‹ L'Église oriental;Chapitre 8 sur 67 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

I TÊLXMCX9AVX YA1TS QUI F1UBCÉSÈ&EBT LES mFFÉ&BMTS ICKIfMES EBTlfi L'ÉCURIE DWUBHT UT CELLE D'OCCIDENT.

Les passions Ignobles et les intérêts matériels , qui introduisirent la discorde dans l'Eglise du Christ dès Fan 483, et en consommèrent la séparation définitive en 1054, doivent leur naissance à la translation du trône impérial de Rome à Constantinople.

Dès les premiers jours de la fondation de ce nouvel empire (Tan 330), l'Evêque de Byzance, de simple Evéque qu'il était dans Tordre hiérarchique de l'Eglise, ayant acquis par sa position locale un accès très facile et une influence toute naturelle à la cour du nouvel Empire , était devenu un intermédiaire officieux , et bientôt un négociateur obligé entre l'Empereur et les autres Evoques, entre l'Orient et l'Occident, entre le Pape lui même et le Souverain.

L'Evêque de Byzance était donc réellement dans cette ville comme un Ministre des affaires ecclésiastiques très influent. Cet ascendant sur une cour imbue de tous les vices et de toute la dépravation morale de la métropole dont elle était sortie, ne pouvait que prendre très vite d'immenses proportions. Aussi l'Etat même commença bientôt à s'en ressentir. Telle est la raison pour la quelle peu après on ne conférait plus la place d'Evéque de Constantinople , qu'à un membre de la famille impériale , ou à des personnes qu'on croyait être entièrement dévouées au gouvernement.

Mais ce Ministre si haut placé et si puissant, devait, à cause de son rang ecclésiastique de simple Evéque, céder le pas dans

les cérémonies publiques à tous les Exarques , Métropolitains et Archevêques. Cet abaissement extérieur de l'Evêque de lïyzance, si incompatible avec sa grandeur réelle, ne pouvait pas naturellement lui être supportable. Enivré par sa haute position , Il raisonna comme tous ceux que les faveurs subites de la fortune finissent par aveugler, et il conclut naturellement, que ie premier Evêque dans l'Empire, devait être aussi le premier dans l'Eglise. Dès lors aucune machination , aucune intrigue, aucun moyen ne fut épargné. Ces malheureux Prélats, pour parvenir à cette banale gloriole, n'hésitèrent point à lui sacrifier volontairement et leur conscience, comme ministres de Dieu, et leur honneur, comme membres de la société. La vanité des Empereurs de Byzancè, qui voyaient dans le faste de l'Eglise de Constantinople on agrandissement de leur propre gloire , se combinait parfaitement avec l'ambition démesurée des Evéques: aussi favorisaientils toutes leurs démarches et prenaient-ils part , quelque foi» même ouvertement, à tous leurs projets, à toutes leurs usurpalions* Voilà pourquoi, dès l'an 181 , le Concile général de Constantinople, convoque du temps de l'Empereur Théodose Je grand, conféra à Néctarîus , Evèque de Byzauce ■ la primauté d'honneur après FEvcquc de Home, parce que, dit le troisième canon de ce Concile, Cm* tan (inapte est ia nouvelle Rome (1)**

La raison par la quelle le Concile motiva la concession de cette primauté à l'Evêque de Constantinople, c'est a dire « parce que Constantinnple est la nouvelle Rome « plutôt que cette primauté en elle-même , attaqua dès lors mortellement la base de la suprématie de TEvéque de Rome : car elle donna motif do mettre en avant et de contester ensuite, que cette suprématie ne provenait point du droit divin, que saint Pierre transféra à ses successeurs, maïs bien du privilège, que Rome devait autre fois avoir, comme capitale de l'Empire: et que, par conséquent ce privilège pouvait et devait même , après la translation du trône Impérial de Home à Constantinople > être également transféré à l'Evoque de la nouvelle capitale.

(I) „ To* ^t* roi KwïoravTivouiroXiàîç 'Emtntotro* l^**y ta vçtvfitXa. „ T*>pj». ,, (Canon lll du Concile général de Con*tanlinopïe tcon en 3Si).

C'est donc ce canon, qui atteste sj clairement la suprématie de i'Evéque de Rome sur toute l'Elise, lequef , détourné sophistlquement par le Clergé de Constantinople, devait servir comme pierre fondamentale de la malheureuse muraille, qui devait iufailliblement tôt ou tard séparer les deux Eglises, Dés lors , de deux choses Tune: ou l'Eglise de Constantinople devait s'élever an dessus de celle de Rome, ou elle devait s'en séparer définitivement pour se déclarer indépendante et maîtresse de toutes les autres*

Dès cette époque les Evéques de Constantinople prirent le titre de Patriarche t et ne négligèrent aucune circonstance pour développer et étendre le sens très élastique de ce troisième canon du Concile géuéral de Constantinople, si funeste aux prérogatives des Papes* Aussi > vingt ans après ce Concile, Attieus, Patriarche de Constautiuopie, provoqua deux lois de l'Empereur Théodose le jeune, qui lui attribuaient les droits d'une juridiction suprême en Orient, au détriment des privilèges de tous les Evéques de ces pays , et des prérogatives des Papes» La première de ces deux lois défendait « d'élire désormais aucun Eréque en Asie, sans Cagrément et t autorité du Patriarche de tlonstantinople • la seconde ordonnait « qu'aucune affaire de Flltyrie ne fut terminée, sans en donner préalablement connaissance à F Eréque de la ville de Constantinople , qui se glorifie des prMlèqes de f 'ancienne Borne » tandis que ces diocèses d'Illyrie dépendaient du Vicariat de Thessalonique, qui relevait directement du siège de Home.

Le Concile de Calcédoine, convoqué et présidé dans plusieurs de ses séances par l'Empereur Marcien, finit par achever l'usurpation que celui de Constantinople avait commencée à établir. Ce Concile tenu en 461 , composé de 630 Pères, Orientaux et Occidentaux , et fort de la présence des Légats du Pape st-Léon , Institua par ses canons IX et X VH , que * tout différend entre un Evcque ou un Clerc et son Métropolitain peut être appelé par le siège de la ville Impériale de Constantinople (2).»

(î) rt Eî $i irçdf tov nïç aJrrçç "En-ag^/aç Urjt^oifùktTn* 'EffiVxo- * K9Ç , ff KAi?gU2£ cifJLfta-firiTQiri , XaToAayxfjatVÉrw 17 toit l^aç^ov Tr]; AïO*m xytriuç , -q rit ritç Ba<r*X*tW<n?ç KsûvaTavTiyouwokmç SçoW, xai tar* m ewVw fiijt»ÇfV9«. „ (Canon IX du Concile générât de Calcédoine),

n ri»f Âjqj miïvivi f î? rç# KiiiXTTavttvounoKtwi SfoW £jxa£iffÔ^ t xaS' a wfouçvirau „ (id«m Canon XVII.)

Mais cet accroissement dVi pouvoir des Evoques de Constantinople, confirma par les décrets d'un Concile aussi nombreux, et sanctionué par les signatures des Légats du Pape , n'a point suffi à l'ambition démesurée des Patriarches de Constantinople. Ainsi parvint-on à y ajouter le XXVIII Canon de ce même Concile, qui porta le grand coup à l'origine de la suprématie de Rome , et qui est conçu en ces termes « Suimnt en tout les décrets des saints Pères, et reconnaissant le canon des 150 Evéques du Concile tenu dans la ville royale de Constantinople, la nouvelle Rome, lequel canon vient d'être lu. Nous aussi, étant, de la même opinion, nous décrétons et accordons également les mêmes privilèges à la très sainte Eglise de Constantinople, la nouvelle Rome: car les Pères ont accordé avec raison au siège de l'ancienne Rome les privilèges dont elle jouit , parce qu'elle était la ville régnante. Par le même motif les 150 Pères ont jugé que la nouvelle Rome; qui a l'honneur de posséder maintenant le siégé de F Empire et celui du Sénat, doit avoir les mêmes avantages dans F ordre ecclésiastique et être la seconde après Rome. En sorte que les Métropolitains des Diocèses du Pont, de la Thrace et de F Asie seulement, et les Evéques des diocèses établis chez les barbares , seront ordonnés par le siège de Constantinople sur le rapport qui lui sera fait des élections canoniques (3).»

(3) „ ITayra^où tgÎç ruv uyluv Tiare çuv gçoiç iTTOfxtvoi, xai tov açriiwç „ avayvu 0*3 f'vTâc xavo'va ruv exardv ^rsvnjxovra GsoÇiXfcrarvy 'EjrKrxoxrw, n ruv awctjfînTW i?ri toù rrjç tCtTifioûç fAVtyAiK fJtsyâXou SfocW/oif, TQÙ „ yivo/Acvou BaciXiuç h rn BaciX/Si KwxrTavTivoujroXtwç v*'a 'Pw/xij, yy«- „ çi'Çovtiç Ta aoTct xa» 17/xsfÇ, ofi£o/jt«y ri xaî \f/>jip^o/xsSa irtpi r«y ttçë- „ er|3f/wv TT7Ç dyiararviç 'ExxXqcr/aç ryç aàrviç Kuvaravrii/QUir'JXsuç vs'aç „ e P«/x*îÇ. Kai yag ru 3ço'y« t^ç vçtafiun'çatç 'Pw/xtjç Sta ro ^aciXsuitv n rr,¥ jto'Xjv ixEiv^v, 01 irartçiç tïxoruç aVoStSwxao-» rà xpB<r£&îa' xai rù n aurù gxottv xfyou'f/fyo» oï exarôv irivriîxovra GsoÇiXdaTaroi 'EjtiVxoîtoi , „ ra 7ca trps<F$t 1% âVevsi/jiay t« r^ç >ta$ *P«/aik àyiurctru Sçovw, ct/Xoyuç „ xgf'yayrf;, -njy fSaciXs/a xaî SuyxXijVw npjSsîo'ay ffo'Xjy, xai T«y *o*ftnr „ cMroXat/ovaay irpso-pauv rrj Kpt<j$\jriç* PacntiSi e P«fW», xa» f'y toÏç „ 'ExxXrjo'jaa'rjXGi; «ç t xu'vijy /xf«yaXuv*(r3ai rrçdyfjixcri , $it/r/gay /x«t* „ fxf/yijy tiroiçxovcaY. Kai «art touç IIovTiXqf , xai njç 'Acnaviî?, xaî M t^ç Ofaxtx^ Aioixi}V£tf( MigrfojroA/raf /xo'yot/ç, Iti 8« xa* rotïç l'y tij s* PoçjSaçix^ 'Emffxorotrç r£y irçodi^i/AiW Atotxtjcriwy , ;giigoToyfîV3ai tfjro

Ce canon constitue donc à Constantinople un Ëvêque ayant les mêmes droits de juridiction en Orient, que le Pape avait jusqu'alors sur toute l'Eglise, et qu'à cette époque il lui fait borner seulement en Occident. Mais ce qui est pire , c'est qu'il consacre en même temps le principe funeste que « Rome avait la supré* malie sur toute F Eglise, à cause qu'elle était la ville régnante et le séjour de F Empereur.» Car c'est de ce canon qu'on devait tirer tôt ou tard la conclusion, très logique d'ailleurs, que puisque Constantinople est à présent la ville régnante et le séjour de l'Empereur, c'est à elle qu'appartient dorénavant le droit de suprématie universelle sur toute l'Eglise.

Le Pape St. Léon cria de toutes ses forces contre cette insolente usurpation des droits de l'Eglise de Rome. Il réfusa même de confirmer ce canon , malgré les instantes sollicitations de l'Empereur Marcien et de son épouse Pulchérie la pieuse, le rapport des Pères du Concile, et toutes les intrigues d'Anatolius, Patriarche de Constantinople-, fortement soutenu en cela par tout le Clergé d'Orient. Le Pape après plusieurs autres remontrances, finit par leur écrire positivement, que « la présence de F Empereur peut faire un séjour royal, mais elle ne peut pas faire un siège Apostolique: Us choses divines ne se réglant point sur les dispositions des choses humaines. » Le Pape St. Léon a aussi menacé d'excommunier le Patriarche Anatolius, pour avoir osé impiéter sur les droits du siège de Rome. Mais l'Empereur le protégeât , se mit entre lui et le Pape , et Anatolius parvint à se justifier , en écrivant au Pape « quant à ce qui a été réglé dans le Concile général de Calcédoine en faveur de FEglise de Constantinople, que Votre Sainteté soit assurée qu'il n'y a pas de ma faute; et qu'au contraire j'aimai toujours à me tenir dans un état humble, à cause du repos et de la

„ tod «rçdf tçvjxtvov âyibirârou $fovot> ttqç xurà Kuv<rtavuvouiroXiv dyiu- „ rdrqç 'ExxXTjcïaç* faXatiio ixdvTOU MqrgoiroX/rot/ twv ffpoffgijftf'vuy Aioi- „ xiiceuv perd twv rijç 'Etraç^/aç 'Evio-xojtûjv pc«jçotovo£vtoç, roùç t^ç „ 'Eirctçyiaç 'Evioxotrovç , xaSuç rolç Seiotç xavoVi BiyyôçtUTai' %ëi(>Q- „ Toyêtcbou Si , xaSvç iïçyrxi , roùç M^rgOToA/raç tùv n^osi^o^Jvtct Aïoi- „ xy<Ttaay vapà toû Kuv<TT<*vTiVQVirâ\tuç 'Ag^t sjna-xoVou , \|/»?Çi<rfxaT«v on/x- „ fwvên xarà to f 9oç yivofjLtvuv , xai i ir' aCrôv ava<p«ço/x«v«v. „ ( Canon XXVIII dn Concile général de Calcédoine).

paix } que j'ai ehéri dès mon jeune âge : c'est le vénérable Clergé de Constant inapte qui a conçu le projet d'élévation, en quai il a été unanimement seconde par les très religieux Pontifes de nos contrées. Mais la confirmation de ce gui a été fait appartient à Votre Sainteté, et rien ne peut avoire force sans son autorité (4),»

Le Pape saint-Léon se contenta de cette justification d'Anatoïius , tonte captieuse et hypocrite qu'elle était: car celui-ci voulait faire croire, que le contenu de ce XXVIII canon n'était pas seulement sou propre désir, mais bien la volonté unanime de tout ïe Clergé d'Orient

Plus tard Acacius , Patriarche de Constant! nople , mit eo ligueur ce vingt huitième canon du Concile de Calcédoine: mais, ne puu vaut plus compter sur une approbation de Borne 9 il 1s fit confirmer pur une loi impériale (5).

À cette même époque Acacias soumit formellement à sa suprématie les Patriarches d'Alexandrie , d'Antioche et de Jérusalem , ainsi que les Métropolitains de TAsie, et les gouverna à son tiré. Ce Prélat marcha à grands pas vers le but ambitieux de ses prédécesseurs et sut profiter plus que tout autre de la vanité des Empereurs de Constantînople, et surtout de l'impru* dence de l'Empereur Zenon , qui favorisait toutes ses démarches (6). Ainsi Acacius, armé du pouvoir temporel, brava impudemment toutes les règles de l'Eglise: il nomma Patriarche d'Anttoche Etienne le jeune, et muni d'un ordre Impérial, donna au nouvel élu l'ordination, qui appartenait de droit aux Evoques du Patriarcat d'Antioche, Le Pape, tout en se plaignant de l'irrégularité de cette ordination, Ja confirme, à condition qu'on n'en tirerait pas des conséquences pour l'avenir (7). Nonobstant cette condition, Acacius à la mort d'Etienne fait encore pire: il ordonne le nommé Calendion, Patriarche d'Antioche, sans même consulter les Evéques de ce Patriarcat. Le Pape s'en plaint de nouveau , lorsqu'on lui en demande la eon-

(4) Opéra SI. Won Tom. IL pag. DIS.

(;>) Baron, an 472. N. 2 et 3.

(o) Evagrina. Liv. ICI. chap. 4« — le principal motif do cette grande faveur était *|u A< ihïiis avoil fait chasser du trône l'Empereur Basiliaque, ri fil monter de non veau sur li* Mu de Constantînople l'Empereur Zenon.

(7) Epiât SimpHciâ ad Zùion* Lahb Tuni. IV. pag. I03i.

firmatjon , mais cédant à la force des circonstances , il accepte les excuses qu'il a plu à Acactus de Lui donner, et confirme encore cette irréguliére ordination (8).

Plusieurs autres pareilles circonstances , que l'histoire de T Eglise nous a conservées, mais que nous ne pouvons rapporter, vu les bornes étroites de cet ouvrage, constatent évidemment que les Patriarches de Constantinople, aidés par tes Empereurs, et basés sus des canons qu'eux-mêmes provoquaient de toutes les manières, s'étaient constitués chefs indépendants de toutes les Eglises d'Orient , laissant les Papes chefs de celles d'Occident, Il est vrai qu'ils n'osaient pas encore prononcer ouvertement cette usurpation, mais elle existait réellement et se faisait voir en toute circonstance. Quelques fois même, à défaut des canons, les Patriarches faisaient confirmer leurs empiétements sur les droits du Saînt-Siége par des ïois émanées des Empereurs, qui ayant la vanité de croire que l'agrandissement du pouvoir Ecclésiastique des Evéques de le capitale augmentait la splendeur de leur propre gloire , se prêtaient aveuglement à toutes ces intrigues du Clergé Byzantin. Toute fois ces astucieux Prélats continuaient toujours à attribuer la suprématie à l'Eglise de Rome, en attendant l'occasion favorable de s'emparer complètement de la primauté sur toutes les Eglises Chrétiennes.

Les Papes avaient bien compris , dès le premier Concile général de Constantinople, toute retendue du but ambitieux des Evéques de Byzanee, et faisaient tous leurs efforts pour arrêter tes empiétements et les usurpations de ces Evéques. Mais les Papes agissaient, avec beaucoup de précaution et de modération. D'un coté ils avaient peur d'irriter les Empereurs, dont ils connaissaient la conduite arbitraire, et de l'autre ils craignaient de perdre, à cause de ta faiblesse de leur influence en Orient, toute suprématie, même honorifique ^ sur ce pays par une séparation formelle et définitive ; car 1 ambition démesurée des Patriarches de Constantinople indiquait suffisamment , qu'ils étaient capables de recourir même à ce dernier expédient.

Jtiu Effet ad ActcftH pfcg, lUTl.

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