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genre, les moins scrupuleux des coupables ne voulaient entendre parler d'aucun délai, d'aucune épreuve. Cyprien avait d'abord pensé à refuser absolument toute réintégration dans l'Église dans de telles conditions. Plus tard, son cœur paternel fléchit, et il en vint à laisser aux lapsi l'espoir de rentrer dans l'Église S lorsque des jours plus calmes permettraient d'examiner leur situation avec plus de soin. Malgré ces concessions, beaucoup blâmèrent Cyprien pour sa sévérité envers les lapsi et son manque de vénération pour les confesseurs. Gela alla même si loin, que, dans quelques villes de la province, la foule excitée s'en prit aux presbytres et les força, en les intimidant, à accorder ces demandes. Il y eut un confesseur, nommé Lucien, dont la conduite provoqua des ennuis tout particuliers à Cyprien. Cet homme donnait, au nom du martyr Paul, et même après sa mort, des certificats à tous ceux qui se présentaient. Il alla jusqu'à se permettre d'écrire, au nom des confesseurs, une lettre insolente à Cyprien, dans laquelle
1. Déjà du temps de Tertullien, on recourait à de pareils moyens. \\ s'indigne à la seule idée que des péchés puissent être pardonnés par égard pour les martyrs. « Aussitôt, dit-il, que quelqu'un subit le moindre emprisonnement pour sa foi, on ie voit entouré de criminels de toute sorte; les impurs l'obsèdent de leurs prières et de leurs larmes. Du reste, supposez voire martyr la tête sur le billot, supposez-le les membres étendus sur la croix; supposez-le attaché au poteau, au moment où on lâche le lion, ou sur un bûcher déjà enflammé; en un mot, supposez-le en possession de la couronne du martyre... Même alors, qui donc peut permettre à l'homme de pardonner les péchés, alors que Dieu seul peut le faire? Des péchés que les apôtres, autant que je puis le savoir, quoique martyrs eux mêmes, n'ont pas jugé pardonnables? Paul avait déjà combattu contre les bêtes à Ephèse, lorsqu'il condamna l'incestueux de Corinthe (I, Cor., V, 5; XV, 32). Que le martyr se contente donc de penser que ses propres péchés lui sont pardonnés. C'est faire preuve d'ingratitude ou d'orgueil que de prodiguer pour d'autres ce qu'on a obtenu à un prix si élevé. Et qui donc, sinon le Fils de Dieu seul, a racheté quelqu'un par sa mort ? Et comment l'huile de ta chétive lampe suffirait-elle pour toi et pour moi? » De la modestie, XXII.
il rinfoimait que les confesseurs avaient réconcilié à l'Église tous ceux dont la conduite leur avait paru satisfaisante depuis leur chute ^
La période de calme qui suivit la mort de Décius fut très courte. Sous le règne de Gallus (251-253), une peste terrible, compliquée, dans certaines provinces, de sécheresse et de famine, ravagea l'empire. Dans l'espérance d'obtenir des dieux la fm de cette calamité nationale, l'empereur, par un édit, prescrivit à tous les citoyens de leur offrir des sacrifices. Le grand nombre de ceux qui s'abstinrent de participer à ces solennités ne manqua pas d'attirer l'attention et d'exciter contre les chrétiens la fureur populaire. Les évêques de la métropole, en s'abstenant sous les yeux mêmes de l'empereur, devaient être exposés les premiers à un inévitable châtiment. Ils le furent en effet. L'évêque Corneille, qui avait, au risque de sa vie, accepté l'épiscopat sous le règne de Décius, fut d'abord exilé, puis mis à mort; et Lucius, qui n'avait pas craint de lui succéder, ne tarda à être exilé, puis mis à mort comme lui \
Durant cette nouvelle épreuve, Gyprien n'oublia pas d'adresser de pieuses consolations aux chrétiens fugitifs. « Que personne, mes chers frères, dit-il dans une de ses lettres ^ ne se laisse ébranler parce qu'il ne voit plus la congrégation rassemblée, parce qu'il n'entend plus l'évêque prêcher. Celui qui, par la rigueur des temps, est séparé pour un moment de l'Église, l'est de corps, non d'esprit. Qu'il ne soit donc pas rempli de terreur à cause de cette fuite ou épouvanté par la solitude
1. Néancler, Church. Hist., I, 315-319. — Gyprien, Ep. XIV, XXII.