‹ L'Église oriental;Chapitre 54 sur 67 · CHAPITRE f · texte numérisé non relu

CHAPITRE f

méruTATiOB des a&gumevts de ceux qui cboievt que le ké-

TABLISSEHEUfT DE L'UBTlOB DES DEUX ÉGLISES EST IMPRATI- CABLE , ou du monrs bien difficile.

Les esprits qui, fascinés par le prestige du lointain, s'attachent exclusivement aux principes invariables des vieilles idées, que rhabitude a accréditées, se plaisent à croire, que le rétablissement de fait de l'union, déjà existante de droit entre les deux Eglises , est impraticable , ou du moins bien difficile.

1 . À cause du profond abyme qu'ils supposent exister entre les dogmes des deux Eglises.

2. À cause du préjugé invétéré qui a fait croire ,^ qu'un fanatisme opiniâtre sépare les chrétiens du rite Oriental des Occidentaux, préjugé, qui les accuse même d'avoir préféré perdre leur existence nationale et devenir esclaves d'une horde barbare, plutôt que de se réunir à l'Eglise de Rome, lorsque l'empire Byzantin était menacé par les Turcs.

3. Enfin pareequé, disent-ils, tous les efforts de l'Eglise de Rome pour arriver à cette réunion ont complètement échoué.

Essayons d'éclaircir et de vérifier ces trois points, qu'on persiste à considérer comme des obstacles insurmontables à la réunion de fait des deux Eglises.

Quant à la première de ces trois objections, elle a pour base une erreur évidente, provenant uniquement de ce qu'on n'a jamais voulu étudier sérieusement et sans préjugé l'histoire de la séparation- des deux Eglises, les véritables motifs qui la provoquèrent et leur réunion spontanée au Concile de Florence. Cette

m 4 te

trieur fut encore phis accréditée, à cause qu'on ne s'est pas non plus occupé à examiner les circonstances politiques qui lîreul suspendre ensuite cette réunion, sans toute fois pouvoir anéantir sa perpétuelle existence de droit, ni la parfaite identité des dogmes des deux rites. Nous avons traite tous ces points et nous les avons surabondamment éclaireîs dans les trois Parties précédentes de cet ouvrage. Cependant il se pourrait bien , que riszimranee des faits historiques sur l'Orient, surtout depuis la chute de lYmpire Byzantin, et la confusion, que le Clen Conslantinople tricha d'y faire naître en dénaturant à dessein tous ces faits, lissent attribuer à nos expressions an seus vicieux et tout a fait en opposition aux principes de notre ouvrage. Voila pourquoi il serait peut-être n iff P Wttff fl de répéter encore ici, que cette identité des dogmes entre les deux Eg est attestée, comme nous l'avons longuement prouvé dans les trois Parties précédentes, par les institutions de l'Eglise Orientale, les écrits de tous ses anciens Pères, ainsi que par les liturgies, offices, cantiques et prières de cette même Eglise, en usage chez elle jusqu'aujourd'hui. D'ailleurs c'est justement cette identité des dogmes qui constate bien évidemment, comme nous Pavons aussi prouvé dans notre Première Partie, que le Clergé de Constantïûople est en contradiction flagrante avec lui-même. Nous avons aussi prouvé, que ce Clergé, ayant dévié complètement de tous les dogmes de l'Eglise Orientale, devint apostat et sehismatique, et imposa par la ruse et la force aux infortunes chrétiens d'Orient son propre schisme, dans lequel il prétend les retenir pour toujours.

Quant a la seconde objection, elle n'a pas plus de valeur que la première. Elle ne fut accréditée, que par ridée du fanatisme, qu'on veut supposer aux chrétiens du rite Oriental, et pt la négligence avec laquelle on examina les vrais motifs de la chute de l'empire Byzantin et les circonstances politiques et morales de l'époque qu'on cite. Autrement ou serait bien conv. que l'état des choses était tel en Orient et en Occident à cette époque, qu'il devait forcément soumettre l'empire IH/autiu à la domination Turque, Indépendamment de toute combinaison, que ce malheureux empire eût pu Griffe avec l'Eglise de Home. Et bien que ta réunion fut faite , eiU-elle été mille fois plus efficacement exécutée, il est évident, que rien ne pouvait prévenir cette catastrophe. La démoralisation de cet empire avait depuis

bien long-temps rendu sa ehule inévitable: s'il dura jusqu'au milieu du quinzième siècle, c'est parce qu'il ne trouvait pas de mi l j n ftHM rt pour lui porter le dernier coup.

Quant au fanatisme qu'on se plait à supposer aux eb retiens du rite Oriental , ce peuple ayant une imagination naturellement vive, GXilté par les différentes circonstances dans lesquelles il s'était trouvé, pouvait bien avoir été poussé à un fanatisme religieux à toute outrance. Mais tout le monde reconnaît que ce peuple a aussi naturellement un caractère allier et indépendant, wd esprit, pénétrant et juste, une intelligence forte et active, 11 serait donc de toute impossibilité , que doue de semblables qualités, ce peuple continuât a croupir, enchaîné comme un vil esclave, dans un état de fanatisme propre aux esprits bornés et timides, aux âmes petites et basses, aux tempéraments engourdis et servi les. Surtout lorsqu'on aura entrepris d'une façon convenable de lui ouvrir les yeux et de lui faire comprendre ses erreurs, son état anormal, son avenir et ses véritables intérêts: au contraire, la conduite, que ce peuple a tenue depuis quelques années, constate indubitablement, qu'il n'est point dominé par un fanatisme aveugle.

Il est bien notoire, que ce peuple outré dernièrement de la déviation visible de son propre Clergé des préceptes du Christianisme et dégoule de la démoralisation honteuse, de la crasse ignorance et des abus horribles de ses propres Prélats, témoigna, tant en Créée qu'en Turquie, un penchant très-prononcé pour les principes du Protestantisme, sans aucune réserve, ni scrupule pour te fanatisme religieux dont on l'accuse. Il est aussi très-connu, que quelque temps après, ce même peuple voyant cet état de choses, se refroidit envers sa propre religion t que toute la nation courait à grands pas vers l'athéisme, et qu'il fut enfin réduit a embrasser avec le plus grand enthousiasme les préceptes du Déisme, introduits en Grèce par Caïry et en Turquie par ses disciples. Il se débattit même pendant long-temps avec la plus grande obstination contre le gouvernement de la Grèce et contre le Patriarche de Constantinople , pour défendre le chef de la nouvelle religion et ses principes (1).

(I) Théophile CaîrVjprtHrc de l'Eglise Oriental/*» natif d'Anriroi, homme d'une grande érudition et d'une moralité 1 exemplaire, avait parcouru après

Enfin la troisième et dernière raison est basée sur l'insuccès complet des efforts faits de tout temps par l'Eglise de Rome pour opérer la réunion. Essayons d'analyser ce soi-disant argument, ainsi que les faits sur lesquels il s'appuie.

11 est bien notoire, que dès le commencement de la déplorable séparation des deux Eglises, celle de Rome s'occupa sans relâche à rétablir l'union et la paix dans l'Eglise d'une manière solide et permanente. Personne n'ignore qu'elle saisit avec empressement toutes les occasions favorables qui pouvaient la conduire à cette fin tant désirée; aucun sacrifice ne lui a paru trop grand , quand il s'est agi d'atteindre ce but ; aujourd'hui même elle attache à cette œuvre la plus haute importance. Mais il est également bien connu fcjue malgré son zèle infatigable, l'Eglise de Rome n'a jamais pu atteindre ce but, qu'elle poursuit avec tant d'ardeur, avec tant de persévérance, avec tant de sacrifices. Cependant ses arguments sont basés sur les vérités religieuses et

la révolution Grecque toutes les villes de l'Europe, où se trouvaient des chrétiens de son rite, et fit une riche quête, pour établir en Grèce une Ecole destinée à l'éducation des en fans orphelins et indigeants de cette nation. Il la fonda en effet à Andros en 183'*, sous le nom d'Institut des orphelins COçÇuvoTçoÇeïov.) L'ordre, la morale, la bonne tenue et les progrès que les élèves faisaient dans cette Ecole, y attirèrent une grande foule de jeunes gens de Grèce et de Turquie. Caïry, soit par une ambition démesurée, soit dans un but politique, soit poussé par tout autre motif, entreprit alors d'introduire en Orient une nouvelle religion sous le nom de Cairisme, qui n'était autre chose, que le système des Déistes modifié par quelques innovations imaginées par lui. En effet il réussit à attirer à cette nouvelle religion, non seulement tous les élèves de son Ecole , mais encore presque tous les babitans d'Andros , jusqu'à une grande partie des curés des villages et un grand nombre des habitants des Iles voisines. Les élèves de cette Ecole en allant passer les vacances près de leurs parents, ou de retour a leurs pays après avoir terminé ltors études, propagèrent partout la nouvelle religion, et en moins de six ans le Cairisme prit en Turquie et en Grèce d'immenses ex tentions. Le gouvernement en Grèce d'un coté, et lé Patriarcat de l'antre en Turquie, mirent tout en mouvement pour en empêcher la propagation. Mais malgré leurs efforts persévérants , les Comités du Cairisme existent jusqu'aujourd'hui en Orient, et travaillent, quoiqu'en secret, avec la plus grande activité. Caïry fut jwur la dernière fois arrêté en Grèce en 1851 f comme enseignant des principes religieux défendus par les lois du pays. Malgré la forte opposition de ses partants, le gouvernement parvint à le faire juger. Il fut condamné par les tribunaux à sept ans d'emprisonnement. Il mourut en prison à l'âge de 82 ans quelques jours après sa <

morales les plus sublimes et les plus incon testa blés ! sans parler des immenses avantages sociaux , qui seraient pour les chrétiens séparés une conséquence naturelle de leur réunion à l'Eglise de Rome.

Ce complet insuccès du saint-Siège, dont la véritable cause échoppe à bien des esprit, est constaté par des faits d'une évidence frappante. Aussi lorsqu'on examine ce qui a terminé pour l'Eglise de Home de pareils mécomptes , est-on forcément conduit à la conclusion suivante. D'un côté l'Eglise de Rome a toujours vivement désiré la stable réunion des deux Eglises; elle a fong-temps employé, pour parvenir à cette fin a tous les moyens en son pouvoir. D'un autre côté, le but qu'elle s'efforce d'atteindre est commandé taut par les préceptes de l'Evangile, que par les principes de toute morale; de plus ce but est incontestable nient ta v omble aux intérêts sociaux et politiques des peuples chrétiens qui en sont l'objet. Mais comme tout a complètement éehOOé jusqu'aujourd'hui, s'ensuit naturellement de deux choses l'une: Ou que les peuples soumis à la juridiction spirituelle de l'Eglise de Constantinople sont entièrement dépourvus d'intelligence et tellement stupid^s, qu'ils continueront à rester sourds a toutes les remontrances de la raison et insensibles à toutes les calamités sociales, qui ont pesé et qui pèsent encore sur eux: il n'y aurait alors qu'à les abandonner au découragement et qu'à renoncer tout à fait à l'espoir de voir s'opérer la réunion des deux Eglises. Ou bien it suit de ce qui précède, que les mesures et les moyens employés jusqu'ici pour éclairer et persuader à ces chrétiens une aussi évidente vérité f ont été , à cause de leur application, insuffisants à obtenir le but proposé (2). C'est pour cela qu'on aura vu manquer, contre toute attente, l'effet presque sûr de tant d'efforts , de tant de zèle , de tout de sacrifices. Dans cette dernière hypothèse, on accuse à tort de fanatisme ce peuple, et il serait par conséquent de toute nécessité d'examiner bien tous ces moyens et, guidé par les conjectures du passe, d'essayer un système plus propre et plus adapté aux circonstances, aux mœurs et au caractère naturel de ces peuples.

(a) H rat hit'ji enteiiJu que nnm ne parlons ici qu» j ilaprè !►• rai- Mjuoenimt humain, vins point ptéttndffl entrer dans le*» 4ftMttN delà ProwuVnce, supérieurs au* liions humaine*.

Il est bien connu , que les chrétiens du rite Oriental ne sont ni stupides, ni opiniâtres, ni privés de bon sens: mais qu'au contraire la nature les a doués d'une intelligence très-active, d'un raisonnement fort et d'un esprit très-pénétrant et très-juste. D'ailleurs la conduite, que ces peuples ont tenue depuis le commencement du XIX siècle, constate évidemment, comme nous l'avons déjà dit plus haut, qu'ils n'ont point été poussés par un fanatisme outré à persister dans cette désastreuse séparation avec l'Eglise de Rome, au mépris de tous leurs intérêts les plus précieux. Il serait beaucoup plus juste d'en conclure, que leur persistance n'est qu'un effet naturel de leur amour propre démesuré et de leur grand égoïsme naturel , offensés et blesses qu'ils étaient, à cause qu'on leur avait fait croire, qu'on voulait plutôt leur imposer que leur persuader cette réunion. Parmi tes preuves les plus frappantes de ce que nous avançons ici , on pourrait aussi citer les faits suivants:

t. La disposition bien prononcée que les chrétiens de ce rite habitant la Grèce et la Turquie, fatigués des abus énormes pratiqués par le haut Clergé de Constant inople au nom de la religion, avaient témoigné, comme nous l'avons déjà dit, pour les principes d*abord du Protestantisme et ensuite du Déisme.

2. La «lchnrriuatïon des chrétiens du rite Oriental habitant la Turquie, lesquels s'adressèrent au gouvernement Ottoman par des pétitions générales, pour accuser par devant les autorités Mahomëtancs les abus de leurs propres Evoques et demander que ces abus fussent redressés, ou que les Evéques fussent destitués.

3* Enfin la conduite des chrétiens de ce rite habitant le royaume de la Grèce dans l'occasion suivante. L'an 1850 le gouvernement Grec envoya à Constaatinople une députation poor établir des rapports eutre l'Eglise de Constantioople et celle d'Athènes. Le Patriarcat, ayant trompé les envoyés du gouvernement Grec, leur fit signer, au lieu d'une convention mutuelle, qu'ils étaient chargés de demander, un acte monstrueux d'émancipation et en même temps de dépendance de l'Eglise d'Athènes de celle de Constantinople (3). Au retour de ses envoyés, le gouvernement du Roi Othon, on ne sait pas pour quelle raison, voulait confirmer cet acte inqualifiable f quoique contraire à la

(3) Voyw fiiiviip Afijh préetté dr 1* Archimandrite Ph*rm*ridr«

Constitution du pays. Mais le peupla montra beaucoup de inêcontentement. Les doux chambres même de la Grèce non seulement le rejetèrent lorsqu'on le présenta & leur approbation , mais encore elles décrétèrent que l'Eglise d'Athènes, tout en conservant intacts les dogmes et les usages de l'Eglise Orientale, n'aurait dorénavant aucun rapport avec celle de Constantinople.

Si donc les chrétiens du rite Oriental ont pu, au pis aller, témoigner un penchant pour le Protestantisme, religion aussi opposée a leurs dogmes et à leurs pratiques; si, dans leur désespoir, ils ont été poussés à devenir quasi-athées en embrassant le Déisme, eux dont la piété est proverbiale; si les chrétiens du rite Oriental habitant la Turquie ont été forcés de réclamer et d'attendre la réforme de la conduite de leur Clergé d'un gouvernement qui professe L'Islamisme; si enfin les habitons de la Grèce ont été réduits par la mauvaise foi du Patriarcat à rompre leurs rapports avec PEgUtC de Constantïnople, eux qui tenaient tant à la conservation de ce lien d'unité; comment serait-il possible, que ces mêmes chrétiens ne se rendissent point à la raison et ne revinssent pas avec le plus grand plaisir à la réunion que leur propre Eglise proclama solennellement à Florence? Comment repu^ncraient-ils si obstinément à s'unir avec Borne, dont La croyance est celle des pères de ces chrétiens et la leur propre, m cvtte idée leur était présentée de manière à ne pas pouvoir être dénaturée par les intrigues d'un Clergé, qui ne trouve ses intérêts que dans la séparation ?

L'insuccès donc de l'Eglise de Rome ne provient point ni de l'opiniâtreté, ni du fanatisme, ni du manque d'intelligence des peuples du rite Orientale, Il est malheureusement l'effet des moyens qu'on a employés, et qui n'étaient pas tout a fait conformes aux principes de cette même Eglise de Rome, ainsi que le résultat d'autres fatales circonstances, comme nous l'avons prouvé dans différents endroits des trois Parties précédentes de cet ouvrage. Bailleurs on sait bien que les vrais motifs qui établirent surtout la dernière séparation , n'étaient dans le fond que des motifs purement politiques ou individuels et n'avaient que l'apparence des motifs religieux. Par conséquent l'Eglise de Rome, agissant par les moyens que nous venons de citer, devait naturellement échouer dans son but de ramener les chrétiens Orientaux a la réunion , existante de plein droit entre Les deux Eglise, depuis Tac te du Concile de Florence,

II résulte de tout ce que nous venons d'exposer, que la troisième objection, qui emploie pour argument l'impossibilité, ou du moins la grande difficulté du rétablissement de fait de l'union des deux Eglises,. à cause de l'insuccès de tous les efforts que Rome a faits jusqu'aujourd'hui, est également erronée. Examinons maintenant où sont et quels sont les véritables obstacles.

Page 1