STE ES
At
lement pour les fils du siècle,
PE
ce monde ; le vrai chrétien n'obéit donc qu'à la loi de Dieu écrite dans son cœur, Ils en arrivent ainsi au rudicalisme politique.
Il y a, de ce côté, tout un travail d'initiation à faire chez nos doukhoborstes par nos amis les politiciens bleus ou rouges, A l'heure actuelle, on leur refuse le droit de voter, mais il faut prévoir le jour où ce privilège leur sera octroyé. Le parti qui, d'ici à cette date, aura persuadé à ces braves moujiks qu'il est celui des vrais chrétiens, par opposition à l’autre, qui est celui du siècle, ce parti, dis-je, sera assuré d’avoir leurs suffrages. Quelque rude que naraisse cette tâche, elle ue dépasse pas les étonnantes facultés de nos cabaleurs,
En attendant, les doukhoborstes s'en tiendront à leur radicalisme social, Comme les quakers et les moraves, ils ont une grande répugnance pour le serment et la guerre. Ils ne veulent pas payer l'impôt, sous prétexte que les chrétiens spirituels n’appartiennent pas à César mais à Dieu, Beaucoup d'entre eux, pour cela, ont été knoutés et déportés par Nicolas I, d’autres enfermés dans des asiles, [ls furent alors obligés de se plier à la loi commune et d'en arriver à des compromis, En théorie cependant, ils continuent à nier les droits de l'empereur et du pouvoir civil.
Ils ont des espérances millénaires ; ils attendent, comme Tolstoï, le règne universel de la justice et de l'égalité, En 1812, ils envoyèrent une députation à Napoléon I, lui demandant s’il n'était pas le libérateur annoncé, Elle fut interceptée par les cosaques,
Ces sectes ont donné le jour à quelques exaltés communistes comme Popof, en 1825, qui mourut exilé en Sibérie, et Grégorovief, sous Alexandre II. Mais les phalanstères de ces deux illuminés n’ont jamais eu qu'une existence éphémère,
La charité est en grand honneur chez les doukhoborstes et
les molokanes. Ils ne souffrent pas de pauvres parmi eux, et c'est par des motifs de charité véritable qu'ils viennent au secours des indigents, En revanche, ils n’admettent pas de distinction de classes, de grades ou de titres, et ils poussent cette idée d'égalité jusqu’à des exagérations absurdes, Chez les doukhoborstes, on prône l'égalité absolue des sexes et des âges ; plus de distinction entre le père, la mère et les enfants. On appelle simplement le père : Slarick, le vieu ; la mère : Starouhka, la vieille, Les femmes boivent et fument comme les hommes, par principe d'égalité,
La troisième secte, les Stundistes, issue du contact des anabaptistes allemands établis: aux environ d'Odessa, se
appui. Le moujik, si avisé en toutes choses, reste naïf en religion et en politique. Il accueille tout, faux prophète, faux tsar, faux Christ, etc. Aussi le code prohibe-t-il très sévère. ment les faux prophètes et les faux miracles,
Il est évident que le gouvernement russe ne peut voir toutes ces hérésies que d'un très mauvais œil. Plusieurs sont franchement socialistes ; toutes s'attaquent à l'orthodoxie et l’affaiblissent en la divisant, Or celle-ci et l'Etat sont trop
intimement unis, trop mutuellement solidaires, pour que le pouvoir suprême ne vienne pas au secours de l'Eglise, En Russie, le gouvernement a la main rude, les hérésies s'en sont souvent aperçu, On ne leur a pas ménagé l'exil, la prison, le bûcher, la torture. Mais on ne cherchait pas tant à convertir les cœurs qu’à sauver les apparences, On ne se souciait pas de guérir le mal dans sa racine, il suffisait d’en masquer le progrès, En fin de compte, mieux eût valu un fanatisme moins accommodant, D’autres Eglises ont brûlé autrefois, c'était l'argument du temps ; aucune autre n'a remplacé le bûcher par le bakchich, L'autodafé espagnol était plus bar. bare, la vziatka russe, plus répugnante,
Ces mesures de répression n'ont jamais réussi comme on l'espérait. Après de longues persécutions, on a enfin décidé de laisser aux sectes une demi-liberté. Mais on s'en est tenu à des demi-mesures et la législation est restée fort incohé. rente, Il y a surtout une marge immense où la cupidité, la vénalité, la canaillerie de l'administration (du tchinovisme) et du bas clergé peuvent se donner libre carrière, “ La loi, dit un proverbe russe, est une corde mal tendue ; les grands passent par-dessus, les petits par-dessus.”
Voilà l'explication de la facilité avec laquelle les autorités russes ont laissé partir les doukhoborstes. Ilen sera de même des molokanes, si tant est qu'ils doivent nous arriver à leur tour, comme l’annonçait dernièrement la Gazette de Montréal. Le départ de quelques milliers de sujets passera à peu près inaperçu, grâce aux nombreux millions qui peuplent cet immense empire, De plus, son sol aura été purgé d’une hérésie et son Eglise officielle, raffermie d'autant, n'aura plus qu’à s'occuper des autres, et certes, il lui en reste encore assez,
Et nous, que ferons-nous de ces orthodoxes hérétiques ? Îs sont robustes, et, s'ils le veulent, ils feront d'excellents colons. Mais ils sont russes, et, à ce titre, il est à redouter
VOns-nous espérer qu'ils se fondront Plus tard dans ce qu'on appelle quelquefois Je 8rand tout de Ja nation cana. dienne ? Tout d'abord, ce &rand tout me Paraît encore à faire, et, si jamais il se réalise, je ne me figure pas que des races
En attendant, et Pour nous Tassurer dans Ja Mesure du sible, Tappelons-nous que ces doukhoborstes sont de braveg
Pourri &vant d'être mûr, a-t.on dit, Prématurément môûri d'un côté ? Oui, avec un assemblage troublant d'instincts Sauvages et d'aspirations idéales, de luxe intellectuel et de profondes misères morales,
“ Immense réservoir d'énergies Physiques et Morales, continue le même écrivain, décou vert soudain entre la vieille Europe, fatiguée de vivre, et la vieille Asie, lasse de n'avoir
Peut-être. Fontaine de Jouvence ? Peut-être encore. Penchées sur l’un et l’autre bord, les foules regardent anxieuses, scrutant les profondeurs, jetant la sonde.”
Nous ne croyons pas que, de tous les peuples de l'univers, il yen ait un qui, à l'heure présente, suive avec autant d'anxiété que le peuple anglais, le mouvement troublant de cite sonde fantastique,
Comme conclusion finale de cette trop longue étude, permettez-moi d'ajouter que nous, canadiens-français et catholiques, nous devons remercier sincèrement la divine Providence qui nous a fait naître dans une Eglise vivante ; une Eglire qui agit et qui travaille efficacement ‘ la sanctification de ses membres, en mettant en honneur i. s efforts personnels ; une Eglise dont les pasteurs se sacrifient généreusement, sans calculer avec les profits qu'ils peuvent espérer de leur abnégation ; une Eglise enfin dont le chef suprême fait l’admiration de l'univers et dont la parole infaillible, se faisant entendre bien haut, au-dessus des chicanes où se débattent les misères de la politique et de l'ambition, proclame solenvellement au monde la vérité qui ne change pas, indique à ses enfants la voie à suivre, sans tenir compte autrement de la grandeur ou de l'étroitesse de la puissance civile,
Pour ce suprême bienfait, qui s'apprécie surtout quand on examine la triste situation de ceux qui en sont privés, sachons trouver dans notre cœur une parole, un cri de reconnaissance, et jurons une fidélité sans défaillance à notre divin Chef, et à son représentant, persuadés que, seul, il est vraiment la voie, la vérité et la vie.