Eusèbe, liv. VI, chap. xli, xlii
lité ; il fallait, pour ranimer notre foi chancelante ou plutôt endormie, un sévère jugement de Dieu. Oubliant ce que les fidèles avaient fait du temps des Apôtres et ce qu'ils devraient toujours faire, chacun cherchait à augmenter sa fortune et s y appliquait avec une insatiable cupidité. D'habiles fraudes étaient employées pour tromper les simples, et les frères étaient circonvenus par des moyens détournés. On contractait des mariages mixtes, on jurait avec précipitation, et, ce qui est encore pire, on jurait faussement. Les fidèles médisaient les uns des autres avec des langues empoisonnées; on se
querellait, on se haïssait Les prêtres, les ministres
n'avaient ni pieux dévouement, ni saine doctrine, ni charité, ni discipline. Plusieurs évêques, foulant aux pieds les devoirs de leur charge, abandonnaient leur siège épiscopal et leur troupeau et allaient, errant par les provinces, trafiquer pour s'enrichir, tandis que les frères mouraient de faim dans leur Église ils thésaurisaient, ne reculant, pour accroître leur fortune, ni devant les fraudes, ni devant l'usure. » On devine sans peine que de tels hommes devaient résister bien mal à la persécution. C'est aussi ce qui arriva. « Plusieurs, continue Cyprien, furent vaincus avant de combattre, renversés avant de lutter. Il y en eut même qui ne voulurent pas laisser supposer qu'ils sacrifiaient à regret. De leur plein gré, ils coururent au Forum; ils se hâtèrent comme s'ils trouvaient enfin l'occasion, longtemps désirée, de renier Christ... Et pour que rien ne manquât à cette accumulation de crimes, on vit des
1. 11 serait possible que le commerce dont il est ici question eût pour raison d'être, non l'amour du gain, mais le désir légitime d'augmenter les ressources fournies par l'Église. Ro)3ertson, I, 161.
parents conduire par force ou par persuasion leurs enfants à l'autel des sacrifices »
Il ne faudrait pas croire que les Églises d'Alexandrie et de Garthage seules fussent ainsi dégénérées. Rome avait été jusqu'alors spécialement épargnée par la persécution. Elle ne semble pas en avoir subi de générale du règne de . Néron à celui de Décius ^ Aussi n'était-elle pas mieux préparée qu'une autre à cette terrible épreuve. Son clergé écrit à Gyprien des lettres lamentables. « Le monde presque entier, dit-il, est dévasté, et les ruines des frères tombés couvrent partout le sol ^ »
Mais si à Garthage comme à Alexandrie le nombre des apostats et des timides fut considérable, il s'y rencontra aussi de brillants exemples du pouvoir de la foi. « Des foules, écrit Gyprien, ont contemplé avec admiration le combat divin, la lutte pour Ghrist. Les victimes ont montré plus de fermeté que les bourreaux, et les membres battus et déchirés ont été plus forts que les crochets qui les tordaient et les déchiraient. Les verges ont eu beau frapper et frapper avec fureur, elles n'ont pu vaincre une invincible foi, même lorsqu'elles n'atteignaient plus que les membres déchirés des patients. Oh! qu'elle a du prix aux yeux de l'Éternel la mort de ceux qui l'aiment! * »
Parmi les confesseurs, nous nommerons Numidicus.