Hauck, Kirchengeschichie Deutschlands, t. V, p
Interbock en Brandebourg. En 1257, son successeur acquit le gros comté de Lechausen.
Dans le cours du xire siècle, Liège s'agrandit notablement. Munster s’étendit sur l’'Ems. Trèves vit plus que doubler son territoire, sur un long parcours de la Meuse. Metz s’étendit sur la Sarre jusqu'aux Vosges (Epinal). Mayence s'agrandit sur le Mein moyen (Aschaffenbourg), la Tauler et le Necker. Strasbourg acquit les baïllages de Saverne et de Rheïinau, le comté de Neuberg, la vallée de la Kintzig. Augsbourg gagnait le comté de Dillingen; Eichstadt celui de Hineberg et le fief de Leuchenberg; Wurzbourg la succession des comtes de Méran (1260). Brême, Ratisbonne, Passau s’agrandissent sur l’Elbe inférieur, le Danube et en Autriche; Freising dans les Alpes (Furstenthal), en Autriche, en Styrie et en Carniole; Brixen jusqu’à la frontière italienne. Salzbourg acquit le Pinsgau, le Zillenthal, Windisch, Gastein, etc.
En outre, Frédéric IT prit des mesures générales qui étendent et fortifient la seigneurie ecclésiastique. En 1216, il renonce aux droits de dépouille et de régale, il reconnaît comme droit princier qu’aucun transfert de souveraineté ne peut se faire sans le consentement des intéressés. En 1220, il faut l'adhésion des princes ecclésiastiques pour la création des douanes et des monnaies, ainsi que pour élever des forteresses. En 1231-1232, pleine garantie est accordée pour la possession des seigneuries, des justices et des comtés; l'autorité royale s’interdit de rien reprendre. Enfin, en 1284, Guillaume de
Hollande, qui succède à Frédéric II, reconnaît aux princes ecclésiastiques, le droit d’exiger le service militaire, et dès lors, la seigneurie est complète.
Tout cela ne prouve pas que la paix, et principalement la paix religieuse, régnait alors dans le Saint-Empire. Frédéric II fut excommunié six fois, tandis que l’Allemagne versa souvent dans l’anarchie. Retenons seulement, que c’est au cours du XIIIe siècle que se constituèrent les principautés épiscopales, et pour avoir une idée de leur importance, 1l suffira de constater que, d’après la Bulle d'Or, constitution purement politique édictée en 1348, et qui consacrait une ancienne coutume, le soin de désigner l’empereur était dévolu à sept électeurs, quatre laïques et trois ecclésiastiques, les archevêques de Mayence, de Trèves et de Cologne. On juge par là quel était le pouvoir politique du clergé allemand.
Mais ce qui est remarquable, et ce qui distingue totalement le cas de l’Allemagne de celui de la France, c’est que cette situation dura toujours. Tandis que les rois de France avaient, dès le xve siècle, reconstitué pièce à pièce tout leur pouvoir, l’engagement pris par Frédéric Il de ne rien reprendre fut fidèlement observé. Ce qui veut dire que les empereurs d'Allemagne ne furent jamais assez forts pour y manquer. Le régime féodal était toujours en vigueur au xvi® siècle, et il est bien connu que c’est le pouvoir temporel des évêques allemands qui est la principale cause de la Réforme.
A noter que les premiers grondements de cette
terrible révolution ont arrêté net l’action politique des papes, devenue alors très active. Dopuis que l’orage a éclaté, il y a de cela 400 ans, on ne trouve plus aucun pape qui ressemble à Jules IT, le dernier en date avant la catastrophe, 1503 à1513. Tous s’abstiennent de faire la guerre, et se renferment sagement dansil’administration locale de leurs états.
Les traités d’Augsbourg et de Westphalie, 1555 et 1648, supprimèrent les évêchés situés en pays reconnu dès lors comme protestant, suivant l’étrange formule imposée par les circonstances, cujus regio, ejus religio. Aucun changement ne fut apporté dans les parties restées catholiques, et c’est seulement par la sécularisation de 1803 que disparurent ces évêques, seigneurs temporels avant d’être prêtres, à tel point que certains d’entre eux ne prenaient pas la peine de célébrer la messe. Aïnsi, il y a aujourd’'hui juste 125 ans que l’Allemagne a de vrais évéques.
C'est en Orient que l'Eglise a pris naissance, et l'esprit subtil des Grecs, affiné par une très ancienne culture, s'était porté avec ardeur à spéculer sur l'essence divine. Ils prirent à cœur de longues et. parfois pénibles controverses, qui aboutirent finalement à une dogmatique toute spirituelle sur les rapports de l’homme avec Dieu. Ils ont éliminé, en cette matière, les survivances du paganisme. Mais leur effort s’est arrêté là, ils n’ont pas pu briser le moule de la cité antique, où le souverain tempore] est le chef suprême de la religion. Les évêques grecs
n'ont jamais songé sérieusement à secouer le joug de l'autorité impériale, même en matières purement dogmatiques.
L'Occident, au contraire, a reçu de l'Orient une doctrine développée et précisée par les quatre premiers conciles. Il n’a pas cherché à la perfectionner; il n’a jamais été agité par aucune controverse comparable à celles qui ont tant passionné le monde grec. Sa tâche a été de distinguer les deux pouvoirs confondus dans l’antiquité.
Le Moyen-Age qui prend sa racine dans l’Eglise Mérovingienne, nous fait assister à une transaction, à une combinaison des deux systèmes; une partie du pouvoir civil était confiée aux princes de l'Eglise. L'expérience a montré que les responsabilités du souverain temporel avaient une répercussion sur le ministère du prêtre, exclusif par sa nature de tout. esprit de domination. La Réforme du xvie siècle, qui a marqué cette élaboration, a été la seule épreuve de l'Eglise d'Occident, épreuve colossaie par son ampleur comme par sa durée. Il faudra peut-être encore de longs siècles pour en guérir la blessure, bien que la solution semble apparaître aujourd’hui, à l’aurore d’un monde nouveau.
Ce travail long et pénible nous conduit à la collaboration harmonieuse des deux sociétés, souveraine chacune dans son ordre, utraque maxima, entre lesquelles Dieu a partagé le gouvernement du monde, l’une préposée. aux choses humaines et l’autre aux choses divines.