LE PATRIMOINE ECCLÉSIASTIQUE
Aujourd’hui, la question du temporel de l'Eglise existe toujours, puisque les besoins n’ont pas cessé, elle est même très pressante à l’heure actuelle. Mais elle est beaucoup simplifiée par les conditions de la société moderne. Cette dernière n’accorde plus qu'une influence indirecte en politique, aux détenteurs du capital sous toutes ses formes. En outre, la propriété du sol n’a pas les conséquences d’autrefois. Elle n’est plus nécessaire, grâce aux valeurs à revenu fixe, rentes sur l'Etat et obligations, permettant de rassembler des ressources importantes, en restant à l’écart de toute opération industrielle ou financière. Cela convient à l'Eglise, qui doit être assimilée, pour cet objet, aux établissements publics tels que les hospices. Et on ne peut plus reprocher, comme autretois, aux biens de mainmorte de paralyser les transformations nécessaires du capital, c’est-à-dire de l'outillage national. Les rentiers ne sont que des spectateurs, laissant à d’autres plus compétents, le soin de gouverner.
Cependant, comme le grand nombre de ses services l’oblige à grouper des capitaux considérables, le danger à éviter est qu’on ne puisse pas voir en elle une puissance d’argent. N'oublions pas le « chris-
tianisme des banquiers ». On atteindra ce résultat de deux manières. Tout d’abord en s’abstenant scrupuleusement de toute opération de bourse dans l’administration du portefeuille ecclésiastique. Mais le plus efficace sera toujours de diviser le patrimoine de l'Eglise, en petits morceaux, attribués spécialement à chaque paroisse, comme le prévoit le canon 1415 du nouveau code. Cette division sera la meilleure garantie contre les opérations de bourse, qui sont le seul danger vraiment pressant. Car, pour le moment, le patrimoine ecclésiastique n’existe plus, et il s’agit de le reconstituer en s’aidant pour cela des leçons de l’expérience.
Or, à l’époque mérovingienne que nous venons d'étudier, et il en a encore été de même dans la suite, les libéralités des fidèles ont toujours été très spécialisées, pour cette raison qu’on s'intéresse d'autant mieux à un objet qu’il nous est plus prochain. Jamais les donations ne s'adressent à l'Eglise en général, mais toujours à telle église, en particulier, et non seulement à tel diocèse, mais à telle paroisse, à telle chapelle, voire même au luminaire de tel autel spécialement désigné. De là cette multitude de bénéfices constitués chacun avec sa personnalité distincte. Je crois qu’il faut retenir ce désir unanime des bienfaiteurs d’assurer le strict accomplissement de leur volonté. Il leur répugne de voir leur obole se perdre dans une grande masse, ils aiment qu'elle se concrétise en un objet particulier où ils survivent eux-mêmes en quelque manière.