Evangile. Notre-Seigneur, parlant de lui-même, dit : Qui nesi pas avec moi esi contre moi \ Mais, parlant à ses disciples, il leur dit : Qui rCesi pas contre vous est

* Qui non est mecum contra me est. Matth.^ xii,

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