‹ L'Église oriental;Chapitre 45 sur 67 · III )M · texte numérisé non relu

III )M

une seconde fable. 11 prétendit qu*après la proclamation de l'acte de ce Concile, Athmiuse, Patriarche de Coiistuntiuople 1 lit un Concile local dans l'Eglise de Sainte-Sophie et annula Pacte d'union des deux relises.

On pourrait dire tout d'abord, que l'impuissance de cet argument du Clergé de Constantïnople es! bien évidente. Car il est bien connu qu'un Concile focal de quelques BvéfUfll ne saurait eanoniquenicnt et légalement annuler les actes solennels d'un Concile Oecuménique. Surtout dans la circonstance en question, la nullité d'un pareil conciliabule est encore plus frappante, puisque les Evëquea, qu'on suppose avoir compose ce prétendu Concile, se trouvent avoir presque tous signé l'acte définitif du Cooeile Oecuménique de Florence. Il serait par conséquent superflu d'observer , qu'une pareille rétractation de quelques Evéques , quand même elle aurait existé, ne pouvait être prise s» r ment en aucune considération.

Mais nous allons constater clairement que ce prétendu Concile n'a pas même existé et que ce n est qu'une supercherie ultérieure du Clergé de Constantïnople. Pour prouver ce que nous avançons, il nous suffit de citer ici les propres termes de la personne, qu'on dit avoir rédigé l'exposé de ce Concile, ainsi que ceux de l'acte lui-même (J): les voici :

(1) L'origine même, de ce document est bien confuse et invrabcmhU ble. Car Dorothée, Etéquc ic HdhQl, un des principaux partisans du Clergé de Constantïnople , raconte dans son Précis de l' histoire du Sultan Mahomet ( " £tnw)tf r-nt tùù ZovAtb» Mejgpotrrq ! £*ô Àwga-

SfW, *Em<rxôirou Kadatiff ,J n que le philosophe ATmrouf*) de Trtpê- » tonde, après avoir embrassé l'Islamisme à La chute tle l'empire Byzantin, composa un livre contre le Cowile die FtoitMC »t IVn\'o\a a Dcmétriuf , » grand Duc de IVaiiplle el frère du dernier BnpVMH Ai t onstaotioopkm Amyroutzy prétendait établir dans son livre, que dans le Concile é •■ rence les Latins trompèrent les Orientaux ; qu'il lurent toujours leurs en* ► iiiiitU r et IMiait d'en persuader au Prince Déinétrius, qu'il lui mi ■ mieux de remettre ses Etats au Sultan et de gagner ses faveurs , que d<* » comptiT sur les secours des Ocridrnlanx. 06 liVlt avilit pour litre: • Traité du philosophe Âtntfrotifztj sur tes rvem mtnis passes au i'vnaU dt Ffo* renct: adressé a Demeirius, Prime de iïauptie» \ 'Afwgotmgj rnî ♦iàs-

QVfA&sftriuÔTuv. } Coiuuii piiTr de con w<-4ion le renégat Am>rouUy amU joml .i s**n livre, prétend-on, une copie de J'acle du Concile de Saintc-Sopliû», «pu avilit annule celui de Florence. On ne dit pas comment dans la

« C'est ici que commence Vexposè du dernier Concile de Constantinople , tenu dans F Eglise de Sainte Sophie, un an et demi après le faux Concile de Florence et la mort du Latiniste Jean Paléologue, trompé par les Italiens dans F espoir d'en être secouru y mais qui, à la fin de sa vie , .s'accorda avec la doctrine Orthodoxe 9 sous le règne de son pieux fils Constantin. Cet exposé fut tiré de la bibliothèque des manuscrits de Constantin Lascaris, écrit de la propre main de cet homme très-savant et qui enseigna la grammaire analytique, par ordre du très-savant Âthanase, Patriarche de Constantinople, et il fut copié par Théodore Zygomalas, Protecdique de la grande Eglise (2). »

D'abord tout Concile fixe le temps de son commencement et de sa fin par une date précise. Celui-ci n'indique aucune date: Il dit seulement, qu'il fut tenu un an et demi après le Concile de Florence et la mort de FEtnpereur Jean Paléologue. Mais

cet important document passa des mains du Duc de Nauplie à 111e de Cbios. On raconte seulement, que cette copie fut envoyée de Cbios à Constantinople au commencement du XVII siècle, époque à laquelle ce document fut connu, ou pour mieux dire, fut rédigé et publié par le Clergé de Constantinople. Dans le titre de ce document on en attribue la rédaction , comme nous le verrons plus en avant, au savant Constantin Lascaris, de la Bibliothèque duquel , dit-on , cet acte, fut retiré et copié par le Protecdique de la grande Eglise Théodore Zygomalas, par ordre du très-savant Athanase, Patriarche de Constantinople. Ainsi, quoique ce point de l'origine de ce document soit, comme tout ce qui regarde cette question, confus à dessein, il est à supposer pourtant, que le Clergé de Constantinople a l'air de vouloir établir, que c'est cette copie du philosophe renégat, qui s'est conservée miraculeusement pour arriver jusqu'à ses mains et lui servir comme seule preuve de l'existence de ce prétendu Concile.

(2) En voici l'original en langue Grecque: „ 'EvTfvdty ré fiifiXtov àirâç- „ X 9TCU ***? * v KwffTccvnyouirdAfi WTckmç Zuvetôou, c'y rp ayiçt ZoÇi'et ivi- „ fiX*<T0i/<nK t [Airà tt}v ytvto~iy roO ^svXocvXXoyov QXuçsvtIvou ivoç «yiau- „ toù Btuanifiart xat rtpicrtvç, xai fxsrà T>}y rtXtvryv rov AoltivoÇçovoç „ 'làimov rov UaXatoXôyov , rov dirarn^tvTOÇ viro rûv 'Itoàwv «V» £019- „ S«/a, xaî iwi rtktury (TUf^uvricocvroç rù 'Of3o$o'£» doyjiari M to£ „ *Oç3o$o(ou vlov avrov Kuvaravrivou. 'EfiPXij'Srj ix rvv tîjç BijSXioSq- „ zv)Ç i 8io% «g» y Kmarayrivou tod AoutxoLçsvç toù ovroç aoÇurcirov xai m «?y àyfffTt^y/xfyijy TpapiAartxw &$a£avTOf , ivirayy rov voÇuTarou too „ Bofayr/ou IlaTçiaç^ou 'ASayaoïov KvvarcximvovtroXt uç , xai fj.tr tyçâçr) „ btré QsoSûpov ZvyofxaXâ, UportxBixou rrjç l/ltyo&rjç 'ExxAWaf* „ (Tilrc de l'acte du Concile imaginaire.)

ÉM 116 >^ cette indication au lieu de fixer une époque, jette dans une confusion inexplicable. Car le Concile de Florence promulgua son acte définitif en 1439: or, un an et demi après le Concile de Florence, veut dire, qu'on place ce Concile de sainte Sophie en 1441. Mais Fauteur , en disant en même temps , que ce Concile fut tenu après la mort de F Empereur Jean Paléologue, fait comprendre, que ce Concile eut lieu en 1450, cet Empereur étant mort en 1448. Nous défions qui'que ce &)it de nous prouver, que Tan 1441 et 1450 ne soient qu'une seule et même date. Ensuite cet exposé dit, que Y Empereur Constantin Paléologuc était fils de son prédécesseur Jean Paléologue. Comme il est bien notoire, qu'il n'était que son frère, il faut absolument un Oedipe pour expliquer ce nouvel énigme d'un Empereur qui est le fils de son propre frère!

Une autre inexplicable confusion c'est que, comme cet exposé rapporte « Jean Paléologue s'accorda avec le dogme orthodoxe, sous le règne de son pieux fils Constantin » puisqu'il est bien constaté par l'histoire, que Constantin ne régna pas du vivant de Jean. Au contraire, Jean étant mort sans enffens, ses trois frères, Constantin , Démétrius et Thomas, tous trois, comme Jean, fils de l'Empereur Manuel Paléologue, se disputaient le trône de Constantinople , et qu'ils choisirent alors pour jugearbitre de leur différend le Sultan Àmurat, qui donna le trône à Constantin, à cause qu'il était l'ainé de tous (S). Cet exposé dit encore que l'original « fut tiré de la bibliothèque des manuscrits du très-savant Constantin Lascaris, qui enseigna la grammaire analytique, par ordre du très-savant Athanase, Patriarche de Constantinople et copié par Théodore Zygomalas , Protecdique de la grande Eglise. » Il est fort curieux et unique dans l'histoire, que les actes d'un Concile, au lieu de se trouver déposés dans les archives de l'Eglise, se trouvent dans la bibliothèque d'un particulier, d'où le même Patriarche qui a tenu ce Concile, ordonne de les extraire, comme de vieux manuscrits, pour en tirer une copie par le Protecdique de l'Eglise Patriarcale! La seule supposition qu'on pourrait faire, serait, que cet ordre aura été donné après la prise de Constantinople, lorsque les propres archives de l'Eglise auraient été détruites ou égarées: mais

(3) Franzy livre 111. cap. f.

dans cette supposition , nous tombons dans un autre grave inconvénient. À la prise de Constant! nople par les Turcs, Lascaris se réfugia en Italie, emportant, comme il est probable, avec lui, ses propres manuscrits. Mais quand même il les aurait laissés à Constantinople, il est bien constaté qu'après cette époque, il n'exista aucun Patriarche du nom d'Athanase, pour ordonner qu'on tirât l'exposé en question de la bibliothèque abandonnée par Lascaris en cette ville. Ces réflexions ont sans doute entraîné le savant Allatius à supposer que la phrase « par ordre du trèssavant Patriarche Athanase » ne se rapportait point à l'extraction de cet exposé de la bibliothèque de Lascaris, mais à la rédaction, ou à l'enseignement de la grammaire Grecque par ce savant. Il est vrai que le jargon barbare et plein de solicismes de cet exposé est tellement obscur, qu'on peut lui appliquer également tant l'une que l'autre explication. Mais alors il en dériverait un autre bien grossier mensonge. Lascaris n'avait point rédigé, ni enseigné la grammaire analytique avant la prise de Constantinople. Tout le monde sait, et Lascaris lui même raconte, qu'il composa cette grammaire après son émigration, par complaisance pour quelques Princes Italiens.

Outre l'incohérence des idées , l'ignorance de tous les faits de cette épçque et les grossiers mensonges contenus dans cet exposé, il suffirait, pour qui connaît tant soit peu la langue Grecque, de jeter un coup d'oeil sur le style, pour se persuader qu'il est impossible que cet écrit ait pu sortir de la plume de ce savant distingué. Lascaris en écrivant la langue Grecque s'exprime avec beaucoup d'exactitude dans les termes, et en respecte scrupuleusement les règles grammaticales. Ou pourrait même dire, que son style approche très : souvent de celui des anciens auteurs Grecs. Au contraire, on voit par la simple lecture de cet exposé, qu'il ne peut être qu'un avorton du pitoyable jargon Grec, en usage au seizième et dix-septième siècle, chez le Clergé de Constantinople, et dont, malgré les grands progrès de la langue Grecque moderne, on rencontre encore des traces jusqu'aujourd'hui dans le style de l'Eglise Patriarcale.

Mais une sérieuse question domine tout d'abord la discussion sur cet écrit apocryphe et inconsistant. Qui sera donc ce très-savant Athanase, Patriarche de Constantinople, qu'on place à la tête de ce Concile ? quand monta-t-il sur le siège Patriarcal ? quand en descendit-il ? de quel diocèse fut-il promu au Pa-

tdarcat? quelle étail son origine, sa charge , ou sa profession antérieure? est-il mort Patriarche? a-t-ll été destitué? comment a- 1.- il fini sa carrière et sa vie? quels sont ses ouvrages littéraires qui lui ont valu le titre de tressa rant , par lequel cet exposé le qualifie? L'histoire n'en sait rien: elle n'en connaît pas même le nom! En effet après le Patriarche Joseph mort à Florence eu 1439, monta sur le siège Patriarcal de Constant! nople Métrophane, Métropolitain de Kyzicos, qui promulgua solennel* lement dans l'Eglise de Sainte Sophie l'acte définitif du Concile de Florence, et envoya des Encycliques a tous les E vaques d'Orient, leur ordonnant de le mettre en exécution, comme nous Pavons déjà vu dans la seconde partie du présent ouvrage. L'an 1445 Métrophane en mourant recommanda au Clergé, pour son successeur, Grégoire, grand Protosynguèle de l'Eglise de Constant! nople, qui lui succéda immédiatement. Grégoire continua à occuper le siège Patriarcal jusqu'à 1 45 J , lorsque les intrigues de Démétnus, frère de l'Empereur, et celles du grand Duc Nota ras (4) l'obligèrent à se retirer a Rome vers la fin de cette année, sans que personne le remplaçât à Constantinople. Lorsque même le Pape Nicolas V écrivit à l'Empereur Constantin, en se pleignant des intrigues contre le Patriarche Grégoire, l'Empereur envoya à Rome une ambassade pour s'en excuser, disant que c'étaient les factieux qui avaient persécute Qfégafetj voulant se servir de l'Eglise comme d'un organe de leurs buts politiques; que lui-même avait un grand respect pour le Patriarche, qu'il désirait qu'il retournât à Constautinople. Ces ambassadeurs allèrent même visiter le Patriarche Grégoire et le traitèrent comme Patriarche en activité, d'après l'ordre de l'Empereur, en lui demandant ses ordres sur plusieurs affaires de l'Eglbe de Constautinople. Consttlltlti Pnléologue priait en même temps le Pape, d'envoyer à Constautinople des Légats pour appaiser quelques scandales, que les factieux suscitaient parmi le Cierge. Le Pape Nicolas V y envoya en 1452 comme Légat le Cardinal Isi-

(*) Même après que le Sultan A murât eut tUmné U- | >iu!«ft-

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