‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 13 sur 222 · Cf. Fustel de Coulange, La Gaule Romaine, VII, p · texte numérisé non relu

Cf. Fustel de Coulange, La Gaule Romaine, VII, p

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en soit, une partie du sol de l’Italie et des provinces étaient la propriété de l'Etat romain et la possession d’occupants sans titre. Or voici qu’elles furent les conséquences de cette grande extension du précaire. \

Pour la terre ainsi occupée sans titre, il n’y avait ni vente, ni donation, ni hérédité légale. Toutes ces opérations cependant se faisaient, mais c'était par pure tolérance de l'Etat qui fermait les yeux sur ces actes irréguliers, et ne leur reconnaissait aucune valeur juridique. Il résulta de là que les pauvres et les petites gens ne purent pas tirer parti de l’ager publicus. Cette grande tolérance de l'Etat ne profita qu'aux riches et aux puissants. Les historiens anciens nous disent que les pauvres qui essayèrent d'occuper quelques arpents de ce sol qu’on disait laissé à tous, ne tardèrent pas à être évincés par les riches. La raison de tout cela se voit bien. Dans toute société où la propriété privée n’est pas assurée par les pouvoirs publics, le plus faible est aisément dépouillé par le plus fort. Le plus fort, à cette époque, c’ébait le riche, car il avait des esclaves à ses ordres; c'était surtout le sénateur romain, car il disposait des magistratures, de l’imperium proconsulaire, des tribunaux, des lois. Il arriva donc presque forcément, que ce furent les familles sénatoriales qui s’emparèrent de cet immense domaine. Faute d’un droit certain, et par la négligence ou la connivence de l'Etat, les grands étendirent leurs possessions; ils eurent à eux non plus des villas seu-

lement, mais des cantons entiers. Le précaire menait fatalement aux lalifundia.

Il faut signaler que la Gaule échappa à ces conditions. Comme les terres n’ont pas été confisquées, il n’y eut pas d’ager publicus et par suite pas de latifundia.

Ce que nous venons de voir du sol de l'Italie et des provinces, se rapporte au temps de la République, quand la conquête du monde s’étendait continuellement. Rome avait une constitution démocratique, et cependant, nous l’avons déjà vu, l’aristocratie y régnait. Elle était aristocratique par le groupement des intérêts, par la condition de la plus grande partie du sol, surtout par la pratique du précaire. La République romaine était, en fait, l’association de quelques centaines de familles très riches et très puissantes, riches surtout par l’occupation de l’immense domaine de l'Etat.

Les lois agraires représentent la lutte contre ce régime. Il paraît singulier, au premier abord, que les plus fortes attaques contre l’aristocratie se soient produites toujours sous la forme de lois sur la terre. Pour changer le gouvernement, il fallait changer l’état du sol. Les lois agraires n'étaient pas hostiles à la propriété; elles visaient au contraire à constituer la propriété privée, là où elle n’existait pas. Elles avaient toutes pour objet ces terres immenses que l'Etat avait laissé occuper sans titre. Elles retiraient ces terres à ceux qui en jouissaient par tolérance, c’est-à-dire en précaire, pour les distribuer

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à des particuliers, à qui elles donnaient un plein droit de propriété.

Mais on sait que l'aristocratie réussit presque toujours, ou à repousser les lois agraires, ou à les éluder. Celles qui furent exécutées ne le furent que partiellement, et ne diminuèrent que dans une faible mesure le régime de l’occupation, lequel persista jusqu’à la fin de la République. Il est remarquable que ces lois agraires laissèrent toujours le bas peuple de Rome assez indifférent, et ne l’agitèrent qu’à la surface. Il aida mollement les Gracques et il les abandonna au moment décisif. On voit bien qu'il ne souhaitait pas très vivement de posséder des terres. Moitié par un respect invétéré, moitié par habitude de ne rien faire, il aimait à vivre à côté et comme à l’ombre des riches.

Ceux, au contraire, qui cultivaient les terres, qui ne pouvaient être que des tenanciers en précaire eux aussi, Ce qui les mettait à la discrétion des grands propriétaires, voulaient mettre fin à une situation aussi instable. Le conflit s’éleva donc, non pas dans le peuple de Rome, mais parmi les travailleurs. L’impossibilité où l’on était de vivre plus longtemps dans ce régime de tenure universelle et de sujétion, fit qu’un immense parti, dans l'Italie plus qu’à Rome, et dans les provinces plus qu’en Italie, renversa le gouvernement sénatorial et accepta l’empire.

On ne connaît pas le détail des mesures prises, mais il est certain que deux choses disparaissent et ne reparaissent plus, d’une part l’immense richesse des familles sénatoriales et de l’autre les lois agrai-

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res. Les agri pubiici ont été, les uns vendus, les autres assignés à des colonies; ce qui reste est affermé par baux réguliers. Cette décadence des grandes fortunes est constatée par les historiens. « Divites olim familiæ nobilium », dit Tacitet, et Dion Cassius donne plusieurs exemples de la pauvreté où tombèrent subitement plusieurs familles sénatoriales. Mais il est clair qu’il subsista en général de beaux restes de l’ancienne opulence des grandes familles. Ce qui est essentiel, c’est qu'il se forma alors une classe nombreuse de petits propriétaires fonciers. Cette réforme rurale d’une si haute portée coïncide avec la renaissance agricole qui a inspiré les Géorgiques de Virgile2.

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