Ibid. 36, 4. Dogtnengeschichtet 1. 14, p
Antioche est notifié aux évêques de « toute l'Église catholique qui est sous le ciel » , et le premier marqué sur l'adresse est l'évêque de Rome, Denys, l'observation en est faite par M. Harnack encore ^ — C'est un fait enfin, et plus significatif de beaucoup, que l'évêque d'Alexandrie en personne, Denys, est dénoncé à l'évêque de Rome, son homonyme Denys, comme s'étant mal exprimé sur la trinité : le concile de Rome en délibère, et l'évêque de Rome, en son nom et au nom du concile, envoie à Alexandrie une lettre, où, sans nommer personne, il condamne les erreurs modalistes et conjointement le subordinatianisme. En même temps, par une lettre séparée, Denys d'Alexandrie est invité par l'évêque de Rome à expliquer sa pensée, ce qu'il fait en adressant à Rome une apologie en quatre livres ^. Sur quoi, M. Harnack observe que cette procédure, dénonciation à Rome, sentence de Rome, intervention de Rome à Alexandrie, justification d'Alexandrie à Rome, ne soulève aucune objection à Alexandrie, où vraiment on semble considérer que Rome a mission en première ligne de veiller sur « l'observation rigoureuse des conditions de la confédération ecclésiastique universelle^ »,
1. Dogmengeschichte, t. 14, p.tigs, d'après Eoseb. H. E. vu, 30, 3 : Aiovu<î((}) (Rome) xal Ma^îtito (Alexandrie) xat tî); xarà tt^y oîxoufiivïiv iràffi CTu),XeiToupYot; i^iiûv ÈTCiaxÔTuoi; xal ïtpeo-êuxépoiç xai ôiaxâvoi; xal iràff^ tïj ÙTtb TÔv oùpavôv xaôoXix^ éxx>Yi<yt(f . L'afFairo remonte à 967 ou 268. — Pour comprendre que Rome et Alexandrie soient mentionnées ainsi dans l'adresse rédigée à Antioche, se rappeler que Rome et Alexandrie étaient considérées par les Grecs du temps de l'Empire comme les deux métropoles du monde.
2. Athasas. De sent. Dionys. 5. Dans son Epistul. ad Antiochetlos (Jaffé, 186), le pape Jules reproche aux Eusébiens d'avoir jugé saint Athanase, évéque d'Alexandrie, sans en "avoir référé i l'évêque de Rome, contrairement à l'usage : allusion au précédent de Denys, du ni* siècle.
3. Harnack, {. c. Notons, avec le même auteur, que Rome n'était nullement étrangère à la vie des églises de cette région de l'orbit romanut. Denys d'Alexandrie parle des secoars matériels envoyés à mainte ra«
disons, nous, de veiller à la conservation de la foi catholique.
En docteur qu'il est, Origène attache surtout du prix à la doctrine, dont l'unanimité est à ses yeux assurée par la déroute des gnostiques, par la solidité du canon ecclésiastique de la foi, par la sûreté qu'il trouve aux méthodes théologiques qu'il pratique. Conception bonne pour des Grecs épris d'exégèse et de dialectique au point de croire que l'exégèse et la dialectique suffisent à assurer l'unité de l'Église. L'avenir historique du christianisme grec — avec ses controverses, avec ses conciles, avec son schisme enfin obstiné à se parer du nom d'orthodoxie, — n'est-il pas dans l'unilatéralisme de cette conception?
Il manque en même temps à Origène d'avoir considéré l'ecclésiologie en elle-même. L'Eglise n'est pas au nombre des sujets qu'il aborde ex professa dans le Periarchon. Il y traite de l'unité divine, il y traite des fins dernières, il y traite même de la tradition et de la règle de foi, mais il ne traite pas de l'Eglise. Lacune étrange, destinée à se perpétuer dans la dogma-
prise par l'église de Rome «ax églises de toate U Sjrie et de l'Arabie. Ec^iEn. H. E. VII, 5, 2. Rappelons enfin que Paul de Samosate après sa déposition ayant essayé de se maintenir à Antioche, l'empereur Âarélien auquel les Antiochiens s'adressent, — premier exemple dans une église grecque d'un appel à l'intervention impériale pour trancher un différend ecclésiastique, — l'emperenr Aurélien décide que l'évèque légitime est celui que reconnaissent les évëques d'Italie et celui de Rome. EcsEB. H. E. vu, 30, 19. Le fait est d'autant plus signiticatif que Rome n'était pas intervenue dans la procédure contre Paul de Samosate et que le jugement de déposition avait été rendu par les seuls êviques d'Asie Mineure et de Syrie assemblés à Antioche. Paul, condamné, avait-il fait appel à Rome? La décision d'Aurélien fut-elle suy |érée par les orthodoxes d'Antioche ?
tique grecque, — par exemple dans le Discours eatéchétique de saint Grégoire de Nysse, et surtout dans l'œuvre de saint Jean Damascène, — lacune destinée se reproduire dans la Scolastique.
Ne quittons pas Origène cependant sans relever chez lui une intuition d'un autre ordre. L'Église est une dans l'univers et il n'est de chrétiens « que ceux qui sont de l'Église qui porte le nom du Christ » ^ Or cette différence profonde existe entre le judaïsme et le christianisme, que le premier avait une Loi faite pour sa race et uniquement pour sa race, et voilà pourquoi cette Loi ne pouvait pas être universelle, tandis que le second a reçu une législation nouvelle, capable de s'adapter à la vie qui se vit partout 2. Alors même que le chrétien refuse le service militaire, quel civisme supérieur est le sien! Il est le bon citoyen par sa valeur morale. Il sert le prince par ses prières. Séparé des païens par sa foi, il coopère à la chose publique par la justice et par l'ascétisme qu'il professe '. Qu'arriverait-il si tous les Romains embrassaient le christianisme? Origène se pose cette question, après Celsequi sarcastiquement se l'est posée aussi, et Origène s'enchante de cette vision d'unanimité et de paix : plus de guerres, plus d'ennemis. Dieu suffisant à garder son peuple. Est-ce que Dieu n'arrête
\. Contra Cels. viii, 16 (XI, 1S40).
2. Id. IV, M 1060) : v6|iou; xaivoù; xal ôpnéÇovrac t^ navraxoO xa-
3. Id. VIII, 79 (1628) : (JVjJL7covoy|jiJEv toïc xoivoïç 7tp<iY|iaoiv xtX. Tonte la page est très belle. Cette idée n'est pas nonvelle, car c'est là un thème apologétique auquel Justin {Apol. i, 1») a touché, et que Méliïon (EusKB. H. E. iv, 26) a développé en une page remarquable dans »on Apologie adressée à Marc-Auréle. Au contraire, TertuUien, in- Soencé par le stoïcisme, considérait l'État comme négligeable au chrétien : « NuUa magis res nobis aliéna quam public» : aaam omnium rempublicam agnoscimus, mundum. » Apolog. 3S.
OBIGÈNE BT L'ORTHODOXIE GRECQUE, 397
pas la persécution quand il lui plaît ? Par la conversion des Romains Dieu établirait son règne sur terre, l'Église serait le royaume de Dieu substitué à l'empire romain et identifié à l'humanité, elle serait la « cité de Dieu » : le mot est d'Origène avant d'être de saint Augustin : l'idée est platonicienne, philonienne et stoïcienne autant (pi'origénienne , mais en l'exposant, comme un espoir, comme un mythe, Origène se trouve avoir eu une intuition de la politique de Théodost» et de l'union de l'Église et de l'Empire.