Chapitre X, 11. page
ment contre les Lombards. Il faut par suite, ny chercher aucune disposition qui atteigne les territoires de l’empire de Constantinople, puisque Pépin, qui prend le titre de patrice des Romains, se proclame expressément son allié. C’est un peu en qualité de délégué de l’empereur qu’il intervient, tout cela étant, bienentendu, mal défini comme toujours à cette époque. M. Schnürer pense qu’il faut suppléer au n° 16 les mots reipublicae Romanorum, qui rendraient la phrase plus correcte et qui auraient, d’après lui, été supprimés pour des raisons assez ingénieuses et que je discuterai plus tard, mais qui ne m'ont pas convaincu. Il faut donc admettre, à mon avis, que Pépin n’a rien changé à la situation du duché de Rome. C’est le statu quo, c’est-à-dire souveraineté de fait exercée depuis longtemps déjà par le pape, sous la suzeraineté de plus en plus théorique de l’empereur de Constantinople.
Mais, ce qui intéresse le duché de Rome à l’égard des Lombards, c’est la garantie de ses frontières, la paix et la tranquillité de son territoire. Il en a été question continuellement, et même il n’a été question que de cela, dans les négociations qui ont échoué. Pas un mot cependant à ce sujet. Il est vrai que cette clause trouvera sa place dans le traité qui sera imposé au roi des Lombards, et on a jugé inutile de la consigner ici. Il n’est pas moins vrai que des diplomates modernes auraient commencé par là.
Par contre, on voit apparaître l’exarchat de Ravenne dont il n’avait jamais été parlé jusqu'ici avec Astolf, et il est associé immédiatement à toute une
série de territoires qui viennent de la générosité des empereurs, ce qui signifie évidemment des patrimoines. Ces propriétés de rapport avaient été dévastées et enlevées à l’Eglise de Rome par l’invasion des Lombards. Plusieurs de ces patrimoines ont déjà été restitués par Luitprand. On voudrait que tous les autres soient rendus. Or l’exarchat de Ravenne est concédé en souveraineté, tandis que les patrimoines ne sont que des propriétés privées. Pas un mot de cette distinction importante. La dernière phrase qui prétend résumer et préciser, s’applique au contraire à tout brouiller. Que viennent faire les villes, les monastères et les évêchés dans les exploitations agricoles qui constituent les patrimoines, dont précisément on vient de parler.
Aïnsi, on regrette de ne pas connaître les diplômes de Luitprand pour Sutri et pour les quatre villes rendues à Terni. Mais ces actès ne pourraient pas en dire moins.que la donation de Quierzy, qui ne donne absolument aucune précision pour l’exarchat de Ravenne. Il est parfaitement logique de considérer ces diplômes de Luitprand comme les premières fondations de l’Etat Pontifical, à moins de constater, ce qui est encore plus vrai, qu’il s’est créé tout seul, avec le pouvoir du pape existant, de fait, déjà auparavant.
Enfin, l’exarchat de Ravenne qu’Astolf avait conquis et qu’il devait rendre, ne communiquait avec le duché de Rome que par un isthme assez étroit à l’extrémité du duché de Pérouse! Le nouvel état
1, Voir les cartes, n° III et IV, pages 311 et 321,
serait donc formé de deux morceaux, réunis par une bande de terrain donnant juste passage à la voie militaire. C’est ce qui était, du fait de la guerre, au temps de l’exarchat; les Byzantins étaient bien forcés de s’accommoder de ce qu’ils avaient pu conserver. Mais maintenant que l’exarchat n’existait plus depuis trois ans, il n’y avait aucun motif de rétablir cette frontière compliquée. On allait tailler en territoire lombard, et Astolf ne céderait pas plus volontiers sa propre conquête que n’importe quelle autre partie de son royaume. Tout au contraire, aucune province ne lui était plus utile que la Pentapole qui le mettait en communication avec Spolètel. Si donc, on voulait augmenter le domaine pontifical, il aurait beaucoup mieux valu l’arrondir dans la Tuscie lombarde du côté de Viterbe. Dans ces conditions, le partage de l’Italie avec les Lombards, auquel pensait autrefois saint Grégoire le Grand, aurait été réalisé avec des frontières en équilibre stable.
Mais, de ces conditions territoriales si évidentes pour nous, personne au monde parmi les signataires de l’acte de Quierzy ne savait rien, et ne pouvait rien savoir, Car il n’y avait pas de cartes à cette époque. Les Romains de l’entourage du pape pouvaient seuls le soupçonner, mais qui donc parmi les Francs, et leroi tout le premier, savait où placer l’exarchat de Ravenne par rapport au duché de Rome? Pour le moment, une seule chose intéressait les contemporains : on avait déclaré la guerre aux Lombards.