Néander, IV
avait changé de mains, mais on n'en cherchait pas moins à obliger les consciences à se plier à la volonté du plus fort. On persuada à Constantin qu'il fallait promulguer des lois contre les dissidents, et ce fut là une mesure plus odieuse encore que les édits de Dioclétien, puisqu'elle fut prise par des hommes faisant profession d'être les disciples du Christ. Ce qui avait déjà été fait contre les Donatistes pouvait, à la rigueur, trouver son excuse dans le fait qu'on avait choisi l'empereur comme arbitre, et dans le désir de maintenir la paix publique. Mais la législation nouvelle restait sans excuse aucune, et elle est devenue le point de départ d'une longue succession de lois intolérantes, promulguées par des souverains se donnant le nom de chrétiens, et dont la race ne s'est pas encore éteinte.
L'édit impérial commence ainsi : « Novatiens, Valentiniens, Marcionites, Paulianistes, Cataphrygiens S apprenez par cette loi que vous professez une doctrine fausse et vaine. Ennemis de la vérité, vous provoquez, par vos conseils et par les mensonges que vous propagez, la mort des âmes; vous abusez des consciences innocentes, et vous cachez aux fidèles la lumière de la vérité... Nous donc, pour empêcher désormais l'expansion de vos erreurs pestilentielles, nous vous défendons par cette loi de tenir aucune assemblée, soit dans des édifices publics, soit dans des maisons particulières, soit dans des lieux écartés; nous les condamnons comme superstitieuses et factieuses. Que ceux d'entre
1. La secte gnostique des Valentiniens était la plus nombreuse. Les Marcionites tiraient leur nom de Marcion (v. p. 90); les Paulianistes de Paul de Samosate, dont nous parlerons ailleurs. Les Cataphrygiens étaient des Montanistes. — Sur les Novatiens, v. p. 296.
VOUS qui ont souci de la vérité reviennent à l'Église catholique, car l'état florissant clans lequel nous sommes par la grâce de Dieu, comporte que, dans un âge de science et d'espérance comme le nôtre, tous soient ramenés de la voie décevante de l'erreur à la voie droite du salut... Et afin que notre sollicitude à remédier à l'erreur puisse porter de réels fruits, nous ordonnons que les lieux où se tiennent vos réunions, que tous vos temples (si ce nom peut être employé ici) hérétiques soient détruits sans délai ni opposition, et au profit de l'Église catholique. »
Il est facile de reconnaître la main d'Eusèbe dans la rédaction de cette loi. En la transcrivant dans sa Vie de Conslantin, il déverse l'injure sur ceux qu'elle vise; il les appelle des hypocrites, des chenilles, des sauterelles. Il nous informe également que beaucoup rentrèrent dans l'Église, soit d'une manière subreptice et hypocrite, à cause de la crainte qu'ils éprouvaient; soit, au contraire, avec joie, comme ayant retrouvé leur vraie mère spirituelle. Ainsi, ajoute-t-il, les hérétiques disparurent, et l'Église ne forma plus qu'un seul et solide corps K
Si exultante que soit cette affirmation d'Eusèbe, elle ne tient pas devant les faits.
Peu après la clôture du concile, l'évêque Alexandre mourut, et Athanase fut choisi par acclamation pour lui succéder, bien qu'il eût trente ans à peine. Gomme Gyprien, il chercha à se dérober à ce périlleux honneur; mais, comme Gyprien, il n'y réussit pas. Il était déjà l'âme du parti orthodoxe. A partir de son élection et