‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 18 sur 324 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DOMITIEN ET NÉRON l' APOTRE JEAN

l'éPITRE de clément de ROME ET LA LETTRE A DIOGNÈTE

Nous ne connaissons aucune persécution des chrétiens durant les règnes de Vespasien et de Titus (69-81). Il n'en est point ainsi sous celui de Domitien (81-96), bien que l'hostilité manifestée par lui contre les chrétiens semble provenir de son caractère jaloux et cruel, plutôt que d'une volonté arrêtée et systématique d'étouffer la religion nouvelle. Plusieurs chrétiens furent mis à mort, et parmi eux Flavius Glemens, propre neveu de l'empereur. Domitilla, femme de Flavius et parente de Domitien, fut bannie ainsi que beaucoup d'autres. Enfin, c'est à cette époque qu'on s'accorde généralement à placer l'exil de l'apôtre Jean à Pathmos \

Craignant une révolte des Juifs, si l'un des descendants de leurs rois en prenait la direction, le tyran ordonna de rechercher tous les membres de la famille

1. Eusèbe, H.-E., liv. III, ch. xviii. La question de la date de l'exil de Jean est examinée par Néander, Hist. de Rétablissement et de la direction de l'Eglise chrétienne par les apôtres, et par Farrar, Early Days -o/" Christianity.

de David K Ayant appris par ses espions que deux petits-fils de Jude — le frère du Seigneur — vivaient encore, il les fit comparaître devant lui, et leur demanda s'ils étaient réellement de la famille de David. Sur leur réponse affirmative, il s'enquit de leur position de fortune. Nous n'avons point d'argent, répondirentils, mais nous possédons en commun un champ de 39 arpents; nous le cultivons et il nous fournit les moyens de vivre et de payer les impôts. En parlant ainsi ils montrèrent à l'empereur leurs mains durcies par le travail. Enfin, Domitien leur demanda de quelle nature était le ro3^aume de Christ et dans quel temps et quel lieu il apparaîtrait. Les petits-fils de Jude répondirent que ce Royaume ne devait être ni temporel, ni terrestre, mais angélique et céleste ; qu'il serait réalisé à la fin du monde, lorsque Christ reviendrait, entouré de gloire, pour juger les vivants et les morts et rendre à chacun selon ses œuvres. A l'ouïe de ces paroles Domitien les renvoya avec mépris et fit cesser la persécution ^

L'empereur Nerva (96), son successeur, ne se montra pas moins juste et moins clément pour les chrétiens que pour le reste de ses sujets. Ceux qui avaient été bannis furent rappelés et rentrèrent en possession de leurs biens. 11 ordonna de ne plus recevoir le témoignage des esclaves contre leurs maîtres ; bien plus, tous les esclaves et tous les affranchis, qui dénonceraient leurs maîtres devenus chrétiens, devaient être mis à mort. Toutefois, comme le christianisme n'était pas une religion reconnue

1. Vespasien éprouvait les mêmes craintes. Eusèbe, liv. IV, ch. xn.

2. Hégésippe, Mémoires sur le temps des apôtres (fragments). Cf. Eusèbe^ 1. III, ch. XX.

{licita), ce répit ne pouvait être et ne fut que temporaire ^.

A cette époque, tous les apôtres étaient morts, à l'exception de Jean, qu'on suppose avoir vécu jusqu'au règne de Trajan et n'être mort qu'en Fan 99, à Ephèse. Deux anecdotes touchantes, se rapportant à la fin de sa vie, mais reposant sur des témoignages plus ou moins suffisants, nous ont été transmises par l'antiquité. La première est racontée par Clément d'Alexandrie, qui écrivait un siècle environ après la mort de l'Apôtre. La voici ^ S. Jean, après son retour de Pathmos à Éphèse, visita les églises de l'Asie Mineure pour corriger les abus qui pouvaient s'y être glissés, et pour donner de saints pasteurs à celles qui n'en avaient point. Etant dans une ville voisine d'Éphèse (Smyrne?), il fit un discours et remarqua parmi ses auditeurs un jeune homme d'une figure intéressante. Il le présenta à l'évêque en lui disant : « Je vous confie ce jeune homme en présence de Jésus-Christ et de cette assemblée. » L'évêque promit de s'en charger et d'en prendre le plus grand soin. L'apôtre le lui recommanda de nouveau et retourna à Éphèse. L'évêque logea le jeune homme dans sa maison, l'instruisit et le forma à la pratique des vertus chrétiennes, après quoi il lui administra le baptême... Croyant n'avoir plus rien à craindre de sa part, il veilla sur lui avec moins d'exactitude et finit par le laisser maître de ses actions. De jeunes débauchés, qui s'en aperçurent, le gagnèrent insensiblement, et le firent

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