‹ L'église naissante et le catholicismeChapitre 54 sur 216 · LEGLISE NAISSANTE · texte numérisé non relu

LEGLISE NAISSANTE

naires n'ont pas reçu partout un si charitable accueil, dans une église autre que celle de Gains on les a chassés. Cette église a, à sa tête, un chrétien du nom de Diotréphès. L'ancien avait écrit, non à Diotréphès, mais à l'église locale : Diotréphès, qui aime être le premier (6 cpiXoTrpojTeuwv «ùxtov), a répondu pour elle, en refusant d'accueillïlp les frères que recommandait l'ancien, en interdisant qu'aucun fidèle les reçût, en les chassant de l'église. « C'est pourquoi, quand je vierwdrai, je lui mettrai devant les yeux les actes qu'il fait et les injustes propos qu'il tient contre nous * . »

On ne doit pas appuyer plus que de juste sur les mots : a Diotréphès ne nous reçoit pas », comme si Diotréphès ne reconnaissait pas l'autorité de l'ancien ou avait rompu avec lui, puisque l'ancien se propose de venir en personne et de parler sans ménagement à Diotréphès. On supposera plus simplement que Diotréphès n'a pas accueilli les itinérants qui se recommandaient d'un billet de l'apôtre, si forte était la prévention contre les mendiants propagandistes : mais Diotréphès avait sans doute quelque droit à parler au nom de la communauté. La tradition ecclésiastique aimait à se représenter l'apôtre Jean entouré d'évêques institués par lui dans les églises fondées par lui 2. Dio-

1. /// loa. 9-13S : lYpai}«x ti (plutôt que lypai}/a ôv) x^ èxx>7)ffsa xtX.

2. Clem. d'Al. cité par Euseb. H. E. m, 28, 6 (d'après le Quis dives salvetur, 42). Comparez la donnée du Muratorianum : Jean a écrit le quatrième évangile « cohortantibub condiscipulis et episcopis suis ». Comparez mieux encore Tertullien, Adversus Marcionem, iy , 5 : • Habemus et loannis alumnas ecclesias. Nam etsi Apocalypsim eius Marcion respuit, ordo tamen episcoporum ad originem recensus, ia loannem stabit auctorem ». Tertullien semble croire que l'ordo episcoporum a été inauguré par l'apôtre Jean, en Asie. On sait d'ailleurs (Exhort casl. 7) qu'il tenait la distinction de la plebt et de l'ordo pour une création de l'Eglise. — Sur le point obscur de savoir si l'ange de chacune des s«pt églises est son évéque, voyez Swetk, Apocalypse, p. 21-22, et LiGHTFOOT, Chr. Min. p. 29. Pour la nésative, Har'hack, Entstehung, p. 48.

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tréphès est ainsi le premier évêque monarchique dont nous connaissons le nom : les critiques protestants ne sont même pas fâchés de le mettre en conflit avec l'apôtre ; l'un est l'Esprit, l'autre la hiérarchie, ceci tuera cela... Tl serait plus historique de se demander, non pas si la primauté de Diotréphès est une usurpation, mais si son cas est seulement celui d'un maladroit.

L'épître de saint Clément pourrait clore l'étude de l'ecclésiologie apostolique, car elle est comme le terme du développement d'institutions et d'idées que les textes apostoliques viennent d'attester ^ Elle est de plus l'épiphanie de la primauté romaine.

Tout d'abord, la notion même de charisme, qui cinquante ans plus tôt tenait une si large place, semble maintenant effacée, et le mot de charisme est en voie de revêtir un sens nouveau, celui de condition assignée par Dieu à chacun en son rang social. Le devoir du chrétien est d'être solidaire de tous ses frères et de se soumettre à son prochain « selon le charisme qui lui est assigné » par Dieu, Mais qu'est-ce à dire? Celui qui est fort fortifiera celui qui est faible, et celui qui est faible vénérera celui qui est fort. Le riche sera

1. L'adresse ne porte pas le nom de Clément : 'H êxxXifarta toù ÔsoO 7) TtapotxoOda *Pw(Aï)v t^ i)cxXT]ffto( toù 6eoù t§ Trapoixoûo^ K6piv- 6ov... Une église par cité. Mais cette église est une étrangère dans cette cité. Sur la valeur du mot Ttâpoixoç, ou étranger domicilié, voyez CSiAPOT, p. i7», et DiTTKNBERGKR, Syllogc, t. ni, p. 178, l'index aux mots iiâpotxM et Tvapotxetv, Pour l'emploi de napotxsTv appliqué à l'Église, Hahkack, Entstehung p. 36. De nopoixeTv sorlira napoixta diocèse, paroisse.

généreux, le pauvre priera Dieu pour le riche'... La force est donc un charisme, et tout autant la faiblesse : de même la richesse et la pauvreté : de même la sagesse, l'humilité, la continence.

Secondement, il n'y a plus trace de missionnaires itinérants. La Prima démentis parle de prophètes, mais il s'agit d'Elie, d'Elisée, d'Ezéchiel ". Le mot de didascale n'est pas prononcé, non plus que celui d'évangéliste. Il n'y a d'apôtres que les grands apôtres, comme Pierre, comme Paul.

La Prima Clementis fait mieux qu'écho aux formules autoritaires de saint Paul, de la Didachè, de la Prima Pétri ou des textes johanniques : elle est tout entière une affirmation de l'unité par l'autorité. Ecrite à une église tombée dans l'anarchie, on comprend que la Prima Clementis insiste sur la nécessité de l'obéissance : elle y insiste cependant de telle sorte que l'unité par l'autorité apparaît vite comme le principe fondamental de son ecclésiologie. Le mot « unanimité » (ôfxovoia) revient constamment sous la plume de saint Clément, et tout autant les mots et les images qui parlent de discipline, d'obéissance.

Clément, comme la Didachè, comme l'Apocalypse, voit la chrétienté dispersée dans le monde entier : il ne connaît pas encore le mot « catholique », mais il sait que Paul a prêché la justice à ^ov tov xo(j(xov (v, 7) et que les élus sont iv SXw tû xoa|xa) (lix, 2).

Les fidèles sont un peuple, un lôvoç, que Dieu s'est choisi au milieu des nations, une part de choix que Dieu s'est faite, une portion sainte qu'il s'est réservée : qu'ils fassent donc les œuvres de la sainteté, qu'ils s'attachent à ceux à qui la grâce est donnée par Dieu, qu'ils

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