Idem., chap. xv
Dès son retour à Néo-Gésarée, Théodore prit le nom de Grégoire. Une lettre d'Origène ly suivit bientôt. Elle lui répétait des conseils souvent donnés déjà. Elle lui disait de s'appliquer à l'étude de la littérature classique, l'assurant que c'était le meilleur moyen de triompher des préjugés des Égyptiens, et de montrer aux païens la supériorité de l'Évangile. Pour pouvoir mieux suivre les conseils d'Origène, Grégoire quitta la ville et vécut dans la solitude. C'est là qu'il reçut de l'évêque d'Amisus l'ordre d'accepter la charge d'évêque de Néo-Gésarée. Une nature aussi sensible que la sienne devait reculer devant une pareille responsabilité; aussi Grégoire restat-il loin de l'atteinte de l'évêque jusqu'au moment où, ne pouvant le trouver, celui-ci imagina de le consacrer quand même K A l'ouïe de ce singulier procédé, Grégoire céda et s'occupa dès lors avec zèle des devoirs de sa charge. Il s'en occupa même avec un tel zèle que, si l'on en croit les termes un peu emphatiques de son biographe, « tandis que lors de son ordination on comptait dans la ville dix-sept chrétiens en tout, lors de son décès (entre 265 et 270), il ne restait plus que dix-sept païens ^ » Grégoire occupa le siège de Néo-Gésarée pendant trente ans environ. Il fut nommé le Thaumaturge, à cause du pouvoir miraculeux que lui attribuait le vulgaire, et on raconte sur lui une foule de légendes.
1. Le fait est raconté dans sa Vie par Grégoire de Nysse, et bien que cet ouvrage soit rempli d'histoires incroyables, cependant, dans le cas actuel, il y a, dans la tradition de famille qui nous a révélé le fait, une probabilité de plus. C'est par Macrina, sa grand'mère, que Grégoire de Nysse l'a su. Dans le Menologium Grœcorum, ou Calendrier mensuel des saints grecs, composé par ordre de l'empereur Basile, au ix" siècle, et à la date du 17 novembre, on trouve la mention de ce même fait.
2. Introduction aux œuvres de Grégoire dans VAnte-Niceîie Library.
Si, laissant de côté le merveilleux, nous cherchons à apprécier sa personne telle que l'histoire la présente^ nous saluerons en lui un homme éminent par sa bonté et ses talents, profondément versé dans la connaissance des fables païennes et de la science de son temps, et pénétré encore davantage de l'esprit d'une autre sagesse qu'il avait puisée, par la volonté de Dieu, à l'école de l'illustre penseur d'Alexandrie. Nous le verrons exercer un ministère aussi sérieux et éclairé que fidèle pendant plusieurs années et s'acquitter avec zèle d'une charge qu'il n'avait point choisie, mais pour laquelle il avait été choisi K
J. Idem.