‹ L'Église oriental;Chapitre 55 sur 67 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES VÉRITABLES OBSTACLES DU RÉTABLISSEMENT DE I/UMIOBf DE FAIT ENTRE LES DEUX ÉGLISES.

Ces obstacles peuvent se réduire proprement à cinq , qui sont: 1. V antipathie existante entre les chrétiens des deux rites — 2. Les opinions erronées que les Occidentaux ont toujours eu sur le caractère naturel des peuples d'Orient — 3. Le pouvoir temporel que les Sultans concédèrent au Clergé de Constantifioplc sur ses corréligionnaires sujets de la Turquie — 4. La négalion arbitraire de la part du Clergé de Constanlinople des dogmes de la Foi de F Eglise Orientale elle même — 5. La déviation de ce même Clergé des principes de toute administration Ecclésiastique et Communale.

Remontons à l'origine de chacun -de ces cinq obstacles pour examiner les différentes faces, que les circonstances politiques leur ont fait prendre successivement, afin de pouvoir apprécier justement la valeur de leur force actuejle.

1 . L'antipathie existante entre les chrétiens des deux rites.

Nous avons eu l'occasion de montrer dans différents endroits des Parties précédentes de cet ouvrage, combien après la chute de l'empire Byzantin le Clergé de Constantinoplc a su profiter des germes d'antipathie anciennement existante entre les Orientaux et les Occidentaux; qu'il les reveilla et les lit accroître, pour consolider par cette antipathie l'espèce de schisme, qu'il imposa frauduleusement et par force aux chrétiens sous sa juridiction. Nous avons vu comment ce Clergé, abusant de la consternation et du desespoir d'un peuple, dont la vive imagination avait été bouleversée par tant de revers, lui fit croire, que les Papes conspiraient contre son existence politique et que tous les

Occidentaux étaient ses ennemis mortels. Nous avons également fait observer, combien l'inexpérience des Missionnaires, malgré leur zèle pour la Foi, contribua aussi plus tard à accréditer parmi les. Orientaux l'idée perfidement répandue , que l'Eglise de Rome voulait détruire le rite Oriental, que ces chrétiens considéraient déjà à juste titre comme le seul foyer de leur existence politique. Enfin nous avons démontré, que ces chrétiens, opprimés, offensés et réduits ainsi à des opinions erronées contre l'Eglise de Rome et son Clergé, ne voulurent plus entendre parler d'aucun rapprochement avec elle et conçurent la haine la plus implacable contre leurs frères les chrétiens du rite Occidental.

Mais le Clergé de Constantinople n'aurait pu parvenir par ces seules intrigues à réveiller chez les chrétiens du rite Oriental le souvenir des anciennes rancunes, déjà presque oubliées; il n'aurait jamais pu exalter leur amour propre et les pousser à cette extrême haine contre les Occidentaux, si un principe, fondamental et positif, ne dominait constamment les destinées de cet infortuné pays d'Orient, et ne réglait, comme il règle encore jusqu'aujourd'hui , son état social et politique. Ce principe naquit de la faute impardonnable que Constantin le grand avait commise,^ en séparant la société Orientale de la famille Occidentale par la translation du trône Impérial de Rome à Constantinople !

L'Orient par sa position géographique devait servir comme un pont, par lequel la civilisation de l'Occident et la religion chrétienne, son ordre et son unité, auraient passé de l'Europe en Asie. Constantin 1er l'ayant séparé de la famille Européenne et ayant voulu attirer à Constantinople tous les pouvoirs politiques et religieux, interrompit le cours de la civilisation générale du monde, et provoqua, sans y penser, la division de l'EjJlise. En détachant le nouvel empire de son tronc politique et religieux, le livra à un marasme moral et prépara ainsi sa chute et tous les désordres qui désolèrent L'Eglise.

Cette grande vérité politique fut tellement reconnue de nos jours, qu'un des premiers efforts de la diplomatie actuelle des Puissances Chrétiennes , est de faire rentrer l'empire d'Orient dans la famille Européenne: quoiqu'on sache bien, qu'on ne saurait rattacher à une statue, avec la même facilité, le bras qu'on lui a coupé, et encore moins en employant les moyens violents à l'aide desquels on l'en a séparé.

Les anciennes jalousies nationales entre les Romains et les Grecs, que lu fusion spontanée de ceux-ci avec leurs vainqueurs avaient t étouffées et que les principes de la charité Kvangélique faisaient condamner à un entier oubli , a mesure que le christianisme se propageait, toutes ces rancunes devaient se réveillera cette occasion. En Orient surtout, ou toutes les différentes populations considèrent chacune sa religion comme symbole earaeh ristique de sa propre nationalité , ces rancunes devraient se développer avec beaucoup plus de ténacité, qu'elles n'eussent fait dans tout autre pays. Voilà pourquoi le Clei istantino-

pïe, profitant après la chute de l'empire Byzantin de l'ima tion bouleversée des chrétiens d'Orient, parvint à leur faire croire que les Occidentaux étaient Ta cause principale de tous leurs malheurs; qu'il fallait les considérer comme les ennemis de leur existence politique, leur vouer une haine implacal > s'éloigner d'eux autant que possible. Différentes malheureuses circonstances ont fatalement concouru a faire de cette haine et de cet eloîguement social et religieux un sentiment national , qui se transmît de génération en génération et se fortifia de plus en plus, a mesure que et peuple voyait que sa position sociale alla il chaque jour en empirant Eulin ce peuple devait naturellement Unir par considérer sa séparation religieuse et sociale des Occidentaux, eqnime le seul asyle de la conservation de sa nationalité et le seul espoir de sa renaissance politique, et fain* de celte antipathie contre eux le seul moyen de se préserver d'être englouti par une fusion quelconque. Des lors il était devenu naturellement impossible que les moyens, que l'Eglise pouvait employer, pussent faire cesser cette antipathie et arriver au grand œuvre de l'union, sans le concours des circonstances politiques, qui la firent naître.

2. Les opinions erronées que les Occidentaux ont toujours eues sur le caractère naturel des peuples de rOrintf.

Quant à ce second obstacle, c'était une conséquence naturelle de léloignement social, survenu entre les Orientaux et les Occidentaux* Ceux-ci considérant cette éloignement comme un fait accompli, auquel il n'y avait plus moyeu de remédiesont réduits à ne plus y penser. El est vrai que les maux qui en dérivaient, et dont toutes les populations chrétiennes (talent

les victimes, apparaissaient continuellement comme des spectres hideux, pour leur rappeler le motif principal de toutes leurs souffrances. Mais les Souverains aveuglés par l'ambition et fa vanité, et les peuples fascinés par leurs anciennes rancunes, persistaient à ne pas vouloir le reconnaître. Au contraire, tant les uns que les autres se livraient avec fureur a des disputes Ecclésiastiques, s'irnaginant voir dans des causes religieuses l'origine des désordres sociaux et espérant vider ainsi des querelles, qui au fond n'étaient que purement politiques. Enfin la chute de l'empire Byzantin et la domination des Turcs en Orient finirent par élever une barrière de séparation complète entre les deux pays. Lorsque plus tard les Occidentaux revinrent de la terreur panique, que l'invasion et les conquêtes des Turcs en Europe leur avaient inspirée-, les Puissances chrétiennes commencèrent à établir quelques relations politiques avec cette nouvelle dynastie. À mesure que ces relations augmentaient et que la décadence de l'empire Ottoman se faisait sentir, les Puissances chrétiennes, dans le but plutôt de se créer des droits qui faciliteraient leurs avantages matériels et individuels en Orient, que dans l'intérêt de ce pays, cherchèrent à connaître Tétai social de ses différentes populations chrétiennes. Mais c'est justement ce but égoïste, qui faisait agir les Puissances Occidentales, ainsi que leur longue ignorance sur tout ce qui s'était passé pendant plusieurs siècles parmi ces populations, qui devaient naturellement les entraîner dans ces recherches a des moyens impropres et vicieux* Aussi, au lieu de s'éclairer sur le véritable état social des populations Orientales, on s'inculqua les plus fausses idées sur Jeus caractère naturel, leurs mœurs, leurs besoins , leurs sentiments, leurs tendances, et même sur leur religion.

Effectivement les seuls moyens que les Puissances Occidentaies avaient, et pouvaient employer pour obtenir ces informations j liaient leurs agens diplomatiques près de la Porte Ottomane, les voyageurs Européens et les Missionnaires de l'Eglise Romaine. Quant aux agBOI diplomatiques , tant Ambassadeurs que Consuls (dans ïes temps passes) ils arrivaient presque tous en Orient, sans avoir des idées justes sur ce pays et sans connaître la langue, les mœurs, Je caractère naturel, les habitudes et la position sociale de ses différentes populations. Ils étaient donc obliges de tout faire et de tout voir par leurs intreprètes, qu'ils choisissaient parmi les chrétiens du rite Occidental domicilies tu

Turquie. Mais c'était justement cette fatale nécessité qui réduisait ceux qui «v aient besoin de ces interprètes aux erreurs les plus grdssièrcs et leur fnisail concevoir les opinions les plus fausses contre les chrétiens du rite Orienta!. Car ces Occidentaux d'Orient entraînes pur la haine implacable, enracinée dans ce pays entre les chrétiens de ces deux rites, calomniaient impitoyablement ceux du rite Oriental près des agens diplomati des Puissances Occidentales, de même que les chrétiens du rite Oriental calomniaient leurs adversaires du rite Occidental des autorités Turques, avec lesquelles ils étaient plus en relation qu'eux. Les voyageurs Européens n'étaient ni plus adroits, ni plus heureux dans leurs recherches, puisqu'ils les put aux mêmes sources, et quelques fois à ta sources beaucoup inférieures à celles des agens diplomatiques. Les ahsm niaiseries ridicules et le manque de bon sens qui caractérisent, à peu d'exceptions près, leurs ouvrages sur les mœurs, les habitudes, la religion, le caractère naturel et létat politique et social des peuples d'Orient, nous font supposer, quelle devrait être la valeur des connaissances, qu'ils communiquaient à leurs propres compatriotes sur les habitants de ce pays. Quant aux Missionnaires, la plupart d'entre eux, entraînés, malgré leur pour la Fol, par différents motifs et des préfQgés, s'efforçaient plutôt de convertir au rite Occidental les chrétiens du rite Oriental, que de les ramener à l'union. Ils s'étonnaient de la persistance de ces chrétiens a rester sourds a d'aussi él idrntcs tés et sans en approfondir les motifs, les qualifiaient d'opiniâtres stupides et de fanatiques exaltés.

Les cabinets des Puissances Occidentales, mal renst par toutes ces fausses informations, Unirent par se convaincre, que la domination Turque avait transformé cette population en une masse d'idiots, qui n'avaient conservé des qualités de l'homme que la parole et le mouvement!

Voila pourquoi les Puissances Occidentales se réveillèrent en sursaut, lorsque cette masse d'idiots éleva l'étendard de la révolution au nom de la religion et de ses droits politiques en 18JI: c'est à dire, au moment où les Puissances Européennes y pensaient le moins.

Les cabinets de ces Puissances se reposaient avec tant de conviction sur les fausses informations qu'Us avaient des ehretinis du rite Oriental habitant la Turquie, que même cette cir-

constance éclatante ne put leur désiller les yeux et les obliger à étudier sérieusement les antécédents de ce peuple , à reconnaître son caractère naturel et ses tendances invariables et à approfondir les véritables causes de son agitation, ainsi que leur origine, afin d'agir avec efficacité et succès, du moins dans cette circonstance aussi critique qu'inattendue. Au contraire , quelques uns des cabinets de ces Puissances crurent d'abord y voir des carbonati, qui travestis en Grecs révolutionnaires voulaient mettre le feu aux quatre coins de l'Europe! Revenus- plus tard de cette première impression , ils attribuèrent à la Russie toute Finstigation et l'origine de cette révolution (1).

Les opinions érronnées, que les cabinets d'Occident avaient sur l'Orient, se firent voir encore plus clairement, lorsque la Russie, l'Angleterre et la France crurent devoir intervenir dans la question Turco-Grecque , afin de la régler définitivement et d'établir parla sur des bases solides, et permanentes la pacification de l'Orient et l'équilibre Européen. Car ces Puissances ont procédé à cette œuvre gigantesque de manière, à faire tout le contraire de ce qu'elles désiraient faire* (2). En effet elles desorganisèrent complètement l'Orient et firent naître une foule de nouvelles complications , dont elles-mêmes ressentirent plus tard les funestes conséquences, et qui amenèrent forcément l'expkn sion de la guerre actuelle!

Après ces faits historiques et incontestables, on est réduit à conclure , que les opinions erronées des Puissances d'Occident sur les populations d'Orient seront toujours un des plus grands obstacles à la réunion de l'Eglise. Car le concours de la politique y étant indispensable, les Puissances chrétiennes comprennent bien elles mêmes , qu'elles doivent avoir une plus parfaite

(1) Le chef de la conspiration Grecque Rigas Benenstinly avait fondé en 1797 la société secrète dite « des amis » qui avait pour but l'affranchissement de tous les chrétiens de la dynastie Musulmane, sous les auspices de Napoléon 1er /comme il est constaté par la correspondance entre ce Souverain et Rigas et d'autres documents conservés jusqu'à nos jours. Après la mort 4e Rigas et la chute de Napoléon, la Russie s'en déclara la protectrice vers l'an 1815 seulement, par l'intervention du Comte Capodistria.

(2) Les diplomates môme, qui avaient pris part à cette affaire, avouèrent ensuite généreusement cette erreur, à laquelle ils avaient été entraînés par la complication des circonstances et la nouveauté de la question.

connaissance du caractère naturel et des tendances de ce peuple, pour bien comprendre les véritables bases, sur lesquelles la séparation actuelle l'appâte,

3, Le pouvoir temporel concédé par les Sultans au Clergé de (jtnslitntinnpk sur ses coreligionnaires sujets de la Turquie.

Nous avons déjà rapporté dans la seconde Partie de cet ouvrage, que Mahomet II avait ordonné à Génadius, Patriarche de Constantiuople , de lui faire un exposé des principes et du mode de l'administration de la religion chrétienne. Le but de cette demande du Sultan était, nous l'avons dit, déjuger par lui-même, si ces principes et cette administration n'étaient point contraires ù l'Islamisme et aux intérêts politiques de son propre gouvernement, si par conséquent le christianisme pouvait exister dans son nouvel empire, sans qu'il fût socialement incompatible avec la religion Musulmane, ou dangereux à l'Etat. Le Patriarche (ii natlius fit cet exposé avec grand ménagement et en passant sous silence tout ce qui pouvait réveiller les soupçons du Sultan contre les nombreux chrétiens de sou vaste empire. Nous avons également expliqué les motifs pour lesquels Génadius avait été forcé de recourir à cette sage mesure , par laquelle il préserva les chrétiens de cet empire d'une totale extermination*

Mahomet lï s'étant persuadé par l'exposé de Génadius, que le Christianisme pouvait exister dans ses états simultanément avec T Islamisme, et qu'il n'était pas dangereux aux intérêts de sa propre dynastie, en toléra l'existence dans tout l'empire Ottoman, Mais comment gouverner cet immense peuple chrétien, dont la langue , les mœurs, les institutions, les usages et la religion étaient complètement inconnus aux Turcs ? S'il était dans les principes de cette nation de faire comme les autres nations conquérantes , Mahomet II aurait sans doute eu recours à une fusion politique, il aurait adopté les institutions et les connaissauces des vaincus et aurait consolidé l'empire Ottoman sur des bases à jamais inébranlables. Mais le système des Turcs étant un système de guerriers parcourant la terre dans le seul but de faire des conquêtes sous le prestige et au nom de leur religion, et ne visant nullement a la formation d'une société stable, ils dédaignaient toute civilisation et toute fusion avec des peuples qui n'acceptaient pas l'Islamisme. La loi du Coran ne permettait

à ces peuples de vivre chrétiens dans les pays conquis par les Musulmans, qu'à condition de travailler pour eux. Ce système donc anti-social et purement militaire ne pouvait régler nullement le sort des nombreux chrétiens de cet empire autrement, que par une administration communale, ou par une espèce d'intendance, pareille à celle que les blancs emploient sur leurs esclaves noirs en Amérique.

Le système communal n'était point inconnu aux Musulmans et il eut été sans doute très-avantageux, tant pour le gouvernement des Sultans , que pour les chrétiens leurs sujets. Mais ce système devant être exercé sous l'inspection du gouvernement, lui aurait donné trop d'embarras et de plus il aurait exigé un règlement et la fondation de quelques droits. Ces deux conditions rendaient le système communal difficile à appliquer. Car d'un côté, les Sultans de cette époque étaient trop absorbés par leurs occupations militaires pour s'imposer de pareilles obligations; et de l'autre, l'Islamisme ne permettait pas la création d'une juridiction quelconque, autre que celle du Coran. Au contraire, le système d'une intendance, confiée aux soins du chef de la religion des Rayas (3) , était plus compatible avec les principes de l'Islamisme et délivrait en même temps le gouvernement du besoin de s'occuper des intérêts et des droits d'une population, que les Turcs d'alors ne croyaient- pouvoir leur servir à quelqu'autre chose, qu'à travailler pour eux. Voilà pourquoi Sultan Mahomet II remit tout le pouvoir temporel sur les chrétiens ses sujets au Patriarche Génadius et à ses successeurs, donna à ce chef de religion des chrétiens de son empire le titre de Milel-bachi (chef de nation) et le rendit maître absolu du sort de tous ses coreligionnaires et responsable de leur conduite, ainsi que de tous leurs devoirs et de toutes leurs obligations envers le gouvernement.

Une pareille disposition pouvait bien produire dans le commencement quelques soulagements, et même quelques avantages, à ces malheureux chrétiens, comme effectivement cela est arriyé. Mais elle devait tôt au tard dégénérer en une effroyable tyrannie, telle qu'est naturellement celle deç esclaves privilégiés et

(3) Les Turcs appellent Rayas tous leurs sujets qui ne professent pas la religion Musulmane.

M 18 )M administrateurs sur leurs administrés de la même race. Aussi , comme nous l'avons rapporté en plusieurs endroits, le Clergé de Constantinople déploya contre ces malheureuses victimes tous les moyens d'oppression, de vexation et de pillage, dont sont capables l'astuce, la conscience dépravée et la rapacité de l'esclave administrateur. Le Clergé de Constantinople devenu ainsi arbitre absolu des biens, de la conscience, des droits sociaux et indirectement de l'existence même de tons ses coreligionnaires d'Orient, continua a abuser de ce pouvoir temporel, non seulement pendant le temps de l'ancien régime, mais même après la destruction des Janissaires et encore après l'introduction de la. réforme en Turquie et jusqu'à ce moment. Par conséquent, tandis que les populations, qui naturellement devraient tirer plus d'avantages de ce nouvel état de choses, étaient sans doute les chrétiens du rite Oriental sujets de l'empire Ottoman , c'est justement le sort de ces chrétiens, qui, contre toute justice et contre le désir du gouvernement, fut horriblement aggravé par le Tinzimatl Car le Clergé de Constantinople, s'était encore emparé pour son propre compte de tous les avantages, que les nouvelles institutions procuraient aux chrétiens, comme nous lavons déjà rapporté. Nous avons également exposé dans différents endroits toutes les intrigues, toutes les machinations, auxquelles ce même Clergé eut recours en tout temps pour consolider une séparation définitive de l'Eglise de Rome, afin de conserver ee pouvoir temporel. Enfin c'est par ce même pouvoir temporel que ce Clergé tient enchaînées jusqu'aujourd'hui les consciences des chrétiens sous sa juridiction et les force de se courber en esclaves devant toutes les absurdités qu'il leur débite sur leur propre religion. C'est par là qu'il les oblige de respecter toutes les profanations, ïa Simonie ouverte dans l'administration des sacremeots et tous ses agiotages. C'est enfin à cause de ce pouvoir temporel que ces chrétiens n'osent pas même se plaindre librement de la déviation complète de ce Clergé apostat de tous les principes, de toutes les institutions de l'Eglise Catholique Orientale.

Or, comme la réunion de fait des deux Eglises doit faire perdre à ce Clergé ce pouvoir illégitime, souffrirait-Il jamais de s'en priver volontairement? Par conséquent ce pouvoir temporel du Clergé de Constantinople sur ses coreligionnaires doit être considéré, non seulement comme un mur de séparation entre le Souverain et ses propres sujets, mais encore comme no

des principaux obstacles au rétablissement de la réunion de fait des deux Eglises.

4. La négation arbitraire de la part du Clergé de ConstantinopU des dogmes de la Foi de V Eglise Orientale elle-même.

Dans la première Partie de cet ouvrage nous avons suffisamment constaté la parfaite identité des dogmes de l'Eglise Orientale avec ceux de l'Eglise Universelle. Les définitions et les explications bien claires que les Athanase, les Cyrille, les Basile, les Grégoire, les Chrysostôme et tous les autres Pères de cette glorieuse Eglise avaient données sur les dogmes de la Foi, nous ont servi de preuves irrécusables de cette incontestable vérité. Nous avons également démontré avec la plus grande évidence, que ces dogmes, tels que ces illustres Pères les avaient définis et tels que l'Eglise de Rome les professe jusqu'aujourd'hui , continuent jusqu'à ce même moment à être attestés comme les dogmes de la Foi de l'Eglise Orientale. .Toutes les liturgies, tous les offices, tous les saints cantiques, que cette Eglise chante solennellement jusqu'aujourd'hui , toutes les prières qu'elle récite, toutes les fonctions religieuses qu'elle exerce publiquement, constatent évidemment cette identité.

Nous avons également prouvé que le peuple aussi conserve jusqu'aujourd'hui invariables toutes ses pratiques religieuses, telles que l'Eglise Catholique Orientale les a dès les anciens temps établies et (pie le Concile Oecuménique de Florence les avait consacrées. Nous avons aussi observé, que le Clergé de Constantinople n'a pas osé altérer ces pratiques , ni porter aucune atteinte formelle aux dogmes. 11 les laissa exister, tant les uns que les autres, tels qu'ils étaient. Son arrogance le porta à se contenter d'une négation impudente des dogmes de sa propre Eglise et de mépriser les remontrances, que les expressions de cette même Eglise, ainsi que ses pratiques religieuses, lui présentent à tout moment, comme pour lui reprocher son impie apostasie. Aussi on voit jusqu'aujourd'hui dans l'Eglise Orientale le plus frappant paradoxe. Pendant que cette Eglise chante solennellement la suprématie du Pape sur toute l'Eglise, la procession du saint-Esprit du Père et du Fils, et la présence des Saints devant Dieu avant le dernier jugement, le Clergé de Constantinople nie tous ces dogmes de sa propre Eglise. Egalement pendant que l'Eglise

Orientale lit des messes, fait des prières, commande des offrandes et des aumônes pour le soulagement et le repos des âmes des morts, et que ce même Clergé donne tous les jours au peu* pie, et avec la plus grande profusion, des indulgences écrites pour la rémission des péchés des morts , la délivrance de leurs souffrances et leur transport au Paradis, et exerce lui-même et impose au peuple toutes ces pratiques , de l'autre côté ce Clergé défend au peuple de croire à l'existence du Purgatoire.

Il y a donc trois éléments, pour ainsi dire, à distinguer dans l'Eglise Orientale: ses institutions, le peuple et le Clergé. Examinons l'état et la différence qui existe actuellement entre ces trois éléments.

Quant à ses institutions, l'Eglise Orientale ne fut jamais, et ne pouvait être, autre chose, qu'une des communautés de l'Eglise Catholique, ayant les mêmes dogmes et les mêmes traditions qu'elle, et n'ayant de spécial, que la variation des coutumes tolérées par l'Eglise Universelle, c'est à dire, la différence des rites. Sous cette considération l'Eglise Orientale resta toujours Orthodoxe , comme il a été solennellement prouvé par l'acte d'union du Concile Oecuménique de Florence. Mais le Clergé de Constantinople ayant profité des revers extérieurs de cette Eglise, l'assaillit au moment de ses justes terreurs pour ses propres enfans, l'asservit sous son joug, la détacha frauduleusement et au mépris de tous les droits divins de l'union de l'Eglise Universelle, et en fit une esclave gémissante dans ses fers honteux. Cette infortunée Eglise Orientale, jadis si glorieuse, fait retentir partout ses douloureuses lamentations 1 Mais l'Eglise Mère, sa naturelle protectrice, ne peut pas voler à son secours, malgré tous les efforts qu'elle fait et la profonde douleur qu'elle en ressent. La politique de la Puissance, sous la protection de laquelle ce Clergé apostat s'était réfugié, reste comme un mur d'airain entre l'Eglise de Borne et celle de l'Orient: car la Turquie, contre ses propres intérêts, et même contre son propre désir, protège l'apostasie de ce Clergé, ce crime barbare, qui a tant de fois entraîné cette même Puissance à deux doigts de sa perte!

Le peuple, cet enfant égaré de cette Eglise eh désolation, tombé dans la même captivité que sa Mère, exténué par les vexations, étourdi et déconcerté, finit par ne pas pouvoir presque faire usage de sa raison. Mais quand même il l'aurait pu, ses

raisonnements ne lui auraient servi à rien. Ses tyrans tiennent sa conscience enchaînée par Tépouvantail terrible de leur pouvoir temporel et lui imposent forcément r^veugle obéissance à tontes leurs impies absurdités. Malgré pourtant sa position d'esclave des volontés de ses maîtres, ce peuple suit, tant qu'il peut, les pratiques religieuses de son Eglise et conserve la plus profonde vénération du moins pour celles de ses anciennes institutions, dont on n'a pas pu lui faire perdre le souvenir.

Mais quant au Clergé c'est bien différent: ayant, comme nous l'avons vu, profité des circonstances politiques pour asservir l'Eglise Orientale et le peuple de ce rite, il consolida son odieuse tyrannie par une apostasie ouverte, que lui seul suit spontanément. Cependant comme cette apostasie n'est soutenue que par la négation des dogmes et des institutions de sa propre Eglise, elle doit naturellement cesser, aussitôt que cette Eglise sera rétablie dans ses droits légitimes et son état normal. Mais comme aussi le Clergé ne se déciderait jamais à abandonner volontairement son odieuse tyrannie, il s'ensuit que cette circonstance devient également un des principaux obstacles de la réunion des deux Eglises.

5. La déviation de ce même Clergé des principes de toute administration Ecclésiastique et Communale.

Le Clergé de Constantinople ayant subjugué l'Eglise Orientale et le peuple de ce rite, gouverna l'un et l'autre en tyran absolu. Il érigea, comme nous l'avons vu, en principes de son système la Simonie, la démoralisation, la licence, l'ignorance, l'effronterie, le mensonge, la rapacité et la calomnie. Il employa toute sorte de vexations contre les chrétiens. Il dépouilla les Monastères, les Hôpitaux , les Ecoles et tous les établissements communaux. Il vendit tous les sacrements de l'Eglise et mit aux enchères toutes ses charges. Il devint alternativement Janissaire, banquier, usurier, conspirateur, incendiaire, ou espion des Puissances étrangères. Enfin ce Clergé passa par toutes les infamies pour conserver sa proie et consolider sa tyrannie sur l'infortunée Eglise Orientale et les malheureux chrétiens de ce rite.

Or, comme naturellement toutes ces horreurs doivent disparaître aussitôt que cette Eglise sera ramenée à son état primitif, la déviation du Clergé de Constantinople des principes de

tout système légal d'administration Ecclésiastique et Communale, forme actuellement un des plus sérieux obstacles au rétablissement de l'union de l'Eglise.

Dans les chapitres suivants nous tâcherons d'exposer les seuls moyens praticables pour surmonter tous ces obstacles et parvenir au grand but de la réunion de l'Eglise, conformément aux préceptes de notre religion , et aux intérêts des populations de l'Orient, du gouvernement Ottoman et de toutes les Puissances chrétiennes.

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