CHAPITRE II
L’AVÈNEMENT D’ASTOLF
La retraite de Ratchis fut un vrai malheur pour la paix du monde. C’est peut-être un de ces faits, grands ou petits, qu'on pourrait appeler, avec M. Kurth, un tournant de l’histoire Il y avait dans la situation de l'Italie un élément systématique qui aurait continué son évolution, mais par d’autres moyens. L’agrandissement de l'Etat lombard aux dépens du territoire byzantin, était la conséquence nécessaire de la faiblesse de l’Empire, dont nous connaissons les causes multiples. Il aurait pu se faire en ménageant la susceptibilité des Romains, et en leur apportant le grand bienfait toujours apprécié, de vivre en paix, sans pillages, à l’abri de frontières bien définies.
Les deux fils du duc, Pemino, Ratchis et Astolf, ne se ressemblaient pas. Tous les deux, cependant, étaient des hommes de guerre comme on l’entendait alors, d’intrépides combattants donnant de bons coups d’épée. Pendant la dernière guerre de Spolète, ils soutinrent un jour, avec quelques hommes de la même trempe, tout l'effort d’un dur combat. Le clottre exerçait alors un attrait singulier sur ces natures violentes et grossières, maïs généreuses aussi parfois quand elles n'étaient pas trop brutales. Les vocations de ce genre n'étaient pas rares et cette époque en a été particulièrement féconde. Ici toute la famille
suivit l’exemple de son chef, sa femme Tasia et sa fille Ratrude reçurent en même temps que lui l’habit monastique des mains du pape Zachariet. Le vieux duc d'Aquitaine, Hunald, vint se faire moine dans un monastère proche de Rome. Mais, troublé par le bruit des armes, lors du siège de 756, il en sortit pour se Joindre à l’armée lombarde. Il ne croyait pas manquer à ses devoirs en combattant contre les Romains. La profession religieuse, du reste, n’empêchait pas de reprendre le harnais militaire quand il le fallait, et le pape Etienne IT loue grandement, dans une de ses lettres, un abbé franc, Varnhaire, qui se trouvait à Rome, d’avoir endossé la cuirasse pour monter la garde sur les remparts, pendant le même siège de 756.
Plus encore que son frère, Astolf était renommé pour sa force et pour son adresse. Comme il se trouvait sur un pont, il est assailli par deux Spolétains qui se jettent sur lui par derrière, avec violence. D'un coup de revers de sa lance, il abat le premier, et, se retournant vivement, il tue le second qui tombe à l’eau comme son compagnon. Mais chez lui, cette vigueur n’était pas équilibrée par la piété. Il était si violent de caractère, qu'un jour il s’emporta contre Luitprand. Il avait presque tiré son épée, et il aurait voulu en frapper le roi. il avait la brutalité, la mauvaise foi et la cupidité d’un barbare, toute sa conduite offre une singulière régression par rapport à celle de Luitprand.
le Mabillon, Ac. SS. O. S. B. III, 1, 696. Les deux femmes entrèrent au monastère de Plumbariola, voisin du Mont Cassin.
A la vérité, il a été mal servi par les circonstances. On lui a demandé des choses impossibles, et d’autre part, certaines difficultés qu'il a rencontrées sont le fruit de ses propres maladresses. Malgré tous ses défauts, il n’était pas impie et irréligieux. Comme tous les princes catholiques, il faisait des libéralités aux églises de son royaume, il s’entourait d’évêques, les appelait avec lui à l’armée. Il prétendait faire seulement la guerre contre les Francs, qui se mélaient mdûment de ses affaires, et il est à remarquer qu’il ne fut jamais excommunié. Etienne Il, qui ne le ménageait pas, n’employa pas contre lui les armes spirituelles, alors qu’il le méritait par ses déprédations des biens d’Eglise.
Dès le début de son règne, Astolf s’empara, et probablement sans beaucoup de peine, de tout ce qui restait de l’exerchat de Ravenne. La date exacte n’est pas connue, mais elle est certainement antérieure au pontificat d’Etienne II, qui commence en mars 792, et même au mois de juillet 7514
Cette conquête ne donna lieu à aucune réclamation de la part du pape Zacharie, puisque la trêve ne s’appliquait pas à l’exerchat, ni même de l’empereur, qui semblerait presque l’avoir ignorée. Elle offrait un grand intérêt pour l'Etat lombard, en créant enfin la communication qui manquait avec les duchés de Spolète et de Bénévent, comme on le voit sur la carte n° II ci-contre. Le roi de Pavie