‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 19 sur 324 · Néander, Hist. EccL, I · texte numérisé non relu

Néander, Hist. EccL, I

2. Clément d'A., Quel est le liche qui peut être sauvé? Cf. Guillon, op. cit., p. 73 ss.

entrer dans leur société. Bientôt le jeune homme oublia les maximes du christianisme et, à force d'accumuler crimes sur crimes, il étouffa tout remords. Il en vint jusqu'à se faire chef de voleurs et se montra le plus déterminé comme le plus cruel de la bande. Quelque temps après, saint Jean eut l'occasion d'aller dans la même ville. Lorsqu'il eut terminé les affaires qui l'y appelaient, il dit à l'évêque : « Rendez-moi le dépôt que Jésus-Christ et moi vous avons confié en présence de votre Église. » L'évêque étonné ne savait ce que signifiait cette demande; il s'imaginait que Fapôtre parlait d'un dépôt d'argent. Celui-ci s'expliquant, lui dit qu'il lui redemandait l'àme de son frère qu'il lui avait confiée. Alors l'évêque lui répondit en soupirant et les yeux baignés de larmes : Hélas ! il est mort. — De quel genre de mort? — Il est mort à Dieu, répliqua l'évêque, il s'est fait voleur; et, au lieu d'être à l'Église avec nous, il s'est établi sur une montagne où il vit avec des hommes aussi méchants que lui. » A ce discours, l'apôtre déchira ses vêtements ; puis poussant un profond soupir, il dit avec larmes : « 0 quel gardien j'ai choisi pour veiller sur l'âme de mon frère! » Il demande un cheval avec un guide et se rend à la montagne. Arrêté par les sentinelles des voleurs, il ne cherche pas à fuir ou à obtenir la vie sauve : « C'est pour cela, s'écrie-t-il, que je suis venu ! Conduisez-moi à vôtre chef. » Celui-ci le voyant venir prend ses armes pour le recevoir; mais quand il reconnaît l'apôtre, pénétré de crainte et de confusion, il se met à fuir. L'apôtre oublie son grand âge et sa faiblesse ; il court après lui en criant : « Mon fils, pourquoi fuyez- vous ainsi votre père? c'est un vieillard sans armes dont vous n'avez rien à craindre. Mon fils,

ayez pitié de moi ! Vous pouvez vous repentir ; votre salut n'est pas désespéré; je répondrai pour vous à Jésus- €hrist; je suis prêt à donner ma vie pour vous, comme Jésus-Christ a donné la sienne pour tous les hommes... Arrêtez; croyez-moi, je suis envoyé par Jésus-Christ. » A ces mots le jeune homme s'arrête, jette ses armes tout tremblant et fond en larmes. Il embrasse l'apôtre xomme un père tendre et lui demande pardon; mais il cache sa main droite qui avait été souillée de tant de crimes. L'apôtre tombe à ses pieds, baise sa main droite, qu'il tenait cachée, l'assure que Dieu lui pardonnera ses péchés et le ramène à l'Église... Il ne le quitte qu'après l'avoir réconcilié avec elle.

Le second trait repose sur un témoignage encore plus éloigné du temps où vivait l'apôtre, celui de Jérôme, qui écrivait au iv^ siècle \ Lorsque l'âge eut rendu saint Jean incapable de se rendre aux assemblées de l'Eglise, il prit le parti de s'y faire porter par ses disciples. Arrivé là, il répétait toujours les mêmes paroles, et rappelant à ses auditeurs le commandement qu'il avait reçu du Seigneur lui-môme, comme résumant tout le reste et formant le caractère distinctif du chrétien : Mes petits enfants, disait-il, aimez-vous les uns les autres. Et comme on lui demandait pourquoi, il répétait constamment : c'est que, si cette chose-là était réalisée, cela suffirait ^

Il ressort avec évidence du Nouveau Testament que,

1. De ce qu'une tradition est racontée par un historien plus éloigné de l'événement, il n'en résulte pas absolument qu'elle soit d'une valeur inférieure à une autre, racontée par un historien plus ancien. D'un autre côté, et toutes choses égales d'ailleurs, il est certain que plus l'éloignement est grand, moins la crédibilité s'impose.

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