LA CONQUÊTE ROMAINE
Tacite parle en termes contradictoires de la conquête romaine. Il lui reproche d’avoir dévasté le pays des vaincus, ubi solitudinem faciunt, pacem appellant*; et ailleurs, il énumère tous les avantages qu’elle leur a procurés.
La vérité est que la conquête a été rude et bienfaisante tout à la fois.
Les Romains ont fait la guerre comme tous les peuples de l’antiquité, avec une férocité qui va nous rendre indulgents pour les temps modernes.
Quarante petits peuples habitaient le Latium, Rome en extermina la moitié; 53 villes de ce pays disparurent. Du territoire où les Volsques avaient 23 cités, elle fit les marais Pontins, Dans le Samnium on put longtemps reconnaître les lieux où les armées romaines avaient passé, moins aux vestiges de leurs camps, qu’à la solitude qui régnait aux environs. Paul Emile vendit comme esclaves cent mille Epirotes qui s'étaient rendus à lui volontairement. Après la prise d'Uxellodunum, César fit couper les
1. Vie d'Agricola. Ces mots sont placés dans la bouche du Breton Galgachus. Ils sont bien au passif des Romains et non pas à celui des Germains, comme un de nos honorables l'a dit un four à la tri-
bune de la Chambre pour les appliquer aux dévastations de l’armée allemande,
mains à tous les habitants. Enfin, on sait que les honneurs du triomphe étaient sanglants. La cérémonie se terminait par le massacre des prisonniers qu'on avait réservési.
Une conséquence de la conquête a été la confiscation des terres. Tout le territoire des peuples vaincus devint la propriété de l'Etat romain. De ces terres on avait fait trois parts. La première avait été rendue à d’anciens propriétaires, ou vendue à des particuliers, ou assignée à des colonies, c’est-àdire était devenue propriété privée. La seconde était mise en location par les censeurs, qui en percevaient le fermage; les baux étaient renouvelés par contrats réguliers tous les quatre ans. Restait une troisième part, qui était peut-être la plus considérable : l'Etat en gardait la propriété, mais il ne l’affermait pas; il faisait savoir qu’il permettait à qui voulait de les cultiver. Cette permission d’occuper sans titre et de cultiver sans garantie, c’est le précaire; étrange coutume qui a survécu à l’Empiro et qui est une des sources du régime féodal?.
A la fin cependant, les conditions furent moins rigoureuses, et en Gaule la dernière province conquise, il n’y eut pas de confiscation générale. On sait d’ailleurs qu’une partie des Gaulois avaient appelé les Romains et étaient aïnsi leurs alliés®. Quoiqu'il
1. Cf. Fustel de Coulanges, La Cité antique, pages 243, 244, 448.
2. Cf. Fustel de Coulanges, Les origines du régime féodal, IV, 5, p. 85 et sqq.