Léger, LaSave, le Danube et le Balkan, p. il
la Hongrie, et Slrossmayer dut renoncer à celle joie. Mais en Dalmalie, l'agitation pour la liturgie slave allait croissant : ce « paléoslave, » monument auguste de l'anlique culture religieuse et nationale, causait grande pour aux préfets de TAutriche. Eux elles diplomates multiplièrent les intrigues, mirent les évoques aux prises les uns avec les autres et les curés aux prises avec les évêques, et s'appuyèrent sur le nonce Galimberti contre la secrétairerie d'État, pour retarder dans les congrégations romaines les solutions larges et nettes que la politique de LéonXlII eût comportées*.
Contre les tendances du Pape, l'Autriche se faisait une arme du péril russe. Prenez garde, disait-elle : ces populations chez lesquelles vous laisseriez se réacclimater les rites de l'Orient perdraient le sentiment des
1. Documents dans Crispolto Crispolti et Guido Aureli, La polilica di feone XIII da Luigi Gâlimberli a Mariano Rcnnpolla,Y). 295 et -475-530.
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diversités qui les séparent des Églises russes; en les faisant parler à Dieu comme lui parlent les schismaiiques, vous les laisseriez s'habituer à penser comme ils pensent. Les colis de missels paléoslaves, que Léon XIII faisait imprimer à ses frais dans les ateliers de la Propagande, et qu'il destinait à certains évêchés de l'autre versant de l'Adriatique, montraient que le Pape demeurait inaccessible aux objections de l'Autriche. Mais sur le trajet même de ces colis, l'Autriche savait mettre des obstacles ; elle avait des artifices pour qu'ils se perdissent, ou bien pour qu'ils ne partissent point ; elle créait des complications épineuses; elleétait, depuis le joséphisme, trop maîtresse de la prière, trop maîtresse du culte, pour permettre que la vieille liturgie slave, même théoriquement protégée par Léon XllI, eût en terre des Habsbourg une vie facile. Elle essayait d'éteindre les sourires de l'Église
romaine à l'endroit du monde slave, ou tout au moins d'en obscurcir l'éclat: elle voulait un fossé, là où Léon XHI voulait un pont. « L'Autriche, disait le 12 décembre 1887 le cardinal Rampolla à notre chargé d'affaires M. de Mon bel, s'est toujours efforcée d'empêcher un rapprochement entre Rome et Saint-Pétersbourg, j'en ai des preuves positives. * » Mais la glorieuse lettre Prœclara, que le Pape, en 1894, adressait aux princes et aux peuples, retentissait à travers l'Europe comme une invite à l'union : entre les maximes de l'Empire apostolique et celles de l'apostolat romain le contraste prenait rapidement une allure de conflit.
Rome, à l'écart de l'Autriche et par-dessus PAutriche, avait commencé de prendre contact, personnellement, directement, avec les Etats slaves séparés d'elle. Le Monténé-