‹ l'eglise merovingienne et l'etat pontificalChapitre 87 sur 222 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

tait à réunir son armée pour faire le siège de Ravenne. Déjà même une partie du territoire était occupée. Zacharie demanda aussitôt à Luitprand d’abandonner cette expédition il lui dépêcha deux de ses prêétres qui ne furent pas écoutés. Alors: il partit luimême pour Ravenne ayant remis le gouvernement de la ville de Rome au patrice et duc Etienne. La formule employés est à noter relicla Romana urbe iamdicto Stephano patricio et duci ad gubernandum. De Ravenne, il s’adresse de nouveau au roi mais ses envoyés sont arrêtés aux avant-postes des Lombards, et il va de sa personne jusqu’à Pavie, où il est reçu comme à Terni avec tous les honneurs convenables. Il obtint avec beaucoup de peine que le roi renoncerait à faire le siège de Ravenne et même qu’il rendrait une partie du territoire de Cézène. Après quoi. le pape célébra en grande pompe dans l’église de Pavie la fête des apôtres Pierre et Paul, ce qui détermine la date exacte de cette convention au 28-29 juin 742.

Si on veut entrer dans le détail des faits, il n’est pas facile de les préciser autant qu’on voudrait. Le territoire de Cezène est à 40 kilomètres de Ravenne, mais il lui sert d’hinterland, car la ville est entourée d’eau de tous côtés. Elle était donc très facile à défendre, et on ne s'explique pas qu’elle ait pu ainsi être attaquée aussi souvent. En outre, on ne voit pas comment les Lombards pouvaient être à Cézène sans occuper auparavant Forli sur la voie Emilienne, et d’ailleurs il semble d’après ce que nous

verrons plus tard qu'ils ont dû se retirer jusqu’à Faenzai,

Luitprand mourut bientôt après, en 744, et Ratchis qui lui succéda, observa fidèlement le trêve de Terni. Mais cette dernière ne s’appliquait qu’au duché de Rome, et en 749, le nouveau roi entreprit de conquérir le duché de Pérouse, qui lui aurait ouvert une communication avec le territoire de Spolète. Il poussait avec vigueur le siège de Pérouse, quand il s’arrêta sur une démarche du pape Zacharie, qui intervint encore une fois en faveur du territoire byzantin. Peu après, il se fit moine au Mont Cassin, et son frère Astolf lui succéda.

Tous ces faits démontrent bien, en ce qui concerne le duché de Rome, l'indépendance effective des pouvoirs loéaux. L'empereur de Constantinople, qui est toujours théoriquement le souverain légitime, peut bien nommer un duc de Rome, ce fonctionnaire impérial n’est qu’un subordonné à l'égard des papes. Ce sont les papes, et eux seuls, qui traitent avec le roi des Lombards. Grégoire IL obtient la donation de Sutri. Et Zacharie signe le traité de Terni, il reçoit des mains du roi les quatre villes, qui, de fait, sont alors en son pouvoir, et, ce qui est plus grave, il conclut une trêve de vingt ans applicable seulement ‘au duché de Rome. Bien que ces actes ne nous soient connus que par un résumé analytique du Liber ponlificalis, n’offrant pas toutes les

1. Cezène est en effet au nombre des villes qu’Astolf a livrées en 756, et comme il n’a restitué que ses propres conquêtes, il

s’ensuit que cette place a dû être réoccupée par les Payennates au temps de Luitprand.

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précisions que souhaiteraient les diplomates modernes, il est impossible de signifier plus clairement, que le duché de Rome est, aux yeux des contemporains, autre chose qu’une partie intégrante de l’Empire byzantin. Ce qu’il est, nous le voyons apparaître dans le peu que nous savons de la donation de Sutri, c’est le domaine particulier des bienheureux apôtres Pierre et Paul, dont le pape est le véritable souverain effectif.

Et cette condition, d’abord simple situation de fait, tend à passer dans le droit, car on ne craint pas de la formuler en termes exprès, lorsque le pape Zacharie quittant Rome, remet le gouvernement de la ville « patricio et duci Stephano ». Il est impossible de dire plus formellement que le patrice et duc n’est que le subordonné du pape.

Il n’y a pas jusqu’à l’alliance de Grégoire III et de Trasimond, qui ne prouve au moins la parfaite autonomie du duché de Rome. Le pape intervient activement dans les affaires purement politiques de l’époque, au point de s'engager dans une aventure aussi dangereuse. Et il a finalement la prudence de s’en retirer sans même se concerter avec l’exarque.

Cependant, il n'apparaît aucune tendance séparatiste. Ce qui existe et qui tend à se confirmer de plus en plus pour le duché de Rome, c’est une autonomie dans le cadre de l'Empire byzantin. A cette époque, il y a connexion intime entre le spirituel et le temporel, le dernier acte de la rupture violente

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causée par la question des images remontait au naufrage de la flotte en 732, et les choses étaient restées dans l’état jusqu’à la fin du pontificat de Grégoire III. Léon l’Isaurien étant mort vers la même époque, Zacharie réussit à renouer des relations avec l’Empire. Des deux côtés, on s’entendait pour faire silence sur la question iconoclaste. L’empereur reconnaissait qu’elle n’avait d'intérêt qu’en Orient, et il ne prétendait plus imposer sa volonté en Occident. Les papes avaient fait entendre la protestation nécessaire, Zacharie ne jugea pas à propos d’y revenir, et il notifia son avènement à Constantin V, sans aucun commentaire. Ces ouvertures furent bien accueillies. Même, le pape ayant exprimé le désir de quelque dédommagement pour ses patrimoines de Sicile, les légats rapportèrent une donation en règle pour deux grands domaines voisins de Rome.

Ainsi, la situation s'était éclaircie des deux côtés, le duché de Rome, c’est-à-dire l’Etat Pontifical déjà en germe, était en paix avec l’Empire byzantin comme avec le royaume lombard.

Une question cependant reste à poser, s’il n’est pas en notre pouvoir de la résoudre. La plupart des manuels assurent que Luitprand avait commencé la conquête du duché de Rome, mais qu'il s'était arrêté à la prière du pape Zacharie, en remettant à plus tard la réalisation de son projet. Les documents disent autre chose, et présentent des faits plus compliqués. Luitprand s’est agrandi aux dépens

du territoire byzantin et ses conquêtes portent exclusivement sur l’exerchat de Ravenne, elles comprennent les duchés de Ferrare et de Bologne, il s'attaque ensuite non pas au duché de Rome, mais aux duchés de Spolète et de Bénévent, qui tentent de s'affranchir de son autorité, et qu'il veut, avec raison, maintenir dans l’obéissance.

Mais il ne semble pas se rendre compte qu'il doit pour cela s’assurer une communication permanente à travers le territoire byzantin. Or, parmi les quatre places du duché de Rome, trois d’entre elles : Orte, Ameria et Bomarzo lui procurent cette jonction, il n’aurait qu’à construire une route de 40 kilomètres de Viterbe à Narni. Il aurait dû, en bonne politique, conserver ce territoire qui lui était si utile, sauf à donner au pape Zacharie une compensation le long de la côte. Au lieu de cela, il s’en dessaisit et il va faire le siège de Ravenne. Il aurait mieux fait de se porter sur Rimim, pour joindre la voie Flaminienne, Par contre, Ratchis était bien inspiré de faire le siège de Pérouse, on ne s’explique pas qu'il y ait renoncé aussi facilement.

J'avoue que les démarches de Zacharie au sujet de Ravenne et de Pérouse me semblent difficiles à justifier. Ces conquêtes étaient parfaitement légitimes de la part des Lombards. Elles leur étaient très utiles, celle de Pérouse surtout, pour réunir les tronçons de leur territoire et leur permettre d’y mieux maintenir l’ordre, ce qui est le bien le plus essentiel des peuples, Je ne vois pas au nom de quel principe, Zacharie a pu persuader Luitprand

et Ratchis que l’Empire Grec avait un droit tout spécial sur ces provinces, alors que tant d’autres lui avaient déjà été enlevées. Il faut, pour cela, recourir à cette étrange survivance du prestige de l'Empire Romain, que sa faiblesse toujours croissante n’arrivait pas à démentir. Et, puisqu'il était incapable de se défendre, les papes auraient pu s’interposer pour obtenir des capitulations honorables, qui auraient épargné aux populations les souffrances d’un siège et les horreurs d’une prise de vive force.

Le grand mal de l’époque était l’insécurité, et il se faisait sentir en Italie plus qu'ailleurs, par l’état de guerre perpétuel entre Lombards et Byzantins. Le bien public postulait le triomphe définitif de l’une des parties qui aurait fait régner la paix. Ou tout au moins, s’il fallait un partage de l'Italie, il était nécessaire qu’un équilibre stable püût s'établir par la continuité des territoires réduisant d'autant la longueur démesurée des frontières. S'il est vrai que Luitprand ait rêvé de Rome capitale, comme certains le lui reprochent, il n’a guère employé les moyens appropriés à ce projet, car il n’a pas fait ce qu’il aurait pu, pour réunir les troncons de l'Etat lombard. Le seul indice qu’on puisse relever est qu’au iieu d’une paix perpétuelle avec le duché de Rome, il a conclu seulement à Terni une trêve de vingt ans. Cela ne suffit pas à démontrer l’arrière-pensée d’une guerre prochaine. Les alliances les plus sérieuses sont celles qui, établies, à court terme, sont renouvelées périodiquement,

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