Ep. LXIV, chap, i; LXVIII, chap. viii
l'église primitive 415 servilisme de l'extrême Orient. « L'évêque, y est-il dit, est le ministre de la parole, le gardien de la connaissance, le médiateur entre Dieu et vous. Après Dieu, il est votre père, qui vous a engendrés de nouveau, afin que par l'eau et l'Esprit vous reçussiez l'adoption des enfants; il est votre chef et votre directeur, votre roi et votre maître, votre Dieu sur la terre... Que les laïques ne viennent pas à chaque instant déranger ce maître; qu'ils expriment leurs vœux aux diacres, vis-àvis desquels ils peuvent se sentir plus libres. Car de même que nous ne pouvons nous adresser au Dieu toutpuissant que par l'intermédiaire de Christ, de même les laïques ne doivent faire connaître leurs vœux à l'évêque que par le moyen des diacres, ils doivent ensuite agir suivant les directions que l'évêque donnera... Et comment un fidèle oserait-il se permettre de parler contre son évêque, alors que c'est par l'imposition des mains de l'évêque qu'il a reçu le Saint-Esprit, qu'il a été scellé avec l'huile de joie et l'onction de rintelligence? alors que c'est par son moyen que le Seigneur l'a illuminé, et a fait entendre sa voix sacrée disant : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui^?»
Du moment où de pareilles idées devenaient courantes dans l'Église, on ne saurait être surpris que les évêques les plus mondains aient commencé à s'arroger une importance extérieure considérable. Plusieurs de ceux qui occupaient des sièges dans les grandes villes se voyaient entourés et sollicités comme des personnages importants
1. Liv. II, chap. xxvi, xxviii, xxx, xxxii. Dans son IS" canon, le concile d'Elvire refuse la communion, même in articulo mortis^ à quiconque aura faussement accusé un évêque, un prêtre ou un diacre.
dans rÉtat S et l'évêque de Rome commençait à mettre
en avant sa prétention d'être le premier des évêques.
Avant même la fm du siècle, Tambitieux et altier évêque Victor avait tenté de proclamer cette supériorité. Il était trop tôt; Févêque de Rome avait alors encore beaucoup d'égaux et, quand ses décisions soulevaient l'opposition d'autres évêques, supérieurs en expérience et en valeur personnelle, il était obligé de céder. Ainsi en 254, lors de la dispute au sujet de la validité du baptême administré par les hérétiques, Étienne, évêque de Rome, voyant Gyprien de Garthage, Firmilien et d'autres prélats éminents opposés à ses vues, essaya de brandir contre tous ses adversaires les armes spirituelles de l'Église. Il excommunia Gyprien, le dénonça comme étant un Antéchrist, et menaça des censures spirituelles tout membre de l'Église romaine qui oserait accueillir ses envoyés. Puis il excommunia Firmilien et les évêques d'Asie. Mais les foudres, qui devaient un jour produire de si terribles effets dans les mains des successeurs d'Étienne, n'étaient pas encore forgées. Les prélats traitèrent avec mépris « l'audace et l'insolence » de Févêque de Rome, et Firmilien déclara que celui qui se vantait d'être le successeur de Pierre était « le vrai schismatique, qui, en excommuniant les autres, était devenu lui-même un apostat de la communion de l'Église - » .
1. Parlant de la juridiction des évêques au iv*= siècle, Milman dit : « Ainsi, dans chaque cité importante, presque dans chaque ville et dans chaque village de l'empire, une magistrature d'un nouveau genre avait été établie. Eu un certain sens, elle était indépendante du gouvernement; elle possédait des propriétés considérables et inaliénables; elle était reconnue par l'État et exercée par des hommes revêtus d'un caractère spéc al et sacré. Leur autorité dépassait leur juridiction; leur influence, leur autorité. » Hist. of Christianity, III, 283-284.
2, Gyprien, Ep., LXXIV, chap. m, xxiv.
Quoi qu'il en soit, la Rome spirituelle n'en avançait pas moins d'un pas assuré vers un pouvoir dans l'Église, égal à celui de la Rome politique dans l'Empire. Malgré sa dispute avec Étienne, Gyprien appelle le siège de Rome « la chaire de Pierre, et l'Église principale, d'où dérive l'unité sacerdotale ^ ». Après le martyre de l'évêque Fabien, en 250, l'empereur Décius se rendait si bien compte du pouvoir grandissant de l'évêque de Rome, qu'il déclara qu'il aimerait mieux entendre parler d'un rival politique, que d'un nouvel évêque ^ En 272, lorsque Paul de Samosate ^, évêque d'Antioche, déposé par un synode, refusait de se retirer devant son successeur, on en référa à l'empereur Aurélien, et celui-ci ordonna que le siège serait donné au candidat adopté par les évêques d'Italie et de Rome *.
Les faits concernant Paul de Samosate montrent si bien ce qu'était au uf siècle la vie ecclésiastique, qu'on