Voy. p
2. Eusèbe, H. E.,\iv. V, ch. v. — TertuUieu, AScapula, iv; Apologie, v.
enfin, aux incantations d'un magicien égyptien K Quelle qu'ait pu être, du reste, l'infidélité de certains membres de l'Église, l'Église elle-même a donné, par la voix de ses docteurs les plus autorisés, une réponse parfaitement nette à la question qui nous occupe. Même Tertullien trouve la vocation militaire incompatible avec la foi chrétienne. Et, de fait, le service dans les armées impériales ne pouvait pas, pour deux raisons principales, s'allier avec la profession fidèle du christianisme. La première était la prestation du serment militaire et l'obligation qui en résultait d'assister, ou même de participer à des actes d'idolâtrie; la seconde, que le service militaire est en contradiction directe avec les commandements précis de Christ et l'esprit de l'Évangile tout entier. Sur ces deux objections, Tertullien est explicite : « Vous me demandez, écrit-il, si un croyant peut devenir soldat, ou si un simple soldat ou un officier subalterne, qui ne sont pas tenus de prendre part aux sacrifices et aux exécutions capitales, peuvent être admis à la profession de la foi. Je réponds qu'il ne peut y avoir d'union entre le service des hommes et le service de Dieu, entre l'étendard de Christ et l'étendard du Diable, entre le camp de lumière
et le camp des ténèbres Comment un soldat com-
battra-t-il sans glaive? Or, le Seigneur le lui a enlevé.
1. Un des récits de cet événement attribue à Tempereur, élevant les mains vers Jupiter, les paroles suivantes : « J'élève vers toi cette main qui n'a jamais versé le sang. » Il y avait des peintures qui le représentaient dans l'attitude de la prière, tandis que les soldats recevaient la pluie dans leurs casques. Il existe encore une médaille sur laquelle on voit Jupiter lançant la foudre sur les barbares renversés à terre. Néander, I, 159-162. Les expressions de Tertullien dans l'un des passages cités dans le texte, peuvent laisser quelque doute sur la question de savoir s'ils étaient ou non chrétiens : christianorum forte militum precationibus. Apol.y v.
En désarmant Pierre, il a désarmé tous les soldats \ » Il revient sur ce sujet dans son traité de la Couronne. « Cherchons, dit-il, si le service militaire est licite pour un chrétien. Mais à quoi bon discuter les cas particuliers, quand le fondement même est illicite? Peuton mettre un service humain quelconque au-dessus du service qu'on doit à Dieu? Peut-on avoir un autre maître que Christ? peut-on renoncer à son père, à sa mère, à ses plus proches, que la Loi nous commande d'honorer et d'aimer le plus après Dieu lui-même? Peut-il être licite d'être un homme d'épée, après que le Seigneur a déclaré que celui qui prend Fépée périra par elle? Celui auquel la paix est . recommandée au point de ne pas recourir aux tribunaux, pourrait-il prendre part à une bataille?.... Mais si, lorsque la foi entre dans le cœur d'un homme, il est déjà soldat, la situation est
différente Et pourtant, si un tel homme est devenu
un croyant, s'il a fait une profession publique de sa foi, il se verra obligé, ou bien, comme l'ont été beaucoup, d'abandonner de suite l'armée, ou bien de recourir à une quantité de sophismes pour éviter d'offenser Dieu; ou enfin de se résoudre à accepter pour Christ le même sort que les chrétiens non soldats sont prêts à accepter ^ » Dans ce même traité il raconte l'histoire d'un chrétien qui avait refusé, non pas d'entrer dans l'armée, mais
\. Matth.,XXVI, 52; Jean, XVIII, 36; 11 Cor., X, 4; De l'idolâtrie, xix.
2. Ch. XI. Tertullien, lorsqu'il écrivait ce traité, était déjà montaniste. Or, plus que personne dans l'Église, les montanistes étaient stricts observateurs des préceptes de l'Évangile sur ce point. Dans son ApoL, écrit antérieur à son accession au montanisme, il dit : Nous prions
pour le salut des empereurs pour la valeur de leurs troupes (ch. xxx).
Mais, dans son traité de la Patience, écrit également, à ce qu'on croit, avant qu'il ne fût montaniste, Tertullien dit (ch. vn) que c'est l'alTaire des païens de prendre du service dans les camps.
de porter la couronne de laurier donnée aux vainqueurs. On faisait, au nom de Fempereur S des largesses aux soldats. Chacun d'eux devait s'avancer couronné de laurier. Parmi les soldats chrétiens (et il y en avait un certain nombre), un seul, plus ferme que les autres et ne comprenant pas, comme ils paraissaient le faire, qu'on pût servir deux maîtres, s'avance noblement la tête découverte et la couronne de laurier à la main. « Aussitôt, on le remarque; de loin, on se moque; de près on grince des dents contre lui. Entendant le bruit, le tribun s'informe, tandis que le soldat quitte déjà les rangs. Il l'arrête : « Pourquoi cette différence? lui demande-t-il. — Je ne puis être comme les
autres. — Et pourquoi? — Je suis chrétien «La cause
examinée et les votes recueillis, on le déclare coupable. Il sera déféré aux préfets. Aussitôt le soldat dépose son lourd vêtement, ôte ses chaussures de soldat, donne son épée et laisse échapper de ses mains la couronne de laurier Conduit en prison, il y attend maintenant la blanche couronne du martyre On condamne
sa conduite. On lui reproche son opiniâtreté, son manque de réflexion; on l'accuse d'être impatient de mourir, car, dit-on, en refusant de céder sur un simple détail de vêtement, il va compromettre ceux qui portent le nom de chrétiens. Et pourtant, au milieu de tant d'autres soldats chrétiens comme lui, lui seul s'est montré brave, lui seul s'est montré chrétien. Mais on murmure, parce que cette paix si douce et dont on jouit depuis si longtemps est mise en danger! ^ »
1. Sévère et l'un de ses fils, sinon les deux. Il s'associa Garacalla en 190, et Géta en 208.