‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 162 sur 324 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

TERTULLIEN ET CLÉMENT d'aLEXANDRIE

Vers l'an 220, l'Église d'Afrique perdait Tertullien, son illustre docteur. Nous avons peu de détails sur sa vie. Fils d'un centurion, et né à Carthage, il avait reçu une éducation libérale et n'était devenu chrétien que dans la force de l'âge, vers l'an 185. Il devenait presbytre en 192 et montaniste en 199. On a dit avec raison de l'Église d'Afrique, dont les origines sont inconnues, qu'elle se montre tout à coup, dans les ouvrages de Tertullien, déjà bien constituée et pleine de vie. Le caractère personnel et les écrits de notre docteur firent beaucoup pour lui donner, dans la république des Églises chrétiennes, la haute influence dont elle jouit alors.

Néander a tracé de Tertullien le sympathique portrait suivant : « Tertullien était un homme à l'esprit ardent, aux sentiments profonds, au cœur chaud. A ce qu'il aimait, il donnait son âme entière et toutes ses forces, repoussant avec énergie tout ce qui l'en aurait détourné. Il avait une science étendue, une grande profondeur de pensée, mais manquait de logique et de

modération. 11 était dominé par une imagination impétueuse, ardente, et d'une sensibilité extrême. Aussi, son naturel à la fois fougueux et positif, doublé de son éducation d'avocat, Fentrainèrent-ils souvent, surtout en matière de controverse, à des exagérations de rhétoricien... Le christianisme devint Tàme de sa vie, le point de départ de toutes ses pensées; grâce à lui, un monde entièrement nouveau et plein de richesses se développa dans son cœur. Mais il fallut que le christianisme pénétrât et épurât tout d'abord cette nature emportée, audacieuse et encore rude : ce fut du vin nouveau dans un vieux vaisseau. Tertullien manquait souvent des termes nécessaires pour exprimer ses pensées. Son esprit débordant ne trouvait pas de formes adéquates. Il dut créer un langage nouveau pour ces nouveaux besoins spirituels, et cela sans avoir reçu une vraie éducation philologique, avec le rude latin africain comme point de départ, et au milieu d'un courant de pensées et de sentiments qui entraînaient son ardente nature. Du temps de Tertullien, l'esprit théologique de l'Église de l'Afrique septentrionale était en voie de formation. Il le resta jusqu'au moment où, avec Augustin, il acquit sur toute l'Église d'Occident la plus grande influence possible ^ » M. de Pressensé caractérise Tertullien d'une manière non moins remarquable. « Il ne cherche pas dans le paganisme, dit-il, comme Justin ou Clément d'Alexandrie, les traces d'une préparation au christianisme. Il prend la cognée de Jean-Baptiste et la met à la racine de l'arbre, avec la ferme intention de le couper et de le brûler tout entier.... La secte montaniste devait imman-

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