‹ L'eglise primitive jusqu'a la mort de ConstantinChapitre 37 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

l' « OCÏAVIUS » DE MINUGIUS FÉLIX LE MARTYRE

DE POLYGARPE

Avant de parler des chrétiens qui subirent courageasèment le martyre sous le règne de Marc-Aurèle, nous devons mentionner un autre apologiste de la foi chrétienne, contemporain de Justin Martyr S Minucius P'élix, avocat romain distingué. Il a écrit YOctavius, et cet ouvrage mérite, par la vigueur du raisonnement et l'élégance du style, d'occuper une place particulièrement honorable dans la littérature de TEglise primitive.

C'est un dialogue entre deux juristes. L'un, Octavius^ est chrétien; l'autre, Gécilius, païen. Minucius Félix est l'arbitre. Octavius avait fait un séjour chez Minucius, à Rome, et tous deux, profitant de la saison des vacances^ s'étaient rendus en même temps que Gécilius dans la charmante ville d'Ostie, pour y prendre des bains de mer ^

\. Les anciens critiques assignaient à Minucius Félix une date moins éloignée et le plaçaient entre Tertullien et Gyprien. Pour les autorités en faveur d'une date antérieure, voy. Gieseler, K. G., I, 112, n. k., et Paul de Félice, Etude sur VOctavius (Blois, 1880), introduction.

2. Ostie, à l'embonchure du Tibre, sur le bras gauche, autrefois port

« Nous partîmes donc à la pointe du jour pour nous rendre à la mer, suivant le bord du Tibre : l'air qu'on y respire donnait de la vigueur à nos corps et nous éprouvions une volupté inexprimable à laisser sur le sable une légère empreinte de nos pas; tout à coup Gécilius qui nous avait accompagnés, apercevant une statue de Sérapis, porte la main à la bouche et la baise selon l'usage du vulgaire superstitieux »

Octavius avait remarqué ce mouvement. Bientôt il reproche à Minucius de souffrir qu'un de ses amis, avec lequel on le voit si souvent, adore en plein jour des pierres taillées. Cette réflexion est accueillie en silence, et la promenade continue comme auparavant sur le rivage, où « les ondes venaient battre doucement et avaient étendu le sable de manière à en faire un lieu de promenade ». Ils approchaient de l'eau jusqu'au point où les vagues légères venaient baigner leurs pieds, et ils aimaient à les voir se replier doucement ensuite. Ils suivaient les sinuosités de la côte et Octavius leur faisait oublier la longueur du chemin en racontant « diverses histoires qui avaient trait à la navigation ». Ils l'oublièrent si bien, qu'ils durent revenir sur leurs pas. c( Arrivés à l'endroit où les vaisseaux sont à sec, dit Minucius, nous vîmes des enfants qui s'amusaient à faire des ricochets : ce jeu consiste à choisir des cailloux aplatis par les vagues : on se courbe et on les lance horizontalement; jetés doucement, ils glissent et

de Rome. Au temps des chrétiens le port était déjà fermé par le sable et la boue. L'empereur Claude lit construire un nouveau port sur le bras droit du Tibre. Il se forma autour de ce nouveau port (Portus) une ville florissante. Depuis longtemps Portus est devenu ce qu'était alors Ostie et ces deux ports d'autrefois sont maintenant assez avant dans les terres.

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