‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 30 sur 222 · LA FRANCE MÉROVINGIENNE · texte numérisé non relu

LA FRANCE MÉROVINGIENNE

CHAPITRE PREMIER L APPORT GERMANIQUE DANS LES INSTITUTIONS I°0 LE WHERGELD

La transformation assez paisible du territoire de l'Empire en royaumes germaniques fait prévoir que les nouveaux Etats ont généralement continué le monde romain; c’est ce qui eut lieu en effet. Les barbares étaient acclimatés depuis longtemps à la civilisation romaine, La plupart étaient déjà chrétiens, mais ariens. Les Francs seuls étaient encore païens, ils devinrent catholiques, ce qui les rapprocha d’autant plus de la population gallo-romaine, et la fusion s’opéra très rapidement. Les rois mérovingiens reprirent toutes les traditions de l’administration impériale, avec les bureaux et la chancellerie de ce qu’on appelait alors le Palais. Ils n’eurent pas à regénérer, comme on l’a dit, les Romains de la décadence; ils n’en auraient guère été capables, et le christianisme s’en était chargé depuis quatre cents ans. Les documents contemporains ne signalent pas la corruption des mœurs, mais seulement l’apathie et l'indifférence des dirigeants. Les Ger-

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mains ont cependant apporté quelques nouveautés ‘sur des points importants, et on va voir qu’ils n’ont pas changé en bien.

Le whergeld, son nom allemand l’indique, est d’origine germanique. On ne peut pas dire que le rachat en argent des plus grands crimes marque un progrès de la morale. Au fond, c’est une abdication de l’autorité, qui renonce à sa fonction essentielle de maintenir l’ordre public, et qui se désintéresse de la punition des crimes, pourvu que les parties s’arrangent entre elles par une composition. La loi n’était dure et efficace que pour les pauvres, qui ne pouvaient pas payer les 200 sous d’or, prix d’un homme libre, et qui étaient punis de mort. Les riches qu’une telle somme ne ruinait pas, pouvaient tuer comme ils voulaient et satisfaire toutes leurs vengeances. On n’imagine rien de plus dissolvant dans une société.

Cette coutume si étrange a peut-être eu cependant une conséquence inattendue. Je suis porté à croire qu’elle a été pour quelque chose dans les grandes libéralités faites aux églises. Les bienfaiteurs les plus généreux n'étaient pas toujours des hommes de bien, qui couronnaient par cet acte de piété une existence irréprochable. C'était parfois l'inverse. Ils voulaient racheter leurs crimes, et composer avec Dieu, comme on faisait avec la justice humaine. Clotaire Ier était certainement un malfaiteur puisqu'il a égorgé ses neveux; il a fait lui aussi de grandes libéralités aux églises. Et son cas

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