‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 221 sur 324 · Eusèbe, liv. IX, chap. x · texte numérisé non relu

Eusèbe, liv. IX, chap. x

ceux qui furent alors mis à mort à moins de deux mille K C'est bien peu. Mais, ce chiffre fût-il admis, il ne donnerait qu'une idée bien imparfaite des souffrances endurées. Les tourments physiques, l'angoisse morale, non seulement des confesseurs, mais aussi de leurs familles et de leurs amis, la ruine matérielle et, pardessus tout, le remords provoqué par l'infidélité dans ces heures d'épreuve multiplient au centuple la tribulation par laquelle l'Église dut passer. Combien fléchirent, combien abandonnèrent la foi, nous ne saurions le dire. Eusèbe avoue n'avoir pas voulu prendre la peine d'en conserver le souvenir. « Nous ne mentionnerons pas, dit-il, ceux qui sont tombés par suite de la persécution, ni ceux qui ont fait naufrage quant à la foi, ni ceux, enfin, qui se sont précipités dans l'abîme par leur propre volonté et leurs actes ^ »

Il nous reste à dire que les chrétiens ne furent pas les seuls à souffrir de l'écrasante tyrannie de cette période tourmentée. L'empire, nous l'avons vu, était déchiré par les guerres civiles. Les impôts avaient tellement épuisé les propriétaires fonciers, les fermiers, les marchands et les artisans, que, pour employer l'énergique expression de Lactance, « il ne restait plus que des mendiants à imposer ». Pour arracher ces contributions, on employait la torture; et le supplice de rôtir à petit feu, inventé pour obliger les chrétiens à renoncer à leur foi, était employé aujourd'hui pour arracher les impôts aux malheureux habitants des provinces ^

Page 1