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iDsoucianle des autres n^est plus qu'une trahisou... Mais il y a dans le cœur de l'honnête homme qui parle pour tous , et qui , en parlant pour tous, semble parfois parler con* tre lui-même , il y a là une loi de puissance , de supériorité logique et morale qui produit infailliblement la réciprocité. Oui, catholiques , entendez-le bien » si vous voulez la liberté pour vous, il vous faut la vouloir pour tous les hommes et sous tous les cieux. Si vous ne la demandez que pour vous, on ne vous l'accordera jamais; donnez-la où vous êtes les maîtres , afin qu'on vous la donne là où vous êtes les esclaves. » ( Applaudissements prolongés.)
Le droit commun est aujourd'hui le seul asile de la liberté religieuse, de la liberté de l'Eglise comme de toutes les autres libertés. Des droits et non des privilèges, des droits qui permettent de se passer de l'exercice ou de la protection du pouvoir, voilà ce que nous
avons à réclamer S Pour les obtenir, il nous faut renoncer, une fois pour toutes, à la prétention d'appeler la force matérielle au secours de la vérité, prétention qui a été partout essayée, quia partout échoué ; prétention désavouée ou ajournée dans la pratique par ceux mêmes qui Tafflchent à Fétatde théorie; mais prétention qui n'en est pas moins un de ces fantômes qui épouvantent la société moderne, et qui, follement évoqués par des esprits entêtés et rétrogrades, sont aussitôt retournés contre la religion par ses ennemis
« « Par liberté de rÉglise, nous entendrons le droit qu'a TÉglise d'administrer elle-même ses affaires suivant ses principes, et de n'être soumise en cela qu'aux lois générales de l'État.
« Nous distinguons donc entre liberté de l'Église et privilèges. L'Église possédait anciennement un grand nombre de privilèges, qui étaient comme un effet naturel de l'unité de la foi. L'Eglise n'en a pas besoin pour exister. » Mgr de Kettler, op. c/Y., p. 454.
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et deviennent, entre leurs mains habilement implacables, l'arme la plus populaire et la plus dangereuse.
Ce que nous devons demander à la force publique, à l'État, c'est de ne point entraver ni laisser entraver l'observation des lois de Dieu et de l'Église, et de protéger les droits religieux comme les autres droits. La société, que représente le gouvernement dans l'ordre matériel, me doit aide et protection dans l'exercice de mes droits; elle doit m'empêcher de nuire aux droits d'autrui, mais elle n'a pas pour mission de me contraindre à remplir mes devoirs. La force publique doit me protéger contre celui qui m'empêcherait d'aller à Téglise ; mais la force publique qui voudrait me mener à l'église malgré moi serait, à juste titre, aussi ridicule qu'insupportable.
L'indépendance réciproque de l'Église et de l'État, qui est la grande loi des sociétés modernes, n'entraîne nullement leur sépara-
tioD absolue, encore moins leur hostilité réciproque. (Assentiment.) Celte séparation absolue n'est pas du tout une condition essentielle de la liberté religieuse ou publique. Tout au contraire, elle peut très-bien se combiner avec une effroyable oppression. On Ta bien vu sous la Révolution française. L^glise libre dans TÉtal libre ne signifie nullement TËglise en guerre avec TÉtat, l'Eglise
hostile ou étrangère à l'État. (Nouvelle adhésim.) L'Eglise et l'État peuvent et même doivent s'entendre pour concilier leurs intérêts respectifs, pour d(mner à la société comme à l'individu tels avantages, tels droits que cette entente peut seule garantir. 11 y a entre l'une et l'autre une alliance possible, légitime, souvent nécessaire, qui peut et doit être sérieuse et durable, mais dont leur indépendance mutuelle, leur autonomie est la condition souveraine. Il faut, l'avait dit, bien avant M. de Cavour, un Italien honnête homme dont le
nom mérile d*êlre cité dans celte assemblée.
César Cantù, il faut ne voir dans l'Eglise ni une esclave ni une ennemie, mais une libre coopéra trice ^ Celle alliance peut comporter des concessions comme des engagements réciproques. Cette alliance existe en Belgique en fait comme en droit. Les conditions pourront en être modifiées et améliorées selon le cours du temps. Mais les grandes lignes sont déjà tracées.
L'heureux pays où nous sommes a eu la gloire d'offrir le premier modèle, et jusqu'à présentie moins imparfait, du nouveau régime vers lequel s'acheminent tous les peuples de l'Europe. Sa constitution lui garantit, dans toute sa plénitude, la liberté de l'Eglise, la liberté du bien, la liberté du vrai. Elle y existe avec la liberté du mal, la liberté de
• Bisogna avère la religione non schiava o nemica, ma libéra cooperatrice. Cantu, Hist. univers.^ t. VI, p. 338.
Terreur : elle n'en est point vaincue. Vous me dites toutefois que depuis longtemps un parti intolérant s*acharne avec trop de succès à fausser Tesprit de votre Constitution, qu'après avoir profondément entamé l'esprit national» dénaturé et déconsidéré le gouvernement représentatif, divisé le pays en deux camps, et substitué le régime de l'esprit de parti à l'union des intérêts et de? opinions diverses qui avait régénéré en 1830 la nationalité belge, ce parti s'applique à déterrer dans l'arsenal impur de la République et de l'Empire mille ruses légales destinées à entraver la liberté de l'enseignement, à supprimer la liberté de la charité, à proscrire la liberté d'association et de fondation, à violer ou à falsifier la dernière volonté des mourants.
Vous me dites encore que, par des innovations de son propre cru, il a réussi à introduire récemment dans vos codes des pénalités contre la liberté de la chaire chrétienne; qu'il
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menace vos fabriques d'église et vos cime* tiëres, et qu'il pratique sans embarras l'ostracisme à l'endroit des catholiques, systématiquement exclus, sous le nom de cléricaux, de la plupart des fonctions publiques. Je vous crois, et j'en dois conclure que ce parti veut traiter le noble peuple belge comme un interdit, un prodigue en fait de libertés, à qui il faut un conseil judiciaire composé d'avocats libéraux, pour l'empêcher de faire des libéralités dangereuses. {Fjongue adhésion et hilarité générale.) On aspire donc à faire de la Belgique un de ces pays asservis, où toute initiative individuelle et toute association libre sont immolées en holocauste au monopole de l'Etat. Mais tant que votre Constitution, votée en 1830 par l'unanimité des catholiques contre les précurseurs des faux libéraux d'aujourd'hui, restera debout ; tant que vous saurez vous servir des armes qu'elle vous offre; tant que, fidèles à l'esprit de vos pères, vous saurez consacrer
votre énergie et votre activité à la défense de vos droits, vous n'aurez point à redouter le triomphe de vos adversaires. Ils pourront garder le pouvoir ; mais, vous, vous garderez la liberté et vous la maintiendrez contre leur fanatisme et leur intolérance. {Applaudissements unanimes et prolongés.) A l'heure qu'il est, l'Eglise est encore plus libre, plus heureuse, plus respectée ici qu'en aucun autre pays du monde, et il n'y a point sur le continent européen un seul pays où cette grande assemblée catholique aurait pu se réunir avec l'entière liberté qui a présidé à sa convocation et à ses discussions sur le sol de la Belgique, à l'abri des principes sanctionnés par sa Constitution.
Il faut donc ici comme partout savoir comprendre la nouveauté des temps ; non la saluer d'un sot et servile enthousiasme, mais la comprendre, l'accepter ou au moins s'y résigner de bonne foi, en tout ce qui n'est pas
contraire à la conscience du chrétien; et j'affirme que la société nouvelle, toute fertile qu'elle soit en dangers et en scandales, n'offre rien de plus répugnant que les scandales et les abus que la conscience de nos aïeux subissait fort patiemment, crainte de pire, sous l'ancien régime. Concilier les traditions de l'Eglise avec les aspirations de la société mo derne, en cherchant pour l'une et l'autre une fécondité nouvelle dans la liberté, c'est une tâche admirable, égale à tout ce que les apôtres des barbares et les missionnaires de l'Europe ont fait de plus grand, digne des plus fiers génies comme des plus humbles dévoûments. Ils sont déjà nombreux, les cœurs honnêtes et résolus qui professent une foi fervente dans le progrès et le triomphe final du catholicisme , par l'efficacité de la liberté religieuse sincèrement et généreusement pratiquée.
Us savent que le bien n'est jamais facile ici-
bas ; qu'il n'est pas le produit de la nature humaine ; qu'il naît du travail et de la lutte. La liberté est la condition et la garantie de cette lutte. La responsabilité morale de la créature humaine ne repose que sur sa liberté ; ceux qui se chargent témérairement de confisquer ou d'énerver cette responsabilité individuelle, en prennent une bien plus terrible sur eux, et finissent toujours par y succomber. Croire à la vérité, au point d'y consacrer son bonheur, son repos et sa vie, et cependant respecter la liberté de l'âme chez celui qui ignore ou abandonne la vérité, voilà ce qui a paru difficile jusqu'ici, et ce qui toutefois semble n'être qu'un acte simple et naturel de la justice ou au moins de la charité chrétienne.
Mais, charité ou non, il faudra bien désormais s'y conformer ; car désormais il ne sera plus possible à personne d'employer la contrainte matérielle dans l'ordre religieux.
Avant un siècle d'ici, non- seulement nul ne
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songera à y recourir, mais nul ne compreadra qu'elle ait jamais pu être nécessaire. Il en sera comme de la dîme, de l'immunité ecclésiastique et d'autres grandes institutions très-nécessaires et très-légitimes dans leur temps, mais dont la nécessité disparaît avec le temps, et, une fois disparues, personne n'y pense plus. Il y a cent ans, personne ne concevait une Eglise sans dîmes et sans immunités. Aujourd'hui, en France, en Angleterre, en Belgique et en Amérique, dans les pays où l'Eglise est la plus libre et la plus féconde, qui donc y pense encore?
La liberté a ses inconvénients et ses désagréments; mais les avantages qu'elle procure sont si nombreux et si grands, qu'il faut supporter ces inconvénients avec patience , et , s'il est possible , même sans se plaindre. Nous avons eu en France, et moi tout le premier, pendant la République, le tort, le grand tort, non pas, Dieu merci ! de répudier
la liberté , mais de trop nous plaindre et de trop nous alarmer de ses inconvénients. Vous savez où cela nous a conduits. (Mouvement.)
De tous les abus que permet la liberté, il n*en est peut-être pas un seul qui résiste à la longue aux contradictions , aux résistances du sens moral que la liberté suscite et qu'elle arme de son inépuisable vigueur. Le grand Paoli f un héros catholique trop oublié , que l'aveugle renommée a sacriGé à son rival et à son compatriote Bonaparte, avait pour maxime favorite : Avec la liberté ^ on peut tout souffrir ef tout réparer *. C'est la pensée que notre Lacordaire a traduite en son magnifique langage :
« Les maux de la liberté, si grands qu'ils soient, tiennent à son apprentissage et non pas à son essence : ils laissent encore du
• Colla liberta tutto si pua soffrire et a tutto si pua trovar riparo.
jour, de la vie, une espérance aux vaincus , et par-dessus tout, l'émulation sacrée du bien contre le mal. Sous le despotisme, le bien et le mal dorment sur le même oreiller; une dégénérescence sourde envahit les âmes, parce qu'elles n'ont point de luttes à soutenir, et le christianisme lui-même, victime protégée, expie dans d'ineiïables humiliations le bénéfice de la paix. » {Applaudissements.)
Mais il est temps, plus que temps, de mettre fin à tous ces discours. En récapitulant tout ce que j'ai dit trop longuement, ne pourrions-nous pas en tirer deux conclusions? Et d'abord celle-ci, fondée sur l'expérience , que jamais la religion n'a été plus sainte, plus forte et plus féconde, que dans les conditions de combat auxquelles la Providence a ramené le xix*' siècle. Qui gardera les gardes, a dit le prophète : Quis custodiet custodes? Je
réponds : L'ennemi; c'esl Tennemi qui fait tenir debout la sentinelle ^
Puis, n'est-il pas permis de croire que nous entrons dans une ère nouvelle, celle que l'on pourra appeler Vère de la liberté de FEglise ?
Je sais qu'il faut se défendre autant de l'utopie que du découragement. Nous voyons autour de nous, en France, des personnes infiniment respectables qui, je le crains, cèdent à ces deux tendances opposées , mais toutes deux extrêmes. Les unes annoncent que, tous les principes étant violés, toutes les traditions méconnues, et tous les États bouleversés, nous approchons nécessairement de la fin du monde. Les autres prophétisent, au contraire, une grande époque de rénovation sociale, dé paix et de prospérité, de bonheur et de vertu. Je me permets de n'être ni avec
' Ainsi disait une des plus saintes âmes de ce siècle, madame Swetchine, à qui j'emprunte cette pensée.
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les uns ni avec les autres. (Assentiment.) C'est une ressource assez ordinaire chez ceux qui voient crouler leurs illusions et méconnaître leurs systèmes, que de prédire la fin des temps. Bien que je me place au premier rang des vaincus» des disgraciés, et surtout des mécontents, je ne pratique pas cette coutume, et je ne crois pas à la fin prochaine du monde. ( Hilarité. ) S'il faut tout dire , je ne suis pas bien convaincu que , sauf quelques rares et trop rapides moments, le monde ait jamais valu beaucoup mieux qu'aujourd'hui.
Le mal était différent , mais il a toujours été très-intense et très-puissant. Je ne crois pas non plus à l'avènement prochain d'une ère de réparation et de prospérité universelle. Je crois tout simplement à l'avènement de la démocratie et au changement que comporte cet avènement dans les formes extérieures de la société humaine. Le fond restera le même. Cette révolution produira, comme
toutes les révolutions, du bien et du mal. Le mal sera facile et populaire ; le bien laborieux et contesté. On retrouvera les ennemis éternels du bien dans les penchants corrompus de la nature humaine, avec de nouveaux obstacles sortis de la nature des choses modernes. On retrouvera aussi les vertus dont Dieu a doté sa créature, et dont le Rédempteur Jésus a doté son Église. La lutte sera aussi rude pour le moins qu'avec les anciens adversaires de l'âme et de l'Eglise, aux temps barbares , sous la féodalité, sous la monar^ chie absolue. Mais elle sera , pour le moins , aussi méritoire , aussi féconde , aussi glorieuse. Pour l'aborder. Dieu nous fournit de nouvelles armes, de nouveaux moyens d'action , et c'est dans les grandes innovations modernes , dans la publicité , l'égalité , la liberté politique, l'émancipation des masses démocratiques, la facilité et la rapidité prodigieuse des communications , qu'on peut déjà