‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 224 sur 324 · Eusèbe, liv. VIII, chap. ix, x. — Milman, II · texte numérisé non relu

Eusèbe, liv. VIII, chap. ix, x. — Milman, II

La Palestine fournit, dans les récits qui nous ont été conservés, un contingent de martyrs particulièrement fort. Non que la persécution ait été plus violente là qu'ailleurs, mais parce que Thistorien Eusèbe vivait à Gésarée. La persécution commença dans cette ville, et plusieurs évoques des environs, qui y avaient cherché un refuge, montrèrent, par leur exemple, le pouvoir de la foi. L'un d'eux fut traîné à l'autel, on lui mit de force dans la main droite l'offrande impie, puis il fut renvoyé comme ayant sacrifié aux dieux. Un autre, auquel on infligeait le même traitement et qui protestait hautement contre une imputation aussi outrageante, fut réduit au silence par de nombreux coups sur la bouche et entraîné ensuite violemment loin de l'autel. On n'en inscrivit pas moins son nom parmi ceux des chrétiens qui avaient sacrifié aux dieux K

En Palestine, comme dans d'autres parties de la Syrie, on peut relever plusieurs actes d'un courage religieux non moins éclatant, mais plus raisonné que ce n'avait été parfois le cas en Égypte. Nous citerons, par exemple,. Apphianus. C'était un jeune homme riche, de trente ans à peine, né en Lycie et qui avait étudié dans l'école de Béryte. Il quitta la maison paternelle pour pouvoir mener une vie chrétienne, et devint un disciple d'Eusèbe, à Gésarée. On en était alors à la troisième année de la persécution. Les crieurs publics proclamaient que tous, hommes, femmes et enfants, devaient se rendre dans les

1. Martyrs de Palestine, chap. i. Pierre, évêque d'Alexandrie et martyr, raconte que des chrétiens furent jetés à terre et que, dans leurs bouches ouvertes de force et bâillonnées, on introduisit du vin et de la viande des sacrifices. A d'autres, on mettait des charbons ardents et de l'encens dans les mains, et on les forçait à les jeter sur Tautel. Épitre canonique, chap. xiv.

temples. Les tribuns militaires appelaient les citoyens Fun après l'autre d'après leurs listes, et les païens se précipitaient de toutes parts aux autels. Profitant d'un moment où personne ne pouvait le voir, Apphianus quitte la maison d'Eusèbe et se rend au forum. Justement le proconsul Urbanus faisait une libation. Traversant sans bruit la garde qui l'environnait, Apphianus arrive près de lui et saisit sa main droite. Puis, d'un ton particulièrement sérieux, ill'exhorte à abandonner la voie erronée dans laquelle il marche, en ajoutant qu'il a grand tort d'abandonner, pour adorer des idoles et des démons, le culte du seul vrai Dieu. Il n'en peut dire davantage. Les soldats s'emparent de lui, il est accablé de coups et jeté en prison. Le lendemain, après avoir subi la torture pendant la nuit entière, il comparaît de nouveau, et les tourments les plus cruels sont employés pour le forcer à sacrifier. Enfin, le troisième jour, les bourreaux, dont tous les efforts n'ont pu triompher de sa constance, le jettent à la mer, où il est noyé \

Quelques chrétiens de la ville de Gaza s'étaient réunis pour lire la Bible. On les arrête et on les met à la torture. L'un d'eux, une femme, odieusement insultée et violentée, manifeste à haute voix son indignation contre l'empereur, qui confie à des magistrats aussi iniques l'administration de l'empire. Aussitôt on la soumet à de nouvelles tortures, et une femme de la foule en est si vivement impressionnée qu'elle s'écrie : « Combien de temps tourmenteras-tu encore ma sœur avec tant de cruauté? » Dans sa rage, le magistrat ordonne de s'emparer d'elle et de la conduire de force à l'autel. Elle

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