‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 179 sur 324 · Ep. LY, § IV · texte numérisé non relu

Ep. LY, § IV

du désert qui lui sert de refuge. Celui qui a Christ pour son compagnon ne peut pas être seul. Qu'an brigand, •qu'une bête fauve l'attaquent; que la faim, la soif, le froid le tourmentent. Christ est là et il tient compte de la conduite du chrétien enrôlé sous sa bannière. »

Durant la peste, de frappants contrastes se manifestèrent entre les deux religions opposées. Tout d'abord, ei bien que les chrétiens ne fu-ssent en aucune mesure à l'abri, le mal sévit avec une bien plus grande violence chez les païens. Il est probable que c'était un résultat de la peur, si propre à favoriser le développement des épidémies. Puis il y eut la différence des soins. Denys, évêque d'Alexandrie, nous dépeint d'une manière pittoresque le dévouement dont les chrétiens firent preuve les uns envers les autres. « Sans inquiétude pour euxmêmes, dit-il, les chrétiens visitaient et soignaient assidûment les malades. Y avait-il des morts? ils les relevaient avec leurs mains, les appuyaient sur leur sein, leur fermaient les yeux et la bouche, puis, les couchant décemment, ils allaient les ensevelir... Bientôt après, le mal les atteignait eux-mêmes ; joyeusement ils se préparaient à suivre ceux qui les avaient devancés, et recevaient de leurs frères, en attendant, les mêmes services qu'ils avaient rendus à d'autres. Chez les païens, la situation était inverse. On négligeait ceux que la maladie attaquait, on abandonnait même les amis les plus intimes , et les malheureux patients étaient jetés à la rue pour y mourir, sans espoir d^être ensevelis. » Et tel était l'état de la ville d'Alexandrie pendant cette affreuse crise, que Denys s'écrie : « Quand donc cet air corrompu par de pernicieuses exhalaisons retrouverat-il la pureté? Il s'élève de tels miasmes de la terre, la

mer nous envoie de si pestilentielles brises, les rivières des exhalaisons si repoussantes, et des ports montent de si horribles vapeurs, qu'on pourrait supposer que les gaz impurs qui s'exhalent des cadavres, qui pourrissent partout dans le -sol, nous servent de rosée ^ »

Le contraste au point de vue moral fut encore plus frappant à Garthage, car les chrétiens ne se bornèrent pas à venir en aide aux membres de l'Église. La peste, avec une régularité terrible, envahissait maison après maison, surtout dans les quartiers les plus pauvres. Ceux qui n'étaient pas atteints s'endurcissaient dans leur égoïsme; on voyait même des misérables piller les maisons des mourants! Et alors, tandis que la multitude insulte les chrétiens et les accuse d'avoir, par leur impiété, provoqué cette terrible calamité, Gyprien convoque et réunit son troupeau et l'exhorte à assister tous les malades, indifféremment, et à ne pas se borner aux seuls chrétiens. « Si, dit-il, nous ne faisons de bien qu'à nos frères, nous ne faisons rien de plus qu'un publicain et qu'un païen. Le temps est venu de triompher de nos concitoyens par la charité. » D'après ses indications, la ville est divisée par quartiers, les riches fournissent des fonds, les pauvres leur travail ; on ensevelit tous les corps qui empestent l'atmosphère; enfin, les malades, chrétiens et païens, sont soignés aux frais et par les soins de l'Église de Ghrist ^.

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