CHAPITRE III
LA FmÉTEVDUE BJBPB.OBATIOW DE L'ACTE DV COKCXLE SE 1XOAESCE SE LA FAB.T DU PEUPLE DE GOHSTAHT1VOPLE.
Le Clergé de Constantinople avait réussi, comme nous l'avons vu, à confondre les sentiments religieux des Chrétiens sous sa juridiction , avec les présomptions nationales de ce peuple , et à susciter de leur part une haine implacable et une espèce d'horreur contre le Pape, l'Eglise de Rome et tous les Occidentaux. Armé de son double pouvoir, il traitait déjà ces chrétiens en vils esclaves, et leur imposait les opinions religieuses qu'il lui convenait, sans tenir aucun compte de leurs convictions intérieures, et avec le même arbitraire qu'il leur imposait son despotisme barbare, sans tenir aucun compte de leurs droits sociaux. Enfin ce Clergé parvint à abrutir complètement ce malheureux peuple, par la profonde ignorance de toute science et de toute connaissance, ainsi que par la privation de tout catéchisme religieux , comme de toute autre espèce d'instruction. D'un autre côté ce malheureux peuple, quand même il aurait été capable de raisonner, ne pouvait toute fois risquer la moindre expression contre le système arbitraire du Clergé, réduit qu'il était à être abandonné à son formidable despotisme, mille fois plus barbare et plus inexorable pour lui , que la domination Turque. Le Gergé de Constantinople cependant n'était pas tout à fait sans inquiétude sur son propre avenir. Les lumières de l'Europe pourraient un jour pénétrer et éclairer ce peuple sur tant d'erreurs. Des circonstances politiques plus favorables , pourraient peut-être
M 99 ) e* fournir au Pape les moyens de réclamer ses droits incontestables en faveur de ce peuple infortuné. Le Clergé de Constantinople, tourmenté par toutes ces appréhensions, s'occupa de bonne heure à se procurer quelque moyen , qui serait capable de consolider plus positivement la séparation de ce peuple de l'Eglise de Rome, et par conséquent de fortifier sa domination sur ces chrétiens, contre toute attaque inattendue. Ce moyen, il crut le trouver, comme nous l'avons déjà dit, dans les deux fables, qu'il fabriqua contre l'autorité du Concile de Florence. Celle que nous traiterons dans ce chapitre, c'est à dire: qu'au retour de F Empereur et du Clergé Oriental à Constantinople , le peuple désapprouva leurs actes au Concile de Florence et rejeta la réunion de V Eglise y fut calquée sur ce qui était réellement arrivé à Moscou (1). Applaudissant à sa grande invention, le Clergé de Constantinople tâcha de donner à cette fable autant de publicité qu'il put, et de la soutenir par tous les moyens que son autorité absolue, spirituelle et temporelle, lui fournissait.
Mais un grand nombre de faits et de considérations incontestables, puisées dans l'histoire et dans des actes authentiques, ainsi que dans des écrits publiés par ce même Clergé et dans sa prope conduite, prouvent évidemment l'impossibilité de l'existence de cette prétendue réprobation. Parmi ces preuves il nous sufflt de citer les suivantes.
1. Marcus, Métropolitain d'Ephèse, fut le premier, qui, comme nous l'avons vu (2) , publia les libelles les plus injurieux et les plus envenimés contre le Concile de Florence, sept ans environ après la publication de l'acte d'union à Constantinople. Un simple coup d'œil sur les deux écrits de cet implacable ennemi de l'union de l'Eglise, fait voir bien clairement, que Fauteur n'y fait aucune mention de cette prétendue réprobation du peuple et n'y emploie aucune phrase , aucune parole même , qui pourrait faire allusion à son existence. Au contraire, dans tous ces deux écrits Marcus traite ce sujet, de la réunion de l'Eglise, comme un fait accompli, comme un malheur arrivé déjà depuis quelque temps et continuant à exister. Marcus se déchaîne contre ceux, qui, d'après lui, consommèrent l'asservissement de
(1) Voyez le chapitre IV de la seconds Partie d§ cet ouvrage. (7) Idem cïiapitre V.
l'Eglise , déplore l'aveuglement de ceux qui acceptèrent l'union , tâche même de prouver que celte union est ridicule et chimérique, à cause de la conservation des différences des rites y que le Concile consacra. Il conseille ensuite au peuple de la rejeter; dit que lui seul n'a jamais voulu l'accepter ; enfin il souhaite que le bon Dieu inspire au Clergé le repentir » et lui fasse reconnaître ses propres erreurs, et qu'il en délivre le peuple, comme des funestes semences qui sont au milieu du bon blé, que la seule divine Providence saura purifier* Voilà quelques unes de ses propres narrations. Dans la préface de l'un de ses deux libelles il débite par ces termes * Marcus, Evcquc de lu Métropole d^Ephcse, aux chrétiens qui se trouvent sur toute ta terre et toutes les îles, salut en Jésus-Christ. Ceux qui nous ont asservi à une malheureuse captivité et ont aussi voulu nous en* t miner à lu Bahytnhc des rites et des dogmes Latins , n'ont pu réaliser tout à fait leurs projets, comme une chose y dont ils voyaient eux-mêmes l* impossibilité. Mais ils sont restes, ainsi que tous ceux qui les ont suivis, au milieu du chemin, avant abandonné ce qu'ils étaient, et n ayant pu devenir m quils wwlaient être (3). - Plus bas il dit « Ces hommes donc a moitié monstres, comme les hippocentaures de ta Mythologie , avouent avec ks Latins que le Suint- Esprit procède aussi du Fils, comme leur acte d'union te décréta, ifs lisent cependant avec nous que h Saint- Esprit procède du Père (4). » Il expose ensuite vn d toutes les différences des rites des deux Eglises , et tâche de leur
(3) lf Toîç âwavra^v i% ynç xa\ tw v?)Và>» tCçurxopi'vçiç X^i-
„ XalçitK
n Oî W* **xw ypàç ai^fidXvcietv aix/AaXuriE/o'atrf? xoj trçoç tir» „ Hoifit/Xùïx rùv Àarimuv iSùv nai Boy paru* SiXvj<ravr*ç Haraeipai, t , tovto pi* otîx ySwijSnGa» àyayth iç XfQatÇy oct7ro3iv t* aintfjLÇçtlwot n éçwvTeç xxi aXkvç àSôvaroir , h pécv Si irw rriç iBov xaraEfttiVarrtt n ctùroi Tf xal ocoi tWtqiç i jmKoXou9u<ray , qut* rxiîvo Xoiffo* fiip?vnz*~ „ <ri», oun tcôto ysywatrn. „ ("Libelle de Marc us contre l'union de l'Eglise, réfuté par Grégoire. )
(i) w Oiroi rojvuv of juu£o3*jçiç âvS^jroi xatrei roù( i» puSoiç *lwn rOJtivTaupOVÇ, fura rûv AariW jnev o^oXoyoCci to *x roûTtoô ro miop* „ to <£ytov i xx'oçi Ji (rScci , p-«S T H/xw» $« rô tx reû Hargô; « xffoçn/i«r3»i t , kiyouffi x, r, *, „ ( idem )
donner sophistiquement le caractère des différences dogmatiques. Après quoi , il dit dans la conclusion qu'il en tire « Or tout cela n'esl-il pas assez pour prouver qu'ils ne se sont pas réunis en Concile avec les Latins dans le but de chercher la vérité, qu'ils avaient entre les mains , et qu'ils avaient trahie, mais qu'ils s'y sont réunis dans le but d'y ramasser de l'argent et de faire une union figurative et fausse ? Voyons encore de quelle manière ils se sont unis avec les Latins? Car toute union se fait sans doute par un moyen quelconque: hé bien! quant à la doctrine de la procession du Saint-Esprit, ils voulurent s'unir avec les Latins, ayant avoué qu'il procède aussi du Fils, mais tout le reste est différent chez chacun et rien n'est la même chose chez tous les deux; rien ne les lie entre eux, rien n'est commun pour tous les deux. Egalement à présent, comme auparavant, ils lisent deux symboles différents; ils célèbrent deux messes différentes: l'une avec du pain inzyme et V autre avec du pain azyme; il y a deux baptêmes différents: l'un par la triple immersion et Vautre en versant de Peau par dessus la tête: l'un de ces baptêmes emploie le chrême et Vautre n'en a nullement besoin. En général toutes les coutumes des deux partis sont doubles et différentes entre-elles: les abstinences, les usages Ecclésiastiques et beaucoup d'autres choses. Quelle est donc V union qui n'a pas un signe caractéristique ? et comment se sont-ils unis ceux qui persistent à conserver ce qu'ils avaient auparavant ? Car c'est ainsi qu'ils se sont réunis et non en suivant les traditions des Saints Pères (5). » Ailleurs, après avoir fait semblant d'établir, que les
(5) „ *Ap' où% ixo*ci rotvra njy yvwpjy ecùrSv ftiafeifoi , xaî on ovx „ oAi}S«/aç fgfwety votovfjuvoi rotç Aar/yoïf <nm}XBoy, »Jy iv xtç<riv t;çoyn T> ? «*Ço5f5cJxa<nv v aXXà x^ tJ<T0 X°^ <TOU @ov\o[Atyot , xaî vue\a<T[A*vr)V ovx „ oA*jS*î av<TTy)<raa§ui huciv ; riva di xaî rgdiroy avroïç rïvûSriaav tarin axtWTtov. Hav yàg r£ irtçu ivoûfiivov di y ivéç rivoç ptaou hovrai. T17 „ pi* oJv îdfi» tv) ir«çi roO ây/ow Uytûparoç iSofav huSrjvai oùv aùrolç, n àVoÇiiyafif yo» xod ix tou Tioù rooro *x itv *** vvaQfcn' roi 9* âXXa koptoi „ Biotyoça, xaî ovSiv h ootoîç «y, oôtii fxt<roy y ottôt xoiyo'y. 'ÀXXa Btio pi* n ZvpfioX* xaî ira^nXXay^c«ya Xtytrat xraXty «<7ff«ç xaî ffçoVfçoy' fartai „ 9t xaî SiaÇogai Xttrovçy iou riXoâyrai, ri piv $#' ivÇupou 3ua7aç, v) 9« „ 9i* aÇûpou' Îittœ Si flawri a'par» , rô piv Btà tçitîjç xaraSvatuç , rô Bi n Si' «jti^wVi«ç CBaroç in xopvf^ç avadiy' xaî r6 ph rÇ pvçu vpooy&û-
M 102 )M Latins sont des hérétiques , il ajoute « Ont donc les a fait si facilement orthodoxes? for et vos intérêts: ou plutôt For n'a pas pu faire Orthodoxes les Latins, mais en vous faisant leurs semblables y il vous a poussés dans le parti des hérétiques. Mais ils ont dit: si nous pouvions inventer un juste milieu des dogmes, nous serions réunis par ce moyen aux Latins et nous serions en même temps d'accord avec nous mêmes, n'étant pas forcés de rien proférer contre nos usages et nos traditions. C'est justement ce sophisme qui dès le commencement a trompé le peuple et Va réduit à suivre ceux qui le conduisent au précipice de r impiété. Car ayant cru qu'il y avait un milieu entre les deux croyances, ce qui arrive dans certaines choses opposées, il déserta vers le mal (6). »
Vers la fin du même écrit il dit « il faut les fuir, comme on fuit les serpents: non seulement ceux-ci, mais encore ceux qui font un commerce du christianisme et qui sont plus nuisibles qu'eux. Car ce sont ceux-ci qui, d'après le Saint Apôtre, se font un métier de P Orthodoxie (7). » Plus bas il dit encore « Fuyez les donc, mes frères, ainsi que leur communion. Puis-
„ /uvoy, TÔ 9* oùBortoùv avroù p^çt/av «x ov * $ ITT * $* *9ij ***** xou h n vaai iraç-nXkaypiva' vijffreTow rt xai 'ExxXrj atourrixai Taffiç xai tîti „ rotovrov' riç ovv ij tvucriç orav jzij Çavigov xai im8i)\ov o^uîoy Ij(?» „ xai vûç i7vcJ3rj(Tav oï rà oi'xtia orsçyti* jSouXofAiyoi ; roûro yap wov xai „ awiÇÛrncav y xai /xrj toiç <x T«y ïlarëçu* vaçoàtBofjJyotç eutoXooSowrff n (idem.)
(6) „ Tiç avroûç ouru pativç oç9o5ofowç *t voinxtv ; 6 xçtfffo; xmi „ xt'gfc} t* <râ' /xàXAov fxiy ovv sxtîvouç où fftroi'qxfy (5gSo5ofouç* ai Jt n wÔHicaç ixiîvoiç o/xoiov, iiç rqv aigfrixijy âvtûaaro jioîgay. 'AXA' il fit* „ côrnra riva tVivo^Vou/xi)» rùv Soyfxârur, ixiivoiç n ?wa$3i)?Ofif3a W n aJnfc, xai flrçôç u'/xiç aJroùç xatôf «£op«y, ooîtv «yayxa£ôpfyoi À*y»y w ffa^ Ta «iwdora xai wapaZtti opéra. Tour' iVi» ixfiyo tô touç roXAovf m *£ •ÇX 1 '* iÇairaTrjaav xai v*\<rav dxoAouSiiy rolç fîç toV xpiifAvàr nfc „ $u<riptîaç axâyovai. ïltCTtijvavTtç yaç tlyai ri p«Voy àpfoîy rùv 3e- „ f<5», ojrtg Jjri rty«ry havriuv fft/pjSaiyti, sçôç tô dtiyoV ijt/To/AoX*o-«y „ ( idem )
(7) „ fiuxraioy aiifodç, »ç ftu'yfi tic ccjto &Çtvç, tiç avroù ç ixiitottç, „ ri xàxtivuv iroXX» SijVot* x* , 'ç oi ' a * ™)* XgioroxaniXowç xai Xçior»/Are>- „ gouf. Ouroi yoç «îci, xarâ 1 rôy Silo y 'AjroVroÀoy, oi roçio-/xoy ijyotyMroi „ Ttjy tMfitiav w ( idem. )
que ces faux Apôtres sont des ouvriers imposteurs, qui se transforment en Apôtre du Christ (8). »
Enfin à la lin de cet écrit il ajoute. « Que le Dieu Toutpuissant leur fasse reconnaître leur propre erreur, et nous ayant délivrés d'eux, comme de mauvaises semences, il nous recueille dans ses magasins comme du blé pur et utile en Jésus-Christ notre Seigneur (9). »
Si donc le peuple avait vraiment .réprouvé l'acte de l'union au retour des Evéques et de l'Empereur à Constantinople: c'est à dire en 1439 ou en 1440, le Métropolitain d'Ephèse écrivant contre cette union après sept ou huit ans environ , ( c'est à dire en 1448, ou si vous voulez même en 1447 ou 1446) en aurait sans doute fait quelque mention, ou aurait du moins employé quelque phrase, ou quelque parole, qui y aurait fait allusion. Ce serait pour lui son plus grand argument, que de citer ce refus du peuple, ou plutôt, il n'avait pas même besoin d'écrire du tout et de conseiller au peuple de rejeter l'union, si ce peuple en avait déjà réprouvé l'acte depuis sept à huit ans, ou même depuis six ans. Marcus pouvait tout au plus écrire pour confirmer le peuple dans son refus, et alors il en aurait fait absolument mention dans ses écrits: mais rien de pareil. Au contraire, il prie Dieu d'éclairer le Clergé sur son erreur et de délivrer le peuple d'entre les mains d'un Clergé qui déserta à l'hérésie. Y a-t-il une preuve plus évidente, que ce refus du peuple est une pure invention?
Egalement dans son autre libelle contre le Concile de Florence , que Joseph , Evêque de Mothon , réfuta et que Marcus publia positivement, comme nous l'avons prouvé, après la mort de l'Empereur Jean Paléologue, c'est à dire vers l'an 1448 ou 1449, ou huit à neuf ans après cette prétendue réprobation du peuple, ce même Métropolitain d'Ephèse ne fait aucune mention
(S) „ Qtvyttt o5v adrodf, ctôcXÇoi, xai Tijy vçoç aùroùç xonvrian. M Oi y*g toioùtoi •tytuSavoaToXot , t gyctrai SôXiot , /** Tatr^iî/xanf o)xf yoi ùç „ 'Affooro'Xouç Xçiotow „ ( idem. )
(9) „ Btoç 5t o rat, xoivra foya/ifyof ixtivouç ri ixiyvuvou njy oixi/av „ ffXavrjv vaçaoxëvâctit , xai */xàç aUT*y diraKkâÇau, ùç itqvviçup fifa- „ y/vv, ofa xaSaçôy xal it^ç^CToy rfroy, tlç tàç eavroO dxoSrixaç ovyol- „ £ff<y, «y Xgfa-râ 'Iija-off rù Kvg/p ij/x«v „ (i<l*m. )
d'un pareil fait, ne dit aucune phrase, aucun root, qui pourrait faire allusion à quelque mécontentement, ou refus de la part du peuple contre l'acte du Concile de Florence. Au contraire, après avoir vomi les injures les plus grossières contre le Patriarche Joseph, l'Empereur et tous les Evéques; après les avoir accusés d'avoir trahi la religion, en se laissant tous corrompre par For; après s'être vanté que lui seul resta incorruptible, Marcus finit en disant « Quant à moù ayant été dès lors séparé d'eux , et m 9 étant voué à l'isolement, pour rester uni avec mes saints Pères et Docteurs de F Eglise, je fais connaître à tous mon opinion par mon présent écrit, afin que quiconque voudra puisse se persuader, si c'est à cause de mes vraies ou mauvaises doctrines, que je n'ai pas accepté l'union qui fut faite (10). »
2. La même preuve nous fournit également l'écrit de Joseph, Evêque de Mothon, qui réfuta celui de Marcus, aussi à la même époque : c'est à dire huit à neuf ans environ après le Concile de Florence, et lorsque déjà le Métropolitain d'Ephèse n'existait plus: puisque, comme nous l'avons vu, cet écrit rapporte les circonstances de sa mort. Voilà les propres paroles de la préface de l'écrit de Joseph « Cette homme vénérable ( le Métropolitain d'Ephèse) désirant pousser dans la partie des schismatiques les chrétiens, que Jésus-Christ appela à l'union, les séparer ainsi de la communion des fidèles et les éloigner des décisions du Concile, publia son opinion en forme d'acte Synodal et l'envoya à tous les chrétiens. Il leur conseille de rejeter le Concile Oecuménique et de se persuader plutôt à ses propres paroles, comme étant aussi un de ceux qui avaient discuté les questions dans ce saint Concile. Il leur raconte que tous les autres, ayant été entraînés par de brillantes promesses et différents honneurs, y avaient consenti, mais que lui seul n'a point voulu s'accorder avec eux. Que tous les autres, ayant reçu des cadeaux, se sont réunis, mais que lui seul est resté
(10) „ 'E«yw de %upiv$ëiç chjtwv fxrorf xaî c/ur/t» o^oXcuraç , "»• „ roiç ayiotç pou Uarçâat xai AtBaanâXotç Starskù <ror>?/z/x«voç, wSat x*- „ raÇavn VQiu ttj> ipavroi^ yyw/A»}* dtd rrjç Si flou r^ç ygaÇrrC. 'Qç a> i(« „ £oxi/£a£fiy tu Pou\o[juvu 9 VQTtçQ* ùyiivt BôyfxouTt %adçuv y i} fteorgap- „ /xtvoK Tt<ri , ttjv ytvofji3vr)Y t*u<riv où îraçiîi fapjv. „ ( Libelle de Mtrcas , réfatt par Joseph, Erêque de Mothon.
incorruptible, et n'a point souillé ses moins avec de Vor. Puisque donc cette circulaire de Marcus est aussi arrivée à notre connaissance, il faut examiner s'il dit la vérité , et si ses paroles sont d'accord avec les écrits des Pères de l'Eglise. Alors si vraiment il prêche la vérité, nous nous mettrons aussi de son côté, nous accuserons avec lui les Latins, et nous conserverons a jamais ses opinions. Au contraire, s'il est prouvé que Marcus est bien loin de la vérité , et tqut à fait en opposition avec les doctrines des saints Pères de l'Eglise, dans ce cas, nous croyons qu'il serait convenable et salutaire de le mépriser comme imposteur et faux Docteur et d'envoyer à l'anathème ses paroles, comme nuisibles à nos âmes (il). »
L'Evéque de Mothon prouve ensuite à Marcus , qu'il parle par dépit, parée qu'il n'a pu amener à terme, pendant le Concile de Florence, ses vues particulières: il lui reproche les injures et les calomnies, qu'il a vomies dans son libelle contre le Patriarche Joseph et tout le Clergé Oriental; il le démontre menteur grossier en tout ce qu'il avait dit contre les actes du Concile et sur sa prétendue corruption de tous les Evéques; il lui rappelle comment il était devenu à Florence la risée de tout
(11) „ 'O aîoVo-ipoç ovroç etyijp rorif àVô Xçiotov xixXij/xivooç ilç „ Ttjy rùv cyiviiauxif fiouXopsvoç àire&crau /uoîgay, xàvrsuQtv rrjç tu* tù~ „ Ciftùv xoivunaç x w Ç t<ro "» * a< *** itpàç iravrtXuç diro<TTrj<rai IvvoSou, w ZafTi' ç riva To/xov ttjv iavroû yvw'pjy «£*'9«to , xaî toîç âjravTa^oO Xçiw otiovoiç àtroartlXaç you3«T«i, xaî Trctçiyyvàrai pn r?}'y Oixouftcyixijy n 2u'yo$oy <rrtpy:tv y dXXd /xaXXov toiç aùroO Xo'yoç irgooyAf'ytiy, uç tvoç xaî n aùrov orroç rùv SiaXs^S/yrwy rrjç lepàç txelvnç ZvvôSou. Kaî on oî pi* „ dcXXoi uVoû^fO-so*» XafÀiFçulç xaî riyLaiç ôxax$**T*Ç ovvyvto'av, uùroç ît 9 Q'MXûiç aÔTOÏç avyxarîvevae. Kdxtlvoi pi* S«ça X'Ç "' Xaj3oyr*ç >jy«- „ 3ij<ray, ouroç Si ourt 5»ça «XajSi y , ovn XP 0(7 ? T< *S X'" l ^ cc ^ «fu'ayfy. 'Eirtî „ ovv xaî trpoç ijftâç 17 Toiavrri aùrou irapaiytcriç ifa i\rj\u$tv , âf ioy «Vn'y „ tiç âXflSafç tÇtToiaoti, eïiFtç dXrjSrj Xc'yfi, xaî aUfAÇuveï toiç ây/oiç toi- „ aura Xiyuv. Kaî *î j*«y nÇç âXi?9**aç entrât , xaî *î/**»Ç f**T* avTOÙ „ orwo'fuSa eyxaXo£yT«ç Anrivotç , xaî opoÇpovsç aura; wa'yTa toV xçovov „fVo^cf3a. E« $« ffoppw irow rrç aXi?9«i'aç xaî iraVTtXùç âXXoVgia rrçç r«y „ ecyitfy OtoXoyiaç diroÇutvo ptvoç $ci^06i>} , àVoffV/A'4'ai /Af y toutov »ç âffa- „ rs£y* ti xaî ^/«oSoSiSaVxaXoy, âiroaTtoçaxi<rcu Si roùç aùroû Xôyouç eSç „ Wfiayrixot}ç oyraç T«y 7?/x«re'çvy ^ux*' 1 ' xa * ffpoo^*oy «o^rî xaî o*«T»jpioy ,.âf(a. „ (Réfutation du Libelle de Marcus, par Joseph, Evêque de Mothon.)
le monde, à cause de sa conduite extravagante, frauduleuse, méchaute et impertinante ; enfin il lui prouve qu'il se retira honteux et confus du Concile, en abandonnant la discussion, parce qu'il ne savait plus que dire, ni comment réfuter les saints Pères de l'Eglise Orientale, que les Latins citaient à l'appui de leurs propositions, et que tous les Evéques Orientaux reconnaissaient vrais et irrécusables. Après tout cela Joseph finit son ouvragé en réfutant la déclaration hypocrite , que Marcus fait de sa retraite et de sa séparation de tous les autres, par la conclusion suivante « Et toi, Vêlant séparé des Pères du saint Concile, tu Ves également séparé du troupeau de Jésus-Christ: et. fêtant séparé du bercail de notre Seigneur, tu restes en dehors de V Arche du salut. Mais celui qui se trouve hors du navire est livré aux tourments de la malveillante hérésie. Puisque toui homme qui est séparé du Concile Oecuménique est son ennemi, et les ennemis des Conciles Oecuméniques sont désignés sous le nom d'hérétiques. Mais nous autres , afin que nous ne tombions pas dans cette incurable maladie et que nous ne devenions par là hérétiques et ennemis de V Eglise du Christ, nous obéissons à ce saint Concile et nous restons dans V union (12). »
À la fin de son écrit l'Evêque de Mothon apostrophe encore Marcus par les termes suivants « Quant à ton opinion que tu fais connaître à tout le monde, nous Pavons déjà par la grâce de Dieu assez réfutée, soit en prouvant F absurdité, soit en démontrant la fausseté des faisons que tu en donnes, par les témoignages des Pères et des Docteurs de V Eglise. Nous nous sommes portés à cela, afin que chacun puisse se convaincre, si tu dis la vérité, ou si tu mens, et que tout le monde
(12) „ Koti cv /xiv xuçurSii; dtro r«v ITaTi'çfc* rnç Isçâç Swofov, „ Xf^upcr/xavoç tl xeti rnç toù Xçkjtov irotfxvrjç' Xi^à^ifffjinoç où* riç roû „ XçurroO fxûvSpaç, t(u «I rrjç cuartxrjç xifiurov' roy 8s c£t» rriç moç w ovra dvoiyxrj pa<rayiÇt<T$ai vxâ twv xu/Aaray rrjç /xo^Sijçâç a/çtVsirç. „ TLiç yaç ô rrjç OUoufxtyixrjç IvvôBov xvçiO'Sf i'ç , <X^P^ àtrotttxwTtu „ veajTtiç. 01 & r«y Of'xou/xoixwy IwoBuv JgSgoi ™* «**° kay&àwvn „ 5yo/ia, rj aipirixoi ovofxâÇoirTat. 'H/xtîç tf, ha /xrj «j» àvistrof ravntf „ vo<rn<ruf4ty voaot, xeti aîçirixoi xeti i^Sçoî Bid ravrriç ytvJfJuQa niç rov w Xçuttov 'ExxXWaf, ry ifgp roûty xai àyift luvoty ùroTaovôfxtS* xmi n h huai ifffxn „ ( idem. )
J&{ 107 )** sache y que tu as refusé (V accepter Vunion orthodoxe, irréprochable, vraie et sincère, pour suivre tes dogmes pervers des anciens hérétiques tes maîtres. Nous au contraire, nous honorons et louons respectueusement cette union, comme ayant dogmatisé conformément à la vérité, et nous acceptons et obéissons à ses décrets comme justes et orthodoxes , considérant comme bavardage la qualification de pervers que tu leur donnes (13). »
Serait-il possible que l'Evêque de Mothon, qui critique si sévèrement la conduite de Marcus, qui lui reproche si amèrement ses injures contre le Patriarche Joseph, l'Empereur Jean et les Evéques Orientaux, ses mensonges, son hypocrisie, son hérésie et son impiété, serait-il-possible, disons-nous, que ce censeur si sévère, écrivant dix ans environ après le Concile de Florence, et déjà après la mort de Marcus, eût oublié de lui reprocher une circonstance aussi importante et aussi étroitement liée avec le sujet qu'il traitait? Serait-il possible, que l'Evéque de Mothon eût passé sous silence les intrigues , que Marcus aurait faites, pour provoquer cette réprobation du peuple, si cet événement avait eu vraiment lieu ? Joseph n'en fait aucune mention, n'en dit pas un mot, ne fait aucune allusion à un pareil fait. Au contraire, il continue à dire, que k peuple garde toujours Vunion, que le Clergé la garde aussi et que Marcus est U>. seul qui n'a pas voulu V accepter , comme son propre écrit l'atteste partout bien clairement.
3. L'écrit de Grégoire, grand Protosynguèle et ensuite Patriarche de Constantinople , fournit également la même preuve contre l'existence de cette prétendue réprobation du peuple (14).
(13) „ Tijv M (TaUToO yvw/xïjy Taunjv, i?v xaraQanri srici iroiiTç, ij/x«7ç „ itin tjj too BtoO x*€ m àv«Tç«'\}/a^t«y, jn? piv to aroffov atJTrjç t\iy%ov- „ rtf, irn W toÛç Xoyouç ^suSelç BtixvOvTtç fod (xaçrvpiuv rùv rrjç 'Ex- „ nXfj<riaç AifcrcaXay' ôV«ç «£ij Sox»/za£eiy ixorarov, iroreçov a%)3*»ay Çyç y, 17 <v|/tu$of* xaî «"va yvàcn ira'vrfç, on rdïç Siicrrça^uvoif T»y irgocigi}- „ ptvw <rov AïoWxaXwy SoyfAaaiv «£axoAov3ij0'af , n?v dç9o'5ofov t xaî àfjui- „ fwoy, xaî àXrjSrj, xai o&ôXurov , xaî ày/ay huaiv dwoBiÇao'Sou ovx n il$t\r)0 , aç' w >?fut{ rifxùfxsv xaî tvXafiùç t7Tctiyoùfxey uç d\rj$ij foyftan TiVatrav. Kaî rà iv avrp Si x-npvyfîtvTa., où îiio-Tça^t/niva, vç <rv ç\ua- „ ç«7ç, âXV vç ogSà xaî Cyirj, (rriçyopav xaî aVofc^ofuSa „ (idem.)
(14) Comme cet écrit ne rapporte aucun fait, qui pourrait lui attribuer une date certaine comme à celui de Joseph, plusieurs auteurs pen-
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Car on ne rencontre dans sa longue réfutation aucune mention, aucune phrase, aucune parole, qui pourrait faire la moindre allusion à un tel événement. Au contraire, il parle aussi de l'union de PEgHse comme d'un fait accompli.
4. L'argument que le Cîerçé de Constantinople tire de la réprobation de l'union par le peuple de Moscou, au lieu de soutenir la fable de ce même événement à Constantinople, la réfute au contraire. Le grand Doc Basile Bnsîlevitz n'avait pas assisté au Concile de Florence , ni n'en avait point signé l'acte définitif. Ce Prince, dans sa qualité de Sou\erain Chrétien, y avait seulement envoyé un représentant, duquel il avait politiquement les moyens d'accepter ou de désapprouver les actes. Au retour de son représentant, il crut de son intérêt de n'agir que de concert avec le pays. Il en consulta donc le Clergé, les Boyards et le peuple de Moscou, qui se déclarèrent contraires: le grand Due s'abstint alors de publier l'acte de V union contre l'opinion des lialiitans de sa capitale. D'ailleurs tant le Clergé que les Boyards et le peuple Russe de Moscou pouvaient bien désapprouver décemment cet acte, sans manquer au respect dû à leur Souverain, puisque c'était lui même qui leur en demandait leur opinion. Mais à Constantinople les circonstances étaient bien différentes. Le Souverain de ce pays avait assisté au Coueïle, y avait pris une part tres-aetive et en avait signé l'acte. Le Clergé en avait discuté tous les points, il avait accepté, si^> crété la réunion des Eglises, et le peuple pour oser rejeter ud acte aussi solennel pour lui, devait a\oir un énorme pouvoir .sur le Gouvernement et un mépris bien prononcé pour son propre Clergé, ce qui est tout à fait improbable. D'un autre côté, nous avons vu (15), que la partie du peuple Russe, qui avait été différemment conseillée par son Clergé, accepta au contraire avec empressement dans neuf provinces l'acte de la réunion des Eglises.
gèrent qu'il M fcril avant que Grégoire mon*At sur te liège Patriarcal *k Con*lantiuoplr , c'est à ilire, avant 1*4:», Mais d'autres supposât qu'il If publia tftant ik'ja Patriarche et presque à la même époque que J- BVêfM «le Moltum, imhlk le sirn , c'cM a dira en I'i48 ou liVJ La lin** Mranoe it te* tan pjtaJW est de quatre ans environ, mais elle ne change fi'ii M fond oY la question.
(i:*) Chapitre VI de ta seconde Partie du présent ouvrage.
5. Egalement la conduite postérieure d'Ivan III prouve la même chose. Nous avons rapporté ailleurs, comment ce Prince profitant de l'occasion que l'Eglise de Constantinople s'était réunie à celle de Rome, rompit tout rapport avec elle, sous prétexte qu'elle avait abandonné l'orthodoxie et proclama celle de Russie comme la seule Orthodoxe. L'usurpation que ce même Prince fit à la même époque des droits de la ville de Kieff , c'est à dire, de lui ôter la primauté sur toute l'Eglise Russe et de la transférer au siège de Moscou , également sous le prétexte que Kieff avait accepté l'acte de réunion , prouve encore la même chose. Car il dérive de toutes ces circonstances extérieures, que l'acte du Concile de Florence était solennellement proclamé à Constantinople comme il le fut vraiment, et que l'union y était établie: par conséquent que la prétendue réprobation du peuple n'était qu'une fable.
6. Il est bien constaté par l'histoire, qu'après le retour de l'Empereur et du Clergé Oriental , on fit succéder au Patriarche Joseph, mort à Florence, Métrophane, Métropolitain de Kyzicos. L'acte du conciliabule, ou assemblée, tenu en Syrie par les trois Patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, que nous avons déjà cité (16), fait assez mention du zèle fervent de ce Prélat pour la réunion, et de son activité pour la consolider dans tout l'Orient, dès les premiers moments de son avènement au siège Patriarcal. C'est ce Patriarche qui proclama l'acte du Concile de Florence dans une messe solennelle à Sainte Sophie et l'envoya à tous les Evéques Orientaux en leur ordonnant de s'y conformer, comme nous l'avons vu au chapitre IV de la seconde Partie du présent ouvrage. Après la mort du Patriarche Métrophane, arrivée en 1445, monta sur le siège Patriarcal de Constantinople Grégoire, grand Protosynguèle de cette Eglise, également zélé partisan de l'union, qui avait pris une part si active au Concile de Florence et écrivit la réfutation d'un des libelles de Marcus , Métropolitain d'Ephèse. Ce Patriarche continua à occuper le siège de Constantinople jusqu'à l'an 1451 , lorsqu'il fut forcé par les intrigues de Démétrius, frère de l'Empereur, et celles du grand Duc Notaras, de quitter cette ville et d'aller à Rome, où il mourut l'année suivante.
(16) Voyez la page 59 de la seconde Partie du préseut otivragp.
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Si donc le peuple avait vraiment réprouvé l'acte du Concile de Florence, comment pouvait-il élire pour Patriarches, immédiatement après ce Concile, d'abord Métropbane en 14-11 , et quatre ans plus tard, c'est à dire en T445, le grand Protosynguèle Grégoire t deux personnes bien connues comme grands par lisants de Punioa et zélés défenseurs du Concile de Florence? Ou, si on disait, que c'était l'Empereur qui avait imposé au peuple ces deux hommes, si contraires aux opinions qu'on veut attribuer à ce même peuple, comment les aurait-il supportés, à une époque j où ee peuple devait avoir un pouvoir illimite sur PEglise? puisque , d'après la prétention du Clergé de Con^t;>r.tinople, ce peuple pouvait rejeter impunément un acte, que tout son Clergé et son propre Souverain absolu avaient si. ereté solennellement.
7. Si le peuple de Constantiuople était si contraire à l'union, et si fort pour pouvoir rejeter l'acte du Concile de Florence en face de ses Evéqucs et de son propre Souverain, qui Pavaii'iit signé et décrété, comment le dernier Empereur Constantin Païéolo^ue put-il consolider l'union en 1452, c'est a dire, douze nus après cette prétendue réprobation , lorsque cet Empereur n'était pas ce même Souverain, qui y avait été engagé par la part, que son prédécesseur y avait prise et la signature qu'il y avait apposée, et lorsque Pétat misérable de l'empire Byzantin avait déjà presque complètement paralysé toute la force morale et matérielle de l'autorité impériale?
8. L'assemblée des trois Patriarches d'Alexandrie, d'Antio* die et de Jérusalem, tenue en Syrie contre le Concile de Florence, au mois d'Avril de Tan 1443, (c'est à dire environ quatre ans après le retour de F Empereur et des Evêques Orientaux à Constantinople K s °us l'instigation et les intrigues politiques des Turcs, devait naturellement faire mention de cette prétendue réprobation du peuple, si elle avait existé en effet. Cependant cette assemblée ne dit pas un mot, qui pourrait faire la moindre allusion à un pareil événement, nï dans la lettre synodale qu'elle avait remise entre les mains de l'Archevêque de Césarée, ci dans celle qu'elle écrivit quelques mois après à l'Empereur Jean Pa- Jéologue. Dans la première de ces deux lettres cette assemblée $e plaint de ce que le Patriarche Métropftancy soutenu par VEm*permr t avait établi et défend l'union non seulement à Constantinopfc et dam les diocèses sous sa juridiction, mais qvfil nomme
même en Asie, où il n'a aucune assistance politique, des Métropolitains ei des Evéques voués à cette union. Mais cette lettre ne dit rien non plus, sur eette prétendue opposition de la part du peuple. Dans la lettre à l'Empereur, cette assemblée se permet de menacer ce Prince des peines Ecclésiastiques, s* il continue à conserver r union avec les Latins, et a Pair de lui rappeler ses de\oirs de Souverain: n'était-il donc pas naturel de lui mettre sous les yeux le mécontentement de son propre peuple contre cette union, si vraiment cette prétendue réprobation eut déjà existé, ou s'il avait été. môme probable qu'elle arrivât?
9. Georges Scolarius, qui, comme nous l'avons vu, avait assisté au Concile de Florence, et qui prêcha avec tant d'ardeur la réunion de l'Eglise, ce môme Docteur, outre les ouvrages qu'il avait publiés en faveur de cette union, pendant la durée du Concile, publia encore, après son retour à Constantinople, un autre ouvrage sur les cinq articles de ce Concile, dans lequel il loue et approuve avec grand zèle l'union des deux Eglises (17). Cependant, comme nous l'avons vu, ce même Scolarius fut élu Patriarche de Constantinople, par les instantes prières du peuple, aussitôt après la chute de l'empire Byzantin. Or, si le peuple eut vraiment rejeté l'union quelques années auparavant, comment ce môme peuple aurait-il placé sur le trône Patriarcal un aussi zélé et aussi déclaré partisan de l'acte de cette môme union? Pourquoi n'aurait-il pas plutôt choisi quelqu'un qui fût du parti contraire à la réunion des deux Eglises?
10. La conduite môme du Patriarche Génadius et de ses successeurs fournit encore une preuve assez éclatante contre l'existence de cette prétendue réprobation du peuple de Constantinople. Ces Patriarches pour ménager l'antrpathie des Turcs contre les Francs, et surtout contre les Papes, que les Sultans considéraient comme leurs ennemis, eurent recours à différents expédients pour leur faire .croire , que les Chrétiens de l'empire Ottoman n'étaient pas en relation avec ces ennemis de leur Souverain. Quel besoin auraient eu les Patriarches d'employer tous ces détours, si cette prétendue réprobation du peuple eut existé?
(17) « Apologie des cinq articles du Concile de Florence » cel ouvrage fut imprimé en (579, au* soins du Pape Grégoire XIII et traduit eu Latin par Fahîo.
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Ils avaient sous la main un éclatant argument, qui seul suffisait pour convaincre les Turcs : puisqu'ils n'avalent qu'à leur dire -tout simplement: « Oui! dans les anciens temps nous étions en relations intimes avec F Eglise de Rome; le Pape était le chef suprême de la nôtre; mais nous nous en sommes séparés depuis quatre siècles et nous nous considérons dès lors comme d'implacables ennemis; un Concile tenu à Florence quatorze ans auparavant avait décidé que nous devions nous réunir de nouveau; mais au retour à Conslantinople , des Evéques qui avaient assisté à ce Concile, le peuple rejeta avec indignation cet acte de réunion. »
11. La circonstance suivante peut aussi être considérée comme une des preuves, que cette prétendue réprobation du peuple n'a jamais existé, et que l'union des deux Eglises continuait même après la chute de l'empire Byzantin. Nous avons vu (18), que lorsque , quelque temps après la prise de Constantinople , les Turcs firent aussi la conquête de la Morée, Thomas, frère du dernier Empereur de Byzance , qui y régnait comme vassal de l'empire, se réfugia à Rome avec sa famille. Ce Prince aurait cherché un asyle partout ailleurs, si le schisme et par conséquent les anciennes antipathies entre Rome et les chrétiens d'Orient avaient été renouvelées.
12. Une des preuves au contraire, que les relations de l'Eglise Orientale avec celle de Rome n'étaient interrompues, pendant bien long-temps après la chute de l'empire Byzantin, que par des motifs politiques, est aussi la suivante. Le Patriarche de Constantinople Jérémie, en écrivant une lettre déjà en 1S84 au Pape Grégoire XIII , lui disait , que « c'était à lui comme chef de F Eglise catholique, d indiquer les moyens qu'on devait employer contre les Protestans (19). »
13. Une des preuves les plus .éclatantes que cette réprobation du peuple n'a jamais existé, mais que l'acte d'union du Concile de Florence avait été bien accueilli , exécuté et suivi dans toute l'Eglise Orientale, est aussi la suivante. Toutes les Eglises
(18) Chapitre VI de la seconde Partie du présent ouvrage.
(19) L'original de cette lettre en langue Grecque, ainsi que la traduction Latine, se trouvent dans l'ouvrage d'Emmanuel de Schelestrate, intitulé « Âcta Orientalis Bcclesiae contra Lutheri haeresim. » Romt 17)9 Tom. I page 219-252.
du rite Oriental, qui avaient accepté l'union avec celle de Rome et lesquelles, se trouvant dans des pays qui ne furent pas conquis par les Turcs, n'étaient point tombées sous le double joug du Clergé de Gonstantinople, toutes ces Eglises sont restées fidèles dans cette union et reconnaissent jusqu'aujourd'hui le Pape comme leur chef suprême, tout en conservant intact leur rite Oriental , suivant les statuts de l'acte définitif du Concile de Florence. Telles sont les Eglises du rite Oriental en Autriche, en Hongrie, à Naples, en Sicile, en Corse, etc. etc.
14. Ce qui prouve encore que ce schisme avait été imposé par la ruse et la force (20) aux chrétiens du rite Oriental sous
•la juridiction du Clergé de Constantinople, est la circonstance suivante. Plusieurs chrétiens du rite Oriental , habitants de la Turquie, secouent continuellement le joug de ce Clergé et rentrent dans le cercle de l'union de l'Eglise, aussitôt que les circonstances leur en procurent l'occasion. Nous avons plusieurs exemples pareils chez les chrétiens du rite Oriental de Beyrout, de Halep, de Transiivanie, de Boucovine, du Liban, de l'Egypte, etc. qui se sont réunis avec l'Eglise de Rome, tout en conservant leur propre rite Oriental , pendant que nous n'avons aucun exemple du contraire.
15. Enfin, outre ces preuves basées sur des faits historiques et incontestables, le bon sens même ne saurait admettre qu'un pçupie chrétien et soumis à un Monarque absolu , aurait osé réprouver et rejeter un acte solennel, rédigé, signé et proclamé par tout son Clergé et par son propre Empereur, à moins que ce peuple ne fût en pleine révolte contre son Souverain et contre sa propre religion: ce qui n'eut pas lieu à Constantinople.