‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 163 sur 324 · Church Histonj, II · texte numérisé non relu

Church Histonj, II

l'église primitive 247 quablement gagner Tertullien à sa piété exaltée. La sévérité implacable de sa discipline, le mélange d'un réalisme coloré des teintes les plus chaudes de Timagination orientale et d'un esprit d'indépendance qui ne savait jamais fléchir; ces traits divers, auxquels on reconnaissait le montanisme, répondaient trop bien aux aspirations de Tertullien pour qu'il ne devînt pas l'un de ses apôtres; il l'eût inventé, s'il n'eût pas existé K »

Si nombreuses qu'aient été nos citations de Tertullien, nous demandons la permission d'en donner encore deux.

La première est comme un hymne sur les merveilles de la création. Tertullien veut illustrer la foi des chrétiens en la résurrection.

« Mais jette maintenant les yeux, dit-il, sur ces exemples que nous avons de la puissance de Dieu : le jour meurt au moment que la nuit commence, et les ténèbres qui l'enveloppent de toutes parts sont comme son tombeau : toute cette beauté du monde se revêt de deuil, l'univers n'a point de substance qui ne soit comme un vêtement lugubre, une funèbre langueur est répandue sur toutes choses, le silence et le sommeil régnent partout, et partout les affaires cessent et sont sans action. Ainsi l'on déplore la perte de la lumière, et toutefois elle revient tout entière éclairer cet univers; elle répand la vie avec tous ses ornements et toutes ses grâces, accompagnée de ses astres et de son soleil ; elle donne la mort à la nuit, qui est sa mort; elle franchit l'épaisseur des ténèbres, qui est son sépulcre ; elle se succède

1. De Pressensé, Hist. des trois premiers siècles de l'Église chrétienne, 2e série, I, 438, 447 (Ed. 1861).

à soi-même, jusqu'à ce que la nuit revienne avec son appareil : alors les étoiles, dont les rayons avaient été éteints par les flambeaux du matin, se rallument; les astres, qui semblaient n'être plus, et qui ne s'étaient retirés que pour un temps, paraissent de nouveau à nos yeux; ces miroirs du corps de la lune, dans le lustre inégal qu'elle parcourt tous les mois, se représentent avec ce qu'ils ont de splendeur et de clarté ; on sent le retour des hivers et des étés, des printemps et des automnes, et, par une continuelle vicissitude, l'on éprouve la vertu des productions différentes et des diverses propriétés de ces saisons. C'est encore le propre de la terre, par la fécondité qu'elle reçoit du ciel, que les arbres, après avoir été dépouillés de leurs richesses, se parent de nouveaux trésors; que les fleurs reprennent leurs couleurs si belles et si agréables; que les jardins poussent de nouveau et reproduisent leurs herbes; que les mêmes semences qui ont été consumées dans le sein de cette mère féconde se relèvent, et qu'elles ne se relèvent qu'après avoir été consumées. Secret merveilleux de la Providence! la terre nous prive de nos biens pour nous les conserver; elle nous les ôte pour nous les rendre. Quand elle les prend, elle ne fait que nous les garder; elle les consume pour nous les restituer tout entiers, et elle les consume d'abord pour nous en faire ensuite des présents plus riches et plus magnifiques ^ »

Très souvent, Tertullien fait appel au témoignage inconscient que l'humanité rend à l'existence de Dieu, à l'étincelle divine cachée dans l'àme naturellement

1. De la résurrection de la chair, chap. xii, traduction de J.-F. Nourrisson, Les Pères de V Eglise latine, II, 390.

chrétienne. Mieux que personne il en pouvait parler, lui dont la vie s'était écoulée pour moitié dans les ténèbres du paganisme.

(c Ce que nous adorons, dit-il quelque part \ est un seul Dieu, qui, par sa parole, par sa sagesse et sa toutepuissance, a tiré du néant le monde avec les éléments, les corps et les esprits, pour être l'ornement de sa

grandeur Dieu est invisible, quoiqu'il se montre

partout; impalpable, quoique sa grâce nous trace son image; incompréhensible, quoique la raison humaine le connaisse. C'est ce qui prouve à la fois son existence et sa grandeur; car ce qu'on peut voir à la manière ordinaire, ce qu'on peut toucher et comprendre, est moindre que les yeux qui voient, que les mains qui touchent, que la raison qui comprend. Mais ce qui est immense ne peut être parfaitement connu que de soimême. Rien ne donne une idée de Dieu plus magnifique que l'impossibilité de le concevoir : son infinie perfection le découvre et le cache tout à la fois aux hommes. Voilà pourquoi ils sont inexcusables de ne pas reconnaître celui qu'ils ne sauraient ignorer.

« Voulez-vous que nous prouvions Texistence de Dieu par ses ouvrages, par ceux qui nous environnent, qui nous conservent, qui nous réjouissent, qui nous effrayent? par le témoignage même de l'àme, qui malgré la prison du corps, malgré les préjugés et la mauvaise éducation, malgré la tyrannie des passions, l'esclavage des faux dieux, lorsqu'elle se réveille comme de l'ivresse ou d'un profond sommeil, lorsqu'elle recouvre pour ainsi dire la santé, invoque Dieu sous le seul nom qui

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