‹ L'Église oriental;Chapitre 22 sur 67 · Le Baptême · texte numérisé non relu

Le Baptême

Les Orientaux prétendent qu'on ne peut baptiser que par une triplé immersion : c'est à dire , en plongeant trois fois dans l'eau celui qu'on baptise jusqu'à ce qu'il en soit entièrement couvert, et en le retirant chaque fois. Les Occidentaux reconnaissent cette manière de baptiser, mais ils admettent également l'usage du baptême par aspersion, c'est à dire, en jetant de l'eau sur celui qu'on baptise , ce que le Clergé de Constantinople ne considère point comme un véritable baptême.

Trois espèces d'arguments pourraient éclaircir cette contestation : 1. Ceux tirés de l'Evangile, des actes des Apôtres et de la tradition primitive sur le baptême; 2. Ceux tirés des circonstances où on doit administrer le baptême; et 3. ceux tirés de la signification des cérémonies de ce sacrement.

Les Evangélistes , en nous disant que Jésus-Christ est venu se faire baptiser par saint-Jean , ne nous disent point s'il a été plongé par lui dans l'ean trois fois, et retiré trois fois, ou s'il en fut seulement aspergé. Cependant toutes les images anciennes et modernes, Orientales et Occidentales, qui représentent le ba-

ptéme de Jésus-Christ, nous le montrent debout dans l'eau et saint Jean lui versant de l'eau avec la main par dessus la tête. Si donc tant les Orientaux que les Occidentaux voulaient se tenir strictement à l'imitation matérielle du baptême de notre Seigneur Jésus-Christ, ils devraient agir de même: c'est à dire, se faire baptiser comme notre Seigneur le fut par st-Jean: ce qui n'est point certes la manière usitée ni chez les uns ni chez les autres. Mais les Pères de l'Eglise n'ont pas trouvé que ce manque de conformité entraînât la moindre inefficacité de la grâce du baptême.

Nous voyons dans les actes des Apôtres, que st-Philippe ayant rencontré Candace, eunuque noir, dans le désert, le baptisa avec la première eau qu'ils rencontrèrent (l). Egalement lorsque saint Pierre baptisa le centenier Corneille avec plusieurs autres (2); et lorsque saint Paul baptisa à Philippes son propre geôlier (3), Crispe le chef de la synagogue (4) à Corinthe, douze disciples de saint Jean Baptiste à Ephèse (5) , l'Ecriture dit tout simplement qu'on les baptisa. Mais il parait qu'elle jugea inutile de nous spécifier, si saint Philippe, st-Pierre, st-Paul et les autres Apôtres administrèrent le baptême à ces néophytes, en les plongeant trois fois dans l'eau à la manière suivie aujourd'hui .par les Orientaux , ou , en les aspergeant seulement avec de l'eau à la manière pratiquée par les Occidentaux. Les Apôtres gardent le même silence sur ces minutieux détails dans toutes les occasions, où ils nous racontent qu'ils baptisèrent des milliers de personnes à la fois. Enfin notre Seigneur Jésus Christ lui-même, lorsqu'il ordonna à ses disciples de parcourir le monde et de convertir toutes les nations , il ne leur prescrivit aucune manière spéciale dans l'administration matérielle du baptême. Il leur commanda seulement « d'instruire les peuples et de les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (6). »

11 y a pourtant une observation très-remarquable à faire sur l'origine des trois immersions confirmées pour la première fois

(1) Chap. VIII. 30, 37 et 38.

(2) Chap. X. 47 et 48.

(3) Chap. XVI. 33.

(4) Chap. XVIII. 8.

(5) Chap. XIX. 5.

(6) Mathieu Chap. XXV1U. lu et 20

ilani l'Eglise Orientale par le Concile de Troulle. Cet usage se pratiquait déjà Ion g- temps auparavant par les chrétiens , qui avaient spontanément introduit les trois immersions , ou aspersions dans l'administration du baptême, eu honneur de la sainte Trinité. L'Eglise tolérait ce pieux usage sans l'imposer, ni condamner non plus la simple immersion ou aspersion. [Mais ver* la fin du Vil siècle , les Eunomiens , qui confondaient le Père, le Fils et le saint- Esprit eu une seule personne , évitaient soigneusement les trois immersions, et ne baptisaient qu'en une seule, afin de professer leur fausse doctrine au moment même du baptême. C'est alors que le Concile de Troulle ordonna par sou 95 canon, de rebaptiser tous ceux qui avaient été baptisés par une seule immersion , les considérant comme hérétiques pour avoir été baptisés ainsi, non par coutume de rite, ou simple habitude, mais par principe d'un faux dogme. C'est à dire, ce Concile ne prescrivit point les trois immersions comme moyen nécessaire à reflieacité du baptême , mais il les confirma pour combattre par cette triple répétition l'hérésie des Eunomlens. On \oit donc par ce fait historique , que les mêmes mesures les plus sages, employées par l'Eglise en différentes circonstances, ont également servi aux malveillants comme prétextes des dissensions. Car, quelle frappante similitude entre les motifs et les effets de l'addition du mot jïlioqw* au symbole, et la confirmation des trois immersions dans l'administration du baptême! le Concile d'Espagne, pour combattre et empêcher l'hérésie des Ariens, qui appuyaient leur faux dogme de l'inégalité du Fils avec le Père sur l'expression du symbole, qui procède dit /Vre, y ajouta comme explication du dogme le mot JWoque. Le concile de Troulle également pour combattre et empêcher la propagations de l'hérésie des Eunomiens, qui voulaient professer leur doctrine d'une seule personne en Dieu , lorsqu'ils baptisaient par une seule immersion , confirma comme une pratique pieuse les trois immersions. Dans les deux circonstances l'Eglise, comme une tendre Mère , voulut par ses explications de la lettre du symbole, ou par des modifications dans quelques formes extérieures j prémunir ses enfants contre Terreur: et dans les deux circonstances , l'économie sage de l'Eglise a été mal interprétée! Enfin ces deux sages mesures, prises par ménagement, servirent à ses ennemis pour la déchirer, et sont à la fin devenue* deux des principales raisons de la durée du schisme.

Revenons maintenant ù la différence des denjt manières d'administrer le baptême. Personne sans doute ne peut dire que radinimstratton du baptême par trois immersions ne soit tr es-orthodoxe. Cependant ri se présente très souvent des difficultés provenant du temps, des maladies, des lieux, ou de toute autre circonstance r et qui n'ont aucun rapport avec le mystère , si non avec les formes extérieures de son administration ,. mais qui rendent difficile l'exécution de cette pratique. Car il est naturellement bien facile qu'un prêtre prenne un enfant de quelques jours , ou de quelques mois, l'enfonce et le retire trois fois du baptistère. Mais s'il s'agissait d'un homme de vingt ou trente ans, ce ministère lui deviendrait difficile et par fois impossible. Pour les enfants même en bas âge cette manière d'administrer le baptême par la triple immersion peut avoir très souvent des suites funestes, et quelques fois même mortel- 4es, à cause de la frayeur, do refroidissement, et de différentes autres maladies, que l'immersion subite dans l'eau peut leur occasionner, bailleurs il est bien notoire que lorsque les Apôtres baptisaient des milliers de prosélytes à la fois, des villes même entières, ee n'est pas par la triple immersion qu'il leur aurait été possible de faire le baptême. Bans les temps même postérieurs, tes Russes, les Bulgares et plusieurs autres peuples ne furent-ils pas lwpli5.es par milliers , les uns par aspersion , et les autres en entrant dans la rivière jusqu'à mi-jambe?

l'ar conséquent comme ce sont ces difficultés naturelles et autres semblables ineon\enients qui lîrent modifier chez certains peuples, de telle ou telle manière, les formes extérieures de l'administration du baptême , ces modifications ue peuvent être considérées comme des innovations dogmatiques, tant que le sacrement du baptême est administré d'après la prescription de notre Seigneur .Tcsus-Christ, renseignement des Apôtres, et les institutions de l'Eglise primitive. C'est à dire, tant que le baptême est administré par l'Eglise catholique, avec de l'eau et au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Dans le cours de Théologie Dogmatique, que le Clergé de Constantinople approuva et qu'il suit (7), il est avoué que le

(7) rhéotogto Dogmatique par Museopoulos Dock'ur en Théologie et [>biUwi|iliic f imprimée h Cephallenie en J*âl et dédiée à l'Eglise de Cous- UntiitupV*

J^( toi )M

baptême par aspersion est un véritable baptême, et qu'on peut l'employer en cas de besoin : « la matière secondaire du baptême> y est-il dit , est de se baigner : ce qui se fait par trois immersions, excepté dans les circonstances gui ne le permettent pas: en pareil cas le baptême peut se faire également par aspersion (8). « De cette définition de l'administration du baptême, il suit que ceux qui ont été baptisés par aspersion lorsque les circonstances le voulaient, sont bien baptisés, d'après l'enseignement même du Clergé Oriental , et n'ont pas besoin d'être rebaptisés. Si donc le clergé de Gonstantinople est forcé de reconnaître comme bien baptisés ceux-ci, pourquoi ne reconnaîtrait-!] pas le baptême donné par aspersion , selon le rite en usage? ou commeut ce Clergé pourrait-il distinguer parmi ceux qui furent baptisés par aspersion, qui sont ceux qui l'ont été par la nécessité des circonstances qu'il admet, et qui sont ceux qui l'ont été par la nécessité de l'usage du rite, la quelle il n'admet pas? Cette contradiction du Clergé est assez évidente, pour n'avoir pas besoin de plus amples éclaircissements.

Les peuples même payens de l'antiquité qui employaient les ablutions comme symbole de la purification de l'âme, donnaient" la même valeur que l'Eglise chrétienne, à la manière de la pratique extérieure de leurs ablutions. Car tous ces peuples, quoique d'accord sur le principe de cette pratique religieuse, n'attachaient pourtant aucune importance à la différence des formes extérieures, que l'usage avait introduites, ou que les circonstances modifiaient dans différents pays. Aussi les Indoux faisaient-ils leurs ablutions soit en entrant dans une rivière jusqu'au milieu du corps, soit en s'y plongeant tout entiers ; les anciens Grecs exerçaient cette pratique en se lavant les mains seulement, ou en se baignant le corps tout' entier ; et les Arabes en humectant légèrement de l'eau toutes les articulations et les extrémités du corps, ou en lavant abondamment toutes ces parties.

I! y a encore une observation très-remarquable à faire sur ce sujet: c'est que les Busses, quoiqu'ils aient reçu la religion chrétienne de Gonstantinople, quoiqu'ils suivent le rite Orien-

ts) „ ïlpoai^rjç Si to£ 0ajTT«V/xaToç tÎÀi? tô XotitcBeu, oirtç yivtrat „ &a ruv tçwv xaruSva-tuv, i^aipou^Uvnç rrjç dvoiyxviç' tuvttiç yàç jraçou- » ***, «£«0Ti xal Bià fa-/n<rixQÎj ro /Sauror/xa yiWflai „ (idem. Pag. 422 )

ta! et qu'il» se baptisent d'après l'usa dire par trois immersions , ils reconnaissent pourtant le baptême par aspersion des Occidentaux , tandis que le Qtqgi II Constant inople ne le reconnaît pas, et ne condamne point les Russes pour leur tolérance. La raison de cette circonstance est fort naturelle: c'est que le Clergé Russe n'ayant pris aucune part dans les disputes entre le Clergé de Rome et celui de Constantinople , quoiqu'il soit resté ensuite uni avec les Orientaux , n'a pas en des raisons d'antipathie et de rancune spéciale contre les Occidentaux. Cette tolérance des Russes relativement aux usages de l'Eglise Romaine , se fait observer également dans différentes autres pratiques religieuses, comme dans l'usage de la génuflection , qu'ils admettent pendant la messe , les jeûnes etc.

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