L'OPPOSITION A LA GUERRE
C’est seulement à partir de cette époque, qu'ont pu se produire les protestations dont a parlé Eginhard, puisque jusque-là, il n’était pas question de faire la guerre. On avait accueilli avec plaisir la visite du pape, et Pépin s'était borné à négocier avec le roi des Lombards dans un esprit essentiellement pacifique. Ce qu’il demandait était tellement raisonnable, et il le faisait en termes si modérés, qu’on aurait dû logiquement arriver à une entente. Voilà tout ce que les mieux informés pourraient savoir, et l’opinion n’avait aucun motif de s’alarmer. Des bruits fâcheux purent commencer à circuler au commencement du mois d’avril, et la nouvelle devint officielle quand tous ceux qui avaient pris part à l’assemblée du vingt et un, purent la répandre dans leur entourage, en rentrant chez eux.
Voici donc ce que dit Eginhard, lorsqu'il s’apprête à raconter l'expédition de Charlemagne en 774; il la compare à celle qui a eu lieu vingt ans auparavant, afin de faire ressortir la double différence qui existe entre les deux. Je cite pour plus de précision le texte latin.
« Quod prius quidem et a patre eius, Stephano papa supplicante, cum magna difficultate susceptum. Quia quidam e primoribus Francorum, cum
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quibus consultare solebat, adeo voluntati eius renisi sunt, ut se regem deserturos domum que redituros libera voce proclamarent. Susceptum tamen est et tunc contra Haïistulphum regem et celerrime completumt,
Au contraire, poursuit-il, la guerre de Charlemagne a été commencée immédiatement, mais le siège de Pavie a duré très longtemps. Sans trop presser le sens des mots, ce qu’il faut toujours éviter, cette comparaison éveille l’idée que l'opposition rencontrée par Pépin a retardé la guerre d’un espace de temps du même ordre que le siège de Pavie, lequel a duré sept ou huit mois. Une séance orageuse dans le conseil du roi comme le voudrait Fustel de Coulanges* serait tout à fait insuffisante.
Nous connaissons déjà toutes les objections qu’on faisait à la guerre. Le pays était toujours menacé au nord et au sud, par les Saxons et par les Arabes, il ne fallait pas se priver de l'alliance de voisins qui avaient délivré la Provence quinze ans auparavant. Ce sont ces raisons d’ordre militaire qui avaient motivé l'abandon des biens ecclésiastiques, jugé alors nécessaire à l’entretien de l’armée. Maintenant, les partisans de la réforme de saint Boniface, qui déploraient toujours qu’elle ait avorté pouvaient retourner l’argument et soutenir qu’un moyen non moins efficace de défendre le territoire, était de ne pas se créer de nouveaux ennemis, et de conserver
ses alliés,