‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 22 sur 324 · On ignore tout sur ce Diognète, sauf son nom · texte numérisé non relu

On ignore tout sur ce Diognète, sauf son nom

de Rome, TEpître de Clément fut provoquée par l'explosion d'un violent esprit de parti, qui amena la destitution de quelques-uns des presbytres de Gorinthe.

Dans cette lettre, de quarante ans environ postérieure à celle de Tapôtre Paul, Tévêque de Rome commence par rappeler à ses lecteurs la foi, les lumières et l'humilité, qui les avaient anciennement distingués. Il déplore ensuite, dans les termes les plus énergiques, le changement survenu en eux. Il les renvoie aux Epitres de Paul, qui leur reprochait déjà d'être si facilement entraînés par l'esprit de parti, et leur déclare que leur •situation présente est bien pire encore. « Il est extrêmement honteux , frères bien-aimés, leur dit-il , qu'on puisse dire d'une Eglise aussi ferme et aussi ancienne que celle de Gorinthe, qu'elle se laisse entraîner, à cause d'une ou deux personnes, à se mettre en lutte contre ses anciens. »

Gette Epître, dont les premiers chrétiens faisaient le plus grand cas, abonde en exhortations vraiment évangéliques. « Regardons constamment, y lisons-nous, au sang de Ghrist, et considérons combien ce sang est précieux aux yeux de Dieu. Il a été répandu pour notre salut et par lui la grâce de la repentance a été offerte

au monde entier Nous ne sommes pas justifiés par

nous-mêmes, ou notre propre sagesse, ou notre intelli gence, ou notre piété, ou même par les œuvres que nous avons faites en sainteté de cœur, mais par la foi, par laquelle dès le commencement le Tout-Puissant a justifié tous les hommes. Deviendrons-nous à cause de cela lents à bien faire et cesserons-nous de pratiquer la charité? Hàtons-nous plutôt avec toute 1 énergie et tout Fempressement possibles d'accomplir tout ce qui est bien,....

l'église prlmitive 29^

Que chacun soit assujetti à son prochain suivant le don spécial qu'il a reçu. Que le fort ne méprise pas le faible ; que le faible respecte le fort. Que le riche pourvoie aux nécessités du pauvre, et que le pauvre bénisse Dieu de l'avoir entouré de ceux qui peuvent l'aider. Que l'homme sage le soit, non en paroles seulement, mais dans ses œuvres. Que l'homme humble ne se glorifie pas de son humilité, mais qu'il laisse aux autres le soin de le juger K »

Si l'Épître de Clément est écrite pour l'édification d'une Église chrétienne particulière, la Lettre à Diognète, au contraire, est adressée à des païens. L'auteur veut montrer la supériorité du christianisme sur le paganisme. C'est le plus ancien écrit de ce genre qui nous ait été conservé ^

En voici le début : « Voyant, très excellent Diognète, combien tu désires d'être renseigné sur la religion des chrétiens, sur le Dieu dans lequel ils mettent leur confiance et sur le culte qu'ils lui rendent; sur leur mépris du monde et de la mort, et sur l'égal éloignement qu'ils manifestent pour les faux dieux des Grecs et la superstition des Juifs; voyant aussi que tu te demandes ce qu'est cette charité dont ils sont animés les uns pour les autres et pourquoi c'est de nos jours et non plus tôt qu'ont paru et ce nouveau genre d'hommes et cette nouvelle doctrine, je suis tout disposé à te répondre. Dieu veuille. Lui qui nous donne la faculté de parler et d'entendre, que je puisse ainsi parler, que tu en recueilles

\. Ch. VII, XXXII, xxxm, xxxviii.

2. On n'a pu déterminer d'une manière positive la date de cette Lettre. Hefele la place sous Trajan (98-117); Schaff, au commencement du ne siècle, le Dict. Christ. Biog. à une date antérieure au couronnement de Commode (180). On considère comme apocryphe le passage du ch. XI, où l'auteur se donne comme disciple immédiat des apôtres.

le plus grand fruit possible, et que tu puisses ainsi entendre que celui qui te parle n'ait aucunement lieu de regretter d'avoir parlé. »

Après avoir éloquemment démontré la vanité des idoles païennes et des pratiques superstitieuses des Juifs, l'auteur s'exprime ainsi : Les chrétiens habitent avec les autres hommes, ils parlent les mêmes langues, ont le même genre de vie: ils n'ont ni villes, ni langage, ni genre de vie à eux. Que le hasard de la naissance ou d'autres causes les fassent habiter dans les villes grecques ou dans les villes des barbares , ils se conforment aux usages en tout ce qui concerne la nourriture, le vêtement et en général la vie extérieure. Cependant, leur manière de se conduire est pour tous un sujet d'étonnement. Ils habitent leur patrie, mais comme des étrangers ; en tant que citoyens ils portent leur part des charges communes, et cependant on les traite comme des ennemis; leur patrie est partout et pourtant nulle

part Ils sont dans la chair et ne vivent pas selon la

chair; ils vivent sur la terre, mais ils sont citoyens des cieux; ils obéissent aux lois, mais ils se conduisent encore mieux que les lois ne l'ordonnent. Ils aiment tous les hommes et sont persécutés par tous; on ignore ce qu'ils sont et on les condamne ; on les met à mort, mais ils sont vivifiés ; ils sont pauvres, mais ils en enrichissent plusieurs.... On les calomnie, mais ils sont justifiés; on les maudit, mais ils bénissent.... Ce que l'àme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L'àme habite dans le corps et n'est pas du corps ; les chrétiens habitent dans le monde, mais ne sont pas du monde.

Vous demandez d'où vient leur religion? Le voici : ce

n'est pas une invention terrestre, ce ne sont pas des mystères humains qui leur ont été confiés. Mais c'est le Dieu tout-puissant, créateur, invisible, qui, des cieux, a envoyé aux hommes la Vérité, le Logos saint et incompréhensible. Il l'a fixé dans leurs cœurs, non pas, comme on pourrait le penser, par le moyen d'un ange, d'un prince ou de quelque autre créature subordonnée, mais en venant lui-même, Lui, le créateur et l'architecte de tout ce qui existe.... Et n'allez pas croire, comme un homme pourrait l'imaginer, que ce soit pour tyranniser, pour effrayer! En aucune mesure. Il est venu plein de douceur et d'humilité.... Il est venu pour sauver, pour persuader. Gomment aurait-il pu agir avec violence? Il n'y a point de violence en Dieu.... Il est venu pour aimer, non pour juger. Mais un jour viendra où il apparaîtra comme Juge, et alors, qui pourra supporter sa venue ?

Vous voulez enfin savoir pourquoi le Fils de Dieu est venu si tard dans le monde? Je vous réponds : jusqu'au temps que Dieu avait déterminé pour l'envoi de son Fils, il nous a laissé vivre au gré de nos désirs et être entraînés hors du droit chemin par nos passions désordonnées et voluptueuses. Non, certes, qu'il prît son plaisir dans nos péchés ! Mais il créait un esprit de justice, afin qu'au temps marqué, comparant nos œuvres à cette justice, nous nous sentions indignes de vivre et qu'alors la seule clémence de Dieu nous en rendît dignes.

Et l'auteur conclut sur ce point, avec un cœur débordant d'amour envers Dieu pour le don ineffable de son Fils : il a donné son propre Fils pour notre rançon; il a donné le saint pour les méchants , l'innocent pour les

coupables, le juste pour les injustes Et quoi donc

aurait pu couvrir nos péchés, sinon sa justice? Par qui, nous les pécheurs, les impies, aurions-nous pu être justifiés, sinon par le seul Fils de Dieu? 0 douce transformation ! œuvre insondable ! bienfait inattendu ! Que rinjustice de plusieurs disparaisse dans la justice d'un seul et que la justice d'un seul couvre l'injustice de plusieurs l

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